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Station de sports d'hiver

Dossier IA74000054 réalisé en 1996

Fiche

A.1 LE SITE DE MEGÈVE

Le site de Megève est composé d'une vallée en auge façonnée au quaternaire par une langue glaciaire qui descendait du glacier de l'Arve. C'est dans cette vallée que l'Arly prend sa source. Une vallée secondaire perpendiculaire, suspendue entre le Mont Joux et Rochebrune, se dirige vers la première, puis après un changement de direction, se prolonge parallèlement sur le replat du Mont d'Arbois.

Les deux torrents parallèles du Glapet et du Planay dont elle forme le bassin de réception ne suivent pas ce changement de direction. Ils continuent vers la vallée de l'Arly creusant profondément leur canal d'écoulement dans les couches tendres déposées par le glacier. Leur tracé n'est pas régulier, sinueux mais symétriques les torrents se rapprochent en arrivant dans la plaine puis divergent pour rejoindre l'Arly. La forêt, que l'on trouve jusqu'à 1800 m. d'altitude, descend en grandes langues le long des torrents. L'étendue de la forêt varie au cours des siècles. Son avancée ou son recul sont liés à la présence des animaux dans les pâturages, aux défrichements, à la construction et au manque d'entretien. La lecture des cadastres anciens, mappe du XVIIIe siècle, cadastre napoléonien, etc., donne, par exemple, les étapes de son recul. Au XVIIIe siècle les bénédictins défrichent la partie cultivable de la plaine de l'Arly.

La zone déprimée du Haut Arly appartient au sillon alpin. Elle est classée dans les zones de montagne par son altitude : 1100 mètres environ pour la vallée de l'Arly. Les sommets environnants culminent à 1800 mètres, les pentes sont douces et ensoleillées. Megève bénéficie d'un climat alpin aux hivers longs. Les printemps sont courts et tardifs, les étés chauds, les automnes somptueux. En hiver le soleil brille car les brouillards de saison stagnent généralement au-dessous de 1000 mètres. Megève est une région très arrosée. Le micro-climat et le régime de vents contribuent à un bon enneigement.

L'orientation nord-est / sud-ouest de la vallée offre une bonne ouverture aux vents :

- vent d'ouest océanique et humide qui amène la neige,

- vent nord continental : temps froid sec et clair,

- le voisinage du Mont Blanc, imposant bloc de glace qui refroidit l'atmosphère contribue aussi à l'enneigement.

L'orientation nord-est / sud-ouest de la vallée permet un ensoleillement maximal en hiver puisque le soleil se couche exactement selon son axe.

A.2 MEGÈVE AVANT LES SPORTS D'HIVER

1. MEGÈVE JUSQU'AU XVIIIE SIÈCLE

Les premiers documents écrits datent du début du XIIIe siècle : charte du 18 septembre 1202 dans laquelle Wilhem II de Faucigny jure de protéger la vallée de Chamonix, signée dans l'église Saint-Jean de Megève devant témoins, dont Pierre, prieur de Megève (Les fondations de l'abside d'alors furent découvertes en 1955 cf. dossier Église). Toutefois la fondation du prieuré semble remonter à 1085 en même temps que celui de Chamonix. Le prieuré de Megève dépendait de l'abbaye de Saint-Michel-de-la Cluse en Piémont.

Les moines de l'ordre de Saint-Benoît auraient défriché toute la partie cultivable de la Plaine de l'Arly, construit l'église (modeste édifice religieux à l'emplacement de l'église actuelle dès 523) et la maison prieurale. La tour du Prieuré (qui existe encore ainsi que la maison prieurale) daterait de la deuxième moitié du XIIIe siècle. Une vaste cour dépendait du prieuré à laquelle on accédait au nord par une grande porte couverte. Cette porte est aujourd'hui plaquée sur la façade latérale de l'église. Le bâtiment du prieuré était relié à l'église par une galerie couverte qui permettait d'y entrer par une porte latérale.

Le prieur choisissait le curé et les vicaires de la paroisse, les présentait à l'évêque de Genève dont dépendait le clergé séculier. Ils officiaient ensemble dans l'église paroissiale. Les bénédictins se firent octroyer, dit-on, par les barons de Faucigny des ressources très supérieures à celles du clergé séculier. Outre la dîme, le droit d'aiguage - habituellement propriété des seigneurs - : tout ce qui touchait à l'eau, droit de pêche, moulins, scieries, battoirs, forges et martinets, ils possédaient des propriétés acquises auparavant (cf. les parcelles attribuées au prieuré selon les tabelles de la mappe sarde de 1728). Le contrôle laïc était le fait des Faucigny, précisément de la châtellenie de Plumet dont Megève dépendait. Plumet était alors la capitale du Faucigny. Dès 1282, Béatrice, baronne de Faucigny, donne des franchises à Megève. Elle déclare ses habitants francs et libres. Megève prend le nom de ville. Le châtelain de Plumet se réserve d'appliquer la justice en cas de crimes et de délits.

L'imbrication des grands fiefs (Savoie - Dauphiné - Faucigny - Comté de Genève) entraîne de nombreuses guerres (cf. carte de la Savoie au Moyen Age, Mariette et Gabion 1976). Si le Faucigny n'est pas à proprement parler le théâtre de ces luttes, la ville de Megève, comme toute la vallée de l'Arly, craignait la présence des adversaires tout proches. Les tours et maisons fortifiées de la ville datent certainement de cette époque. Les tours carrées datent de la moitié du XlIIe siècle, les tours rondes n'apparaissent qu'au XIVe siècle: la tour du prieuré, la tour du donjon appelée aussi tour seigneuriale qui commandait la route de Sallanches à Plumet, la tour du Four (démolie pendant la Révolution), la tour Saint Amour sur la route de Sallanches, la tour de Blaye sur le plateau de Fabor et la tour Million. En 1571, pour une période de deux siècles, la Compagnie de Jésus, reçoit en héritage le prieuré et tous ses privilèges. Les jésuites ne furent acceptés ni par le clergé séculier, ni par la population locale... En 1643, ils décident de supprimer les aumônes qui étaient à leur charge (celles du "lard et du dimanche gras") en échange de quoi ils cèdent le pré de foire à la commune.

A la fin du XVIIe siècle, Victor Amédée II, dans une situation financière difficile (guerres contre ses voisins et contre la France, occupations, etc...), met en vente, par un édit de 1698, le mandement de Plumet qui comprend les domaines de Megève et Notre-Dame-de-Bellecombe ainsi que les droits féodaux qui y sont attachés. Le noble François Câpre se porte acquéreur. Celui-ci rachète aussi dans le mandement de Sallanches la paroisse de Demi-Quartier-de-Megève. En 1750, le petit-fils du comte de Câpre met en vente tous ses biens immobiliers et ses droits sur Megève et Demi-Quartier. En 1754, une assemblée des chefs de famille des deux paroisses tient conseil et décide le rachat de la seigneurie et l'affranchissement des servitudes féodales.

De cette époque date la séparation des deux communes de Megève et Demi-Quartier. Les communes ont un périmètre propre mais les services administratifs siègent à Megève. La maison seigneuriale devient alors l'Hôtel de ville pour les deux communes.

2. MEGÈVE AU XVIIIE SIÈCLE

a. Le cadastre sarde de 1728

En 1728, Victor Amédée II décide la cadastration générale de la Savoie (cf. Philippe PAILLARD. Le cadastre sarde de 1730 en Savoie. Musée Savoisien, 1981).

La représentation, la fixation des limites de propriété sur le papier provoque l'étonnement. Chaque propriétaire découvrait pour la première fois la configuration de ses terrains, les limites avec ses voisins, sa situation sur le territoire communal. La fixation des limites sur le papier crée aussi des conflits entre les communes qui, auparavant, ne s'étaient pas souciées de cette façon de leurs "frontières".

"Après avoir prêté serment sur les Évangiles, avertis des peines qu'encourent ceux qui par malice, fraude ou connivence, jurent le faux, c'est à la recherche des anciennes traces, lorsqu'elles existent (très couramment en montagne), que géomètres et indicateurs partiront alors pour Dieu et pour le Roi "faire la circonférence du territoire". Ailleurs, là où les bornes anciennes font défaut, ils ne feront que matérialiser par le plantement, ce qui est su et que l'usage respecte depuis longtemps" (Françoise GUICHON. Le cadastre sarde en 1730 en Savoie. Musée Savoisien, 1981).

Dans les tabelles, le cadastre informe de la valeur agricole de chaque parcelle, signale les maisons, granges, masures et autres formes du bâti, des propriétés des "communiers", de la noblesse et de l'Eglise. Le but de cette cadastration, connaissance exacte de la propriété de chacun et de son revenu agricole, est l'application de l'édit de 1739 : "Toute propriété est soumise à l'impôt territorial (la taille) en proportion de l'étendue et de la production". La mappe est à l'échelle de 1/2369, découlant du "trabuc", mesure piémontaise utilisée par les géomètres de l'opération.

b. La mappe de Megève de 1732

La paroisse de Megève est alors une des plus étendue de la Savoie. Sa mappe est immense, environ 20 m2. C'est un document "plat" qui n'indique pas les reliefs. Les seuls points de repères pour nous sont les tracés des cours d'eau et les chemins s'ils sont encore pratiqués. La mappe est aussi un document "muet", il faut se référer aux tabelles pour connaître les lieux-dits. On repère Megève, le Praz sur Megève (Praz-sur-Arly qui faisait alors partie de la paroisse) et les hameaux dispersés "satellites" de Megève : le Tour, le Mas, le Planellet, les Pettoreaux, les Choseaux..., on observe aussi quelques maisons isolées. Les maisons du bourg de Megève sont jointives et regroupées autour d'un noyau central constitué par l'église, le prieuré, le cimetière et la halle communale. Le noyau central s'étend entre les deux torrents - Megève tirerait son nom de cette position "médium aquarium" - le long d'un axe nord-est défini par les deux ponts.

De l'autre côté des ponts des faubourgs au nord et au sud, on reconnaît encore l'étoile de la place des "cinq rues" voisine du pont qui portait le même nom. A l'est de la route de Sallanches, au long de laquelle se situaient de nombreuses maisons, on peut localiser le grand pré où se tenait la foire deux fois par an. Les indications des tabelles "maisons", "masures", ne nous enseignent pas beaucoup sur le bâti. Les moulins sont mentionnés, parfois une grange... Pour les propriétés non bâties, les indications sont plus précises, description détaillée et indication de la valeur : champs, prés, chenévriers, gliaires, broussailles, jardins, situés en plaine ou sur la pente. Les maisons du bourg sont souvent en bordure de leurs terres, lorsqu'elles en sont éloignées elles disposent d'une cour ou d'un jardin attenant.

3. ÉVÉNEMENTS DE GRANDE INFLUENCE AUX XVIII ET XIX SIÈCLES

On raconte qu'en 1728 un incendie parti du clocher vers le nord du bourg ravagea Megève. Tout aurait brûlé en cinq heures : "II restait encore debout deux étages devant l'église, un moulin en bas de la tour et la maison de C. Socquet" (Dr Charles SOCQUET. Megeve et son passé. France Couleur, 1980). La reconstruction est rapide, la mappe de 1732 en témoigne.

Occupations diverses, espagnole 1742-49, épidémies, misère, brigands...

Toutefois en 1741 la première caravane de touristes conduite par deux anglais et genevois arrive à Chamonix et fait l'ascension du Montenvers.

1754 - second incendie et rachat des propriétés du comte de Câpre.

1766 - l'intendant de la province met en état la route de La Roche à Chamonix..

1771 - édit de Charles-Emmanuel autorisant la commune de Megève à racheter tous les droits féodaux, fiefs, servitudes et dîmes.

1785 - nouvel incendie.

1786 - Mont Blanc.

1792 - révolutionnaires français ...

1804 - l'Empire engage de grands travaux routiers, nombreuses réquisitions d'hommes.

21 juillet 1809, le feu détruit les trois quarts du bourg ...

A la chute de l'Empire, une partie de la Savoie est rendue au Royaume de Sardaigne.

Réveil de la foi "dirigé" par le père Ambroise Martin nommé à Megève en 1820.

1825 - restauration de l'église.

1834 - école des Frères, détruite par un incendie en 1858, immédiatement reconstruite.

Érection du calvaire de Megève commencée en 1840, Megève "Palestine de la Savoie" : "les visiteurs venaient de toutes parts..."

24 mars 1860 - traité de Turin, annexion de la Savoie.

4. LE CADASTRE DE 1912

a. Analyse cartographique

Après la mappe sarde de 1732, le cadastre de 1912 est à la base de notre étude du territoire de Megève. Bien qu'il s'agisse d'une période de déclin de l'industrie savoyarde, les quelques forges, moulins, draperies ou scieries ne mettent pas le bourg au niveau d'activité de villes voisines comme Cluses ou Sallanches. Megève ne semble pas avoir profité de l'économie protectionniste de la Restauration sarde. Elle reste une grosse communauté rurale vivant de l'agriculture et surtout de l'élevage des chevaux, secteur dans lequel elle s'est spécialisée. Dans la première moitié du XIXe siècle, un nouveau marché est créé pour permettre l'écoulement de la production. En 1822, il y a vingt-trois marchands à Megève ce qui est peu comparé aux villes voisines. Ce manque de structures pouvant utiliser la main d'oeuvre l'hiver provoque inévitablement l'exode rural. Initialement saisonnier, il devient vite définitif. De deux mille habitants dans la première moitié du XVIIIe siècle, Megève n'en compte plus que mille huit cent vingt quatre en 1871. Cette chute continuera au début du XXe siècle puisque le nombre d'habitants passera à mille cinq cent cinquante en 1920.

Le tourisme d'été ne réussit pas à enrayer le départ des mégevans vers les villes ou même les pays étrangers (Allemagne, Autriche) pour trouver du travail.

Ignorant l'industrie, le bourg ne subit donc pas les transformations caractéristiques des villes au XIXe siècle : extension massive due à l'afflux de population, nouvelles typologies de bâtiments pour répondre à des besoins nouveaux (maison à louer, maisons ouvrières etc...), réorganisation totale du réseau ou création de nouvelles voies qui transforment un gros village en petite ville. Cependant le bourg se modifie, un trottoir vient souligner le dessin de la rue. Le bourg de Megève demeure toutefois sur ses structures du XVIIIe siècle.

B. 1 LA TRANSFORMATION DE MEGEVE PAR LES SPORTS D'HIVER

1. Le lancement définitif de la station

a. Pendant la guerre de 1914-1918

"Pendant la guerre de 14-18 la baronne Noémie de Rothschild avait transformé son hôtel particulier en hôpital. Fatiguée par cette épuisante gestion, elle décide pendant l'hiver 1916 de prendre quelques vacances en Suisse. Au palace de Saint Moritz où elle a ses habitudes, elle a l'assurance du directeur de n'y côtoyer aucun Allemand. Mais la première personne qu'elle rencontre est monsieur de Mumm, négociant en Champagne. Furieuse, elle quitte la Suisse et demande à son professeur de ski norvégien, Trygve Smith, de "lui dénicher en France un coin où skier en paix".

Et voilà en pleine guerre notre Norvégien qui se balade dans toutes les Alpes françaises, dresse des relevés topographiques, demande des cartes militaires et en 1919 déclare à ma belle-mère avoir trouvé deux endroits de rêve, l'un très beau mais difficile d'accès, Val d'Isère, l'autre moins enneigé mais plus accessible et très ensoleillé, Megève" (Nadine de ROTHSCHILD. La baronne rentre à cinq heures. Paris, Lattes : 1984).

Noémie de Rothschild opte pour Megève. "Ce sera ici" aurait-elle dit sur place en plantant son bâton dans la neige. La baronne qui trouve les financements auprès de la famille de son mari, fonde la "Société Française des Hôtels de Montagne" qui met en place immédiatement un gros programme de construction : quatre hôtels de luxe totalisant mille cinq cent chambres.

Juste après la guerre, pendant l'hiver 1918-1919, les hôteliers enfin conquis à l'idée de rester ouverts, font un essai de saison. Comme avant la guerre, un seul a le chauffage central, aucun n'a l'eau courante ; un tremplin minuscule existe. L'hiver suivant, trois hôtels, trois pensions, douze appartements et onze villas sont exploités. Si les deux premières saisons sont déficitaires, la troisième couvrirait les frais.

b. L'acquisition des terrains

Le premier acte d'achat qui apparaît au nom de la Société Française des Hôtels de Montagne dans les mutations et changements de cadastre de Megève, est daté du 29 août 1920. L'acquisition est de 3,5 hectares de terre et de bois sur les pentes du Mont d'Arbois (aux lieux dits Les Lanches, La Rochette, Le Gollet, Champ de la Croix et Buisson Char). D'autres achats suivent à des dates très rapprochées : 12 septembre 1920, 20 octobre 1920, 22 octobre 1920. A la fin de l'année 1920 la Société Française des Hôtels de Montagne possède près de 24 hectares sur les pentes du Mont d'Arbois. Si la société cherche toujours à acheter au Mont d'Arbois, ses acquisitions ne sont pas contiguës. Dans le secteur qu'elle s'est définie, elle semble acheter au hasard des ventes des agriculteurs locaux. Les premiers à vendre sont quelques paysans et l'hospice de Sallanches. Ils se défont de pâturages enneigés pendant l'hiver et de chalets d'alpage. Ils sont nombreux à posséder quelques parcelles disséminées dans la commune. Celles-ci sont souvent petites, de quelques ares, rarement un hectare. La surface achetée au Mont d'Arbois par la Société Française des Hôtels de Montagne, représente cent quinze parcelles pour une totalité de vingt quatre hectares.

La Société Civile d'Etudes pour la Création des Stations Alpestres achète déjà depuis le 21 avril 1918 des terrains situés aussi sur les pentes du Mont d'Arbois, des parcelles voisines des futures acquisitions de la Société Française des Hôtels de Montagne (SFHM).

c. La construction du Mont d'Arbois

Sur les terrains nouvellement acquis, la Société Française des Hôtels de Montagne lance immédiatement la construction de la première tranche du programme, l'hôtel du Mont d'Arbois, sur un projet de l'architecte Marcel Auburtin. Pour le chantier, il faut monter les matériaux à dos de mulets par le chemin du calvaire. La route du Mont d'Arbois n'était pas encore réalisée, elle fut d'ailleurs construite en même temps, cette même année 1921. Partant du pied de la montée du calvaire, la route coupait une première fois le vieux chemin des Pettoraux, montait jusqu'au-dessus du hameau du Crêt, après une épingle, coupait une deuxième fois le chemin des Pettoraux pour se diriger vers le hameau de Thélevey. La continuation de la route vers le hameau du Plannelet fut terminée en 1923. Il est intéressant de remarquer que son tracé, tout en s'en démarquant, suit les lignes des anciens chemins du XVIIIe siècle, à savoir le chemin du bourg vers le Crêt et celui des Pettoreaux vers le Plannelet en passant par Thélevey.

Il semble que le tracé de la route du Mont d'Arbois ait été prévu différemment avant son exécution en 1920. Lors d'une autorisation de voierie en 1917, François Allard parle du projet d'ouverture du chemin vicinal n°4 (qui est l'appellation officielle de la route du Mont d'Arbois) entre le chef-lieu et le Mont d'Arbois qu'il décrit passant par le calvaire, le hameau des Pettoreaux, Crouty, Rosoland et Stépan sur une distance de 7.893 mètres. Si ces informations sont exactes, cela voudrait dire qu'en 1917 il était bien question d'une voie de communication sur cette montagne mais il était prévu de la faire passer sur le tracé des anciens chemins muletiers, de Megève aux Pettoreaux, puis par le chemin de Crouty qui aurait été prolongé jusqu'à Stépan ; de là, en prenant le chemin de Stépan, on pouvait rejoindre le Plannelet. Pourquoi ce changement d'itinéraire? On peut supposer que ce sont tout simplement les moeurs de l'immédiat après-guerre qui ont changé les projets. En effet, si en 1903 un seul hôtelier possédait une voiture à Megève, si en 1913 on y venait encore en landau ou en break et si en 1917 pendant la guerre, les automobiles étaient encore rares, à partir de 1919 elles sont nombreuses à sillonner le pays et surtout la montagne que les voies de chemin de fer ont du mal à pénétrer. Le chemin vicinal n°4 prévu en 1917, bien que pratiquement plat sur le plateau du Mont d'Arbois, présentait des sections beaucoup trop raides pour les automobiles. La prévision du développement de ce moyen de locomotion est sans doute la seule raison du changement d'itinéraire.

L'hôtel du Mont d'Arbois et la route furent terminés en 1921. La prolongation vers le hameau du Plannelet ne fut terminée qu'en 1923. Du programme initial ne fut réalisé que l'hôtel. La clientèle y était constituée en grande partie des amis de la baronne de Rothschild. Clientèle parisienne, puis internationale. On note le séjour d'Albert 1er, roi des Belges, accompagné de toute sa famille, pendant les hivers 1923 et 1924. Le ski-club de Genève s'installa à l'hôtel du Mont d'Arbois. L'établissement devint un lieu de prédilection pour les Suisses. Pour la saison d'été l'hôtel possédait un tennis, il fut rapidement doté d'un golf de neuf trous. En 1923, l'ensemble s'agrandit d'un garage et d'une maison.

d. Implantation des premiers chalets

L'ouverture de la route du Mont d'Arbois eut des répercussions immédiates; alors que la Société Civile pour la Création des Stations Alpestres et la Société Française des Hôtels de Montagne, sans changer leur programme, continuaient à acheter au Mont d'Arbois terres, bois et maisons rurales, deux acheteurs particuliers se manifestèrent en 1923. Monsieur Van Kalek, de Valenciennes, acheta au Bois de Cornery tous les terrains situés à l'intérieur et au bord de l'épingle de la nouvelle route et Marie-Gabrièle de Pommereau, habitant rue des Belles Feuilles à Paris, acquit toujours entre les deux bras de la route les terrains contigus à la propriété Van Kalek sur une surface de 0,87 hectare. Ces opérations sont à l'origine du développement du quartier. Les premiers achats par les particuliers se trouvent dans cette épingle de la route.

En 1924 monsieur Van Kalek revendit à la société d'élevage du Mont Blanc "Le renard argenté" un hectare et demi de ses terrains situés au Bois de Cornery, contre des parts dans cette même société. L'année suivante il se fit construire un "chalet": c'est la première fois qu'il est fait mention de ce type d'habitation dans les mutations de cadastre. La société d'élevage construisit ses installations la même année : deux chalets, dont un de direction, un hangar et plusieurs maisons. M.-G. de Pommereau, dès 1924, revendit deux parcelles à monsieur et madame de Vilmorin qui y firent construire une maison (La vie à la campagne, 1er février 1926 : le numéro est consacré aux chalets "L'Abri" et "Au coin du feu" de MM. de Pommereau et de Vilmorin). J.-F. Courcelles, directeur d'hôtel à Megève, qui avait cédé une partie de son domaine à M.-G. de Pommereau, ainsi que A. Banfi, vendeur lui aussi, se firent construire le premier, une maison et un garage, le second, un chalet. Mademoiselle du Pierreux, de Namur, vint aussi acheter au même endroit pour y construire un chalet. On a peu d'informations sur ces nouvelles constructions, si ce n'est le nombre de leurs ouvertures. Allant de neuf ouvertures pour la maison de A. Banfi à vingt et une ouvertures pour le chalet Van Kalek, elles laissent présumer des façades bien différentes des maisons rurales qui, pour une même surface, n'en comptent que quatre ou cinq. C'est l'architecte Gagnebin qui réalisa les installations du "Renard argenté" et ces premières résidences secondaires de Megève.

En 1926, Mesdames de Pommereau et de Vilmorin ainsi que H. Spencer et le docteur Koenig de Genève achetèrent tous ensemble plus de trois hectares au lieu-dit Buisson Char (terrains limitrophes aux possessions antérieures de Vilmorin et de Pommereau). Le docteur Koenig y construisit une maison en 1928. Mmes de Vilmorin et de Pommereau achetèrent encore quelques terrains complémentaires la même année. L'année suivante, madame de Vilmorin revendit toutes ses propriétés, environ un hectare, à un Mégevan, monsieur Ménard.

e. L'ère de la construction

La construction de l'hôtel du Mont d'Arbois en 1921 par le groupe Rothschild et l'apparition dès 1924 des premiers chalets de particuliers le long de la route du Mont d'Arbois, marquèrent le début de ce que J. Miège appelait en 1934 "l'ère de la construction à Megève". Les Rothschild n'avaient effectué que le quart de leur programme mais la station était définitivement lancée. Cette première ère de la construction, qui allait durer jusqu'en 1931 environ, ne s'est toutefois pas focalisée sur le seul plateau du Mont d'Arbois. Le bourg se transforme: en 1924, le torrent du Planay fut recouvert du pont des Cinq Rues au pont de la nationale 212. En 1925 et en 1926 on observe surtout l'apparition de nouveaux hôtels. Ceux-ci sont créés cette fois-ci par des mégevans ou par des hôteliers de Sallanches. Ce sont de vieilles maisons du bourg transformées (l'hôtel "Le Royal" de monsieur Orset), ou bien de nouvelles constructions dans le quartier Saint Georges (l'hôtel "Le Coq de bruyère") ou à la sortie du bourg, sur le chemin du Crêt du Midi (l'hôtel du Mont Joly). On apprend par recoupement dans les mutations de cadastre que ce dernier propriétaire démolit une "industrie" pour la construction de cet hôtel. Cet acte qui peut paraître sans importance est pourtant très révélateur. Il est l'illustration de cette mutation qui est en train de naître dans ces années-là à Megève, à savoir l'abandon d'une industrie locale chancelante pour une activité touristique qui deviendra florissante.

En 1925, les hôtels se rapprochaient déjà des pentes de Rochebrune (s'il "fallait" habiter au Mont d'Arbois, il "fallait" aussi skier à Rochebrune) en s'installant dans le quartier St Georges ou sur la route du Crêt du Midi. Des bâtiments ruraux furent transformés en habitations dès 1925. Ils le furent certainement en vue d'être loués, surtout lorsqu'ils étaient situés sur le plateau du Mont d'Arbois, au hameau de Thélevey, à côté des propriétés de la famille Rothschild.

L'année 1925 vit l'apparition d'une nouvelle clientèle: les enfants. Megève était déjà recommandée pour sa cure d'air : "la science recommandait les séjours d'hiver aux anémiés et aux malades". Mademoiselle Falcoz ouvrit la première pension pour enfants délicats "Les Lutins", aménagée dans un ancien bâtiment rural situé sur la route du Coin à La Molettaz, site de Megève qui, non touché par le tourisme, restait encore très rural. Puis "Dans un but social, l'abbé Julien Bernard créa successivement le préventorium du Christomet (1927) puis ceux de Saint André (1929) et de Sainte Geneviève (1933)." En 1934 J. Miège cite six pensions d'enfants à Megève, en 1965 le guide du Messager énumère quinze homes d'enfants et trois préventoriums. Jusqu'en 1928 environ, on peut dire que ces nouvelles constructions se sont établies un peu partout sans ordre, au gré des convenances particulières ou de l'opportunité des ventes. Elles s'établissent aux nouveaux endroits stratégiques de la ville (le long de la route du Mont d'Arbois, au bas des pistes de Rochebrune) valorisés par le ski et l'engouement de la clientèle mondaine et sportive. Mais, si dans ces débuts, les autochtones se contentent de transformer fermes et bâtisses pour une exploitation touristique, conservant ainsi les implantations et les formes de bâti de leurs ancêtres, les "étrangers" achètent, revendent, édifient suivant leurs achats, entraînant certains Mégevans qui, eux aussi, se font construire des chalets. On observe toutefois un début d'organisation des constructions de la Société Française des Hôtels de Montagne au Mont d'Arbois. En 1926, elle a racheté les terrains de la Société Civile d'Etude pour la Création des Stations Alpestres (SCECSA) et, suite à d'autres achats, s'est retrouvée, vers 1928, propriétaire d'une grande partie du versant du Mont d'Arbois. Sur cette grande étendue, peu de constructions : en contrebas de la route du Mont d'Arbois, le palace avec tennis et golf, plus près de la route, construits entre 1923 et 1928, deux grands garages et des dépendances pour le personnel. En 1925, la SFHM revendit des parcelles... à la baronne de Rothschild qui se fit construire un chalet en 1927 et à quelques proches qui firent de même : Émile Schreiber, Henri Kapferer, Angèle de Bourbon, Jean Aube. Volonté de regroupement ou conséquence de ce que les terrains "achetables" étaient groupés, cette implantation des bâtiments se différencie des premières constructions situées le long de la route du Mont d'Arbois. Le terrain est redécoupé mais les tracés anciens sont conservés. Orientés sud / sud-ouest, les chalets sont implantés comme les fermes dans le sens de la pente et aussi suivant une nouvelle composante : la vue. L'orientation sud / sud ouest coïncide avec la vue la plus étendue vers la vallée de Plumet. Ces chalets, dans leur ensemble, contribuent à une continuité visuelle de bâti entre les chapelles du Calvaire et l'hôtel du Mont d'Arbois et ceci même si nous avons affaire à un habitat diffus. L'impression visuelle de densité est bien présente.

2. Les premiers lotissements

Le premier lotissement de Megève date de 1928. La Société Immobilière des Chalets des Alpes (SICA) de Sallanches, acheta en 1926 quatre parcelles à Glaise, en bordure du chemin du Crêt du Midi. Deux ans plus tard elle y fit construire quatre petites maisons qu'elle vendit en 1930 à M. Demonbray, négociant parisien, en 1932, à Henri Curtil de Paris, et en 1932 toujours, à Monsieur Viard, industriel de Sallanches et futur constructeur du téléphérique de Rochebrune en 1933 (deux maisons).

Le mot "lotissement" est bien pris ici dans le sens opérationnel du terme : un promoteur privé achète un terrain, le divise en lots, construit ces lots et les revend à des particuliers. Le lotissement lui-même semble avoir toutes les caractéristiques de nos lotissements actuels. Les maisons sont de petite taille, comparées à celles du groupe de la baronne de Rothschild qui atteignent la superficie des fermes traditionnelles. En contrebas de la route du Crêt, elles s'étagent en ligne le long du chemin de desserte. La parcelle d'origine (délimitée par le chemin et la limite actuelle de propriété) où l'on a choisi de construire, est divisée en lots égaux. Les maisons plantées dans chaque lot sont équidistantes. Leur implantation dans la parcelle semble beaucoup plus dépendante du chemin dont elles se rapprochent le plus possible que de la pente, de la vue ou de l'orientation. Curieusement, le seul lien qu'elles conservent avec la tradition, c'est cet alignement contre cette limite ancienne de parcelle matérialisée aujourd'hui par le chemin.

Dès 1924 le lotissement Rosenthal est organisé, mais il ne sera construit réellement qu'à partir de 1935. La famille Rosenthal, acheta en 1924 l'ensemble des parcelles constituant le lieu-dit "Tour de Blaye" (dit aussi "Tour de Blé"), sept hectares environ, et se fit construire en 1926-1927 un chalet familial par l'architecte F. Raillon. Ils n'habiteront que bien plus tard, après 1945, l'ancienne maison forte appelée Tour de Blaye qui sera réaménagée en résidence secondaire par l'architecte Henry Jacques Le Même. D'après le docteur Socquet cette tour très ancienne daterait du XIe siècle. Elle se situe entre le torrent du Glapet et l'ancien chemin du XVIIIe siècle qui allait de Megève à Plumet.

Parallèlement, ayant appris que la construction de la route dite de Rochebrune allait valoriser tout un quartier, la famille Rosenthal acheta des terrains au lieu-dit sur le Calvaire vers 1924 à la sortie du bourg, terrains de moindre valeur, car il était encore d'usage pour les touristes d'habiter sur les pentes du Mont d'Arbois. C'est à cette époque que se construisent les secteurs de "Cornery", de "Sur le Rocher" et de "Buisson Char".

En 1924, les Rosenthal firent seulement installer un tennis "Sur le Calvaire". Ce sport arrivé d'Angleterre, et encore appelé "Lawn-Tennis", commençait à connaître un grand succès en France. En 1927, l'extrémité est de la parcelle "Sur le Calvaire" fut vendue à Etienne de Frahan qui y construisit son habitation en 1929. En 1930, une autre partie de la parcelle, cette fois-ci près du chemin du Crêt du Midi, fut vendue à Monsieur Besson Danegon. Sur cet emplacement fut édifié le luxueux hôtel "Windsor" bien décidé à concurrencer l'hôtel du Mont d'Arbois. L'ouverture de la route de Rochebrune, la même année, le placera juste à l'entrée de ce nouveau lieu à la mode.

Megève devenait une station sportive. Vers 1926, sur les terrains communaux de l'ancien pré de foire, la création de la patinoire centrale par la municipalité de Megève fut un moment important. Cet équipement du Club des Sports, par son animation, devint rapidement un point d'attraction et de rendez-vous vital pour la station. En 1928, le groupe de Jean Rosenthal (le fils aîné) obtient de la commune de Megève la concession du sous-sol de la patinoire où il réalise quelques magasins, en bordure de la route nationale. Depuis, beaucoup de ces boutiques ont périclité, changeant souvent de propriétaire, et n'ont prospéré que beaucoup plus tard.

Parallèlement aux interventions mentionnées précédemment, la station poursuivit son développement de 1926 à 1930. Le bourg comptait trois nouveaux hôtels : le moulin et la maison derrière la mairie étaient transformés en pension, Onestine Suchard avait fait démolir le petit hôtel de "La Croix d'Or" pour construire le grand "Hôtel du Parc". Etienne de Frahan avait fait construire l'hôtel "Albert 1er" face à la patinoire sur la route de Sallanches, bâtiment très moderne qui empruntait son architecture aux grands courants parisiens. L'hôtel du Mont Blanc, dans la lancée, s'était agrandi. Parmi les "pionniers" de Megève de cette époque, il y a lieu de mentionner Jean Léon Motte, d'une famille d'industriels du nord de la France, qui avait créé à Megève, vers 1927-1929 le "Train bleu", service automobile entre Megève et l'hôtel du Mont d'Arbois, puis service de chenille accédant au col d'Arbois, un cinéma, un bar-boîte de nuit, d'abord dans une baraque près de la patinoire, puis dans une construction en rondins dénommée "L'Isba" qui fut pendant de longues années un des lieux de ralliement les plus courus de Megève. Les mégevans crurent aussi à l'essor touristique de leur ville et montèrent quatre boutiques pendant cette période. A l'extérieur du bourg, maisons et hôtels poussent un peu partout. Trois maisons seulement sont construites le long du chemin du Maz, derrière l'église. Par contre, Rochebrune connaît un développement sensible : le quartier des Perchets se bâtit, vers 1927-1928 (quatre maisons), ainsi que les bords de la route du Crêt du Midi (sept maisons, trois hôtels). De l'autre côté du bourg, l'extension se focalise derrière la patinoire centrale : le long de la route du Mont d'Arbois et sur les terrains situés entre cette dernière et la route de Sallanches. On dénombre une dizaine de maisons, un hôtel et deux garages dans les quartiers d'"Alloz" et des "Lots". Dans la partie haute de la route du Mont d'Arbois, cinq nouvelles maisons ainsi qu'un hôtel se sont implantés à "Buisson char" et à la "Rochette".

3. Le refus d'une mise en forme urbaine règlementaire

Le plan d'extension, d'aménagement et d'embellissement de 1943

Au Jaillet la plaine de l'Arly est aménagée vers le nord, bien au-delà du cours d'eau. Sur les hauteurs, au sud-est, l'apport du plan de 1943 consiste en une liaison directe entre la route du Mont d'Arbois et la route de Rochebrune passant au-dessus des deux torrents par le quartier des Mouilles. Au niveau de la voirie, le plan propose également un travail minutieux de liaisons et de raccordement de réseaux ainsi que la viabilisation de lotissements. La caractéristique essentielle du plan d'aménagement, d'extension et d'embellissement de 1943 est d'aborder, dans un même temps, Megève comme ville et comme station touristique. La prise en compte et le calcul de ses besoins actuels et futurs en équipements sportifs et en hébergement, repose sur des bases statistiques. Le plan est la réponse à ces besoins. Le programme est alors rédigé différemment, l'aménagement se pense en zones : zone de construction, zone non aedificandi, zone de ski, zone de vues réservée, zone d'équipement sportif.

Il est vrai que, au début des années 40, l'urbanisme a évolué en France et l'on voit apparaître dans les écrits de Gaston Bardet les "théories" qui seront appliquées dans le plan du Grand Vichy en 1943. On s'achemine vers la loi d'urbanisme du 15 juin 1943. Le plan de 1943 est le premier à porter le nom de "Plan d'urbanisme" sur la première page du rapport de présentation. La nouveauté consiste d'autre part en une réglementation sévère des constructions quant à leur alignement, leur hauteur et leur surface. Le plan réglemente également les façades (saillies, entretien), les trottoirs, les clôtures... Pour la première fois, un plan fait figurer un programme de construction à l'intérieur de certains îlots (dans la plaine de l'Arly, de part et d'autre de la voie médiane) et propose des aménagements de places. Les plans précédents se contentaient seulement d'une définition de l'îlot par la voirie. L'architecture, elle, est soumise à cette injonction déjà présente dans le programme du plan de 1936 : "La commission du plan d'extension et d'aménagement devra guider les architectes et constructeurs de façon à obtenir un ensemble architectural harmonieux notamment pour l'aménagement des places." Ce plan d'aménagement, d'extension et d'embellissement fut publié en 1943.

L'affaiblissement des propositions des plans d'aménagement et d'extension au fur et à mesure de leur élaboration est une illustration des difficultés d'application de la loi Cornudet (1924). Le plan de 1930, jugé trop contraignant par la population, avait toutefois le mérite de prévoir et contrôler le développement de Megève à long terme. Il proposait une solution permettant de régler une partie des problèmes urbains de la plaine de l'Arly, problèmes toujours présents aujourd'hui. Nous rejoignons la remarque d'Aldo Rossi : "un plan peut être un bon plan et être aussi un échec pour la ville, n'arrivant pas au bon moment". Le plan de 1930 ne pouvait alors correspondre à la vision du territoire de Megève qu'en avaient les habitants. Il ne pouvait être "un bon plan", s'il n'était considéré comme base de discussion. La représentation des mégevans de leur territoire n'était certainement pas alors forgée sur une "idée de ville". Toutefois, de 1930 à 1943, la "ville" va prendre forme par d'autres moyens. Pas de tracé urbain pour lui donner corps, ni de "formes urbaines" à projeter. L'image de l'"architecture urbaine" semble même refusée : transformation de l'hôtel Albert 1er ou résistance à la reconnaissance de la belle architecture de la maison Le Même. Megève va continuer à se fonder au XXe siècle selon les disponibilités du parcellaire rural. Son développement se fera par la construction ponctuelle selon les achats de terrains. Conservant dans ses grandes lignes le découpage parcellaire initial, les opérations généralement de petite taille (chalet, immeuble, hôtel) ont donné naissance à une nébuleuse de constructions. Le tissu de la ville de Megève s'élabore sur une discontinuité d'objets architecturaux.

B.2 L'INVENTION DE MEGÈVE

La crise de 1929 se propage et atteint la France en 1931. Megève en subit les conséquences. La fréquentation de sa riche clientèle de banquiers, industriels et commerçants touchés de plein fouet par la crise, diminue. En 1932, la soie se vend mal, les lyonnais sont absents. Le change est moins bon, les étrangers ne viennent pas. La baisse du tourisme touche également les grandes stations thermales. Pour faire face, les grands hôtels baissent leurs prix mais perdent tout de même une partie de leur clientèle qui tend à se rabattre sur les petits hôtels qui, eux, se maintiennent bien. La construction chute ; très peu de nouvelles villas en 1932, aucune en 1933. Les propriétaires mettent leurs maisons en location pendant la pleine saison et se contentent de séjours en arrière saison.

1. Les téléphériques

La construction du téléphérique de Rochebrune en 1933 par Charles Viard, de Sallanches, outre son côté innovateur - c'est la première fois que l'on utilise le procédé du téléphérique pour le transport des skieurs - a le mérite de provoquer un retour des touristes vers Megève qui connaît alors un regain d'activité. Les skieurs, alléchés par la perspective de pouvoir faire plusieurs descentes dans la journée, se ruent vers Rochebrune. Le Mont d'Arbois, praticable seulement au bout d'une longue montée à peau de phoque, est délaissé cette année-là. Mais, l'année suivante, entre en service le téléphérique du Mont d'Arbois ; les financements Rothschild sont majoritaires dans l'opération qui compte aussi des apports mégevans et suisses. Ces deux téléphériques ont une capacité de transport de cent quarante skieurs à l'heure chacun ! En 1935, le remonte-pente de Rochebrune est mis en service, en 1937 est ouvert celui du Mont Joux. Autre conséquence de l'installation des remontées mécaniques : la pratique du ski qui s'apparentait plutôt à la randonnée évolue très rapidement vers le ski de descente. Initialement promenade ou plaisance, le ski devint rapidement un sport au sens technique actuel du terme. Le Ski Club de Paris, fondé en 1926, implanté à Megève en 1932, engagea dès 1933 des moniteurs autrichiens qui enseignent la méthode de l'Arlberg : "chasse-neige virage", "stembogen" et "christiana". C'est la grande époque du slalom. La méthode autrichienne devient très cotée, une troisième école de ski, fondée en 1934, emploie aussi des moniteurs formés en Autriche. Il faut attendre les championnats du monde de 1937 pour voir triompher le mégevan Émile Allais et sa méthode de ski. Deux ans plus tard, en 1939, est créée la première "école de ski de Megève" qui deviendra en 1946 l'école officielle de Megève.

L'installation du téléphérique en 1933 avait définitivement valorisé les pentes de Rochebrune. La création de la route de Rochebrune, appelée ensuite route du Téléphérique (et aussi chemin du Bouchet), ainsi que l'élargissement du chemin du Crêt du Midi dès 1930, ont ouvert la voie à la construction du quartier qui devient à son tour très coté. Un nouveau "pionnier" allait donner à Rochebrune la possibilité de rivaliser avec le Mont d'Arbois : en 1935, Marc Maisonny crée au pied du téléphérique le Sporting club et la piscine. Rochebrune, lieu d'intérêt été comme hiver, devient rapidement "le" lieu sélect de Megève.

2. Les lotissements

De 1934 à 1939, et pendant la guerre, la construction reprend essentiellement sous forme de lotissements. Auparavant libres de toutes contraintes, depuis 1930, date du classement de Megève en station touristique, les lotissements sont soumis à la loi Cornudet de 1919 et 1924 bien que le plan d'aménagement et d'extension ne soit pas encore voté. Ainsi, le lotissement Rosenthal déjà cité, terrain acheté en 1924 dont le morcellement commence en 1928, ne connaît son découpage définitif et son appellation de lotissement que vers 1934. Megève présente à ce moment là une grande variété de lotissements. Ils peuvent être très élaborés: grands, de quinze à vingt lots viabilisés et numérotés : ils portent le nom de "lotissement" dans les registres de construction, suivis la plupart du temps du nom du lotisseur ou bien du lieu-dit : lotissement Rosenthal, lotissement Tissot ou lotissement des Perchets. Ils peuvent être aussi de formes plus simples issues d'un partage de parcelles en deux, trois ou quatre lots.

Quelle que soit la dimension de ces lotissements (et peu importe le bien-fondé de l'appellation dans certains cas), le fait essentiel à retenir est que l'heure est au partage de parcelles et que l'on construit sur des unités foncières moindres. Ce redécoupage de la parcelle a plusieurs causes, l'une d'elles étant l'augmentation du prix du terrain que la neige valorise désormais. L'autre est l'apparition d'une clientèle moins fortunée désirant elle aussi profiter des sports d'hiver, se contentant d'un tout petit chalet, souvent d'une location.

Les lotissements que nous avons repérés à Megève ne correspondent pas tout à fait à l'idée actuelle de lotissement. Sur des parcelles de même grandeur, les types de constructions sont différents, de même que leur emprise au sol. On y trouve de nombreux chalets, mais aussi des immeubles de locations ou en copropriété, modèles nouveaux d'habitat, qui connaissent un grand développement. On retrouve aussi de nombreux hôtels et pensions ainsi que des commerces, lorsque les lots en question bordent des voies fréquentées. Les lotissements ne constituent donc pas des quartiers à usage exclusivement résidentiel.

La réglementation de la loi 1919-1924 s'appliquait uniquement aux réseaux (raccordements à la voie publique, eau potable, égouts) garantissant les conditions d'hygiène, sans autres contraintes. Il faut attendre le plan de 1943 pour trouver une réglementation stricte sur les lotissements. L'occupation du sol semble libre et on peut effectivement constater la variété des masses bâties dans le lotissement Rosenthal. Il n'y a pas de contraintes architecturales non plus, rien sur le volume ni sur la hauteur des bâtiments : le bâtiment doit être "conforme au bon goût".

Aujourd'hui, sur le terrain comme sur le cadastre actuel, ces lotissements sont difficilement repérables. Ils sont pourtant toujours là. Sur place, seule l'organisation au sol, une série de parcelles donnant sur une voie de desserte, indique leur présence. Il n'y avait pas au départ de plan d'ensemble de lotissement ou d'idée de composition de la part de l'architecte ou du lotisseur. Les lotissements de Megève font plutôt référence aux lotissements "chics" des siècles passés qu'aux lotissements de banlieue que la législation de 1924 à 1943 essayait de réglementer. Ils n'ont pas l'uniformité et la banalité (cloning) des lotissements actuels. Loin de répondre à un cahier des charges limitatif quant à l'usage, la surface ou l'architecture d'un bâtiment, ces lotissements des années trente constituent de véritables "morceaux de ville". Petit à petit ils ont relié le vieux centre au départ des pistes.

Composition des premiers lotissements

Lotissement Dessous le Calvaire

- Miss Brown, chalet 1, 2, 3

- M. Demazières, Chalet Le Sarto

- M. Delannoy, chalet Le Cairn

Lotissement du Champ de la Croix, route du Mont d'Arbois

- M. Fillon, chalet Le Caribou

- Mme Rolland Gosselin, chalet Le Grizzly

- Chalet de Mme Fr. Richard

- N. de Vindry, chalet La Sauvagine

- Chalet d´Élie de Mantout

Lotissement du Téléphérique, route de Rochebrune

- Alban Marot, chalets Le Very, Le Miage, Le Nant Borrant

- N. de Vindry, chalet Isatis

- M. Guillot, chalet Arc en Ciel

3. Rapports entre le parcellaire et le site

Nous n'avons interrogé le parcellaire du XVIIIe siècle et du XIXe siècle que pour quelques cas particuliers. Les difficultés de lecture de la mappe sarde de 1732 en font une recherche en soi. Nous avons étudié le découpage du sol au XXe siècle.

Le parcellaire s'est modifié surtout par redécoupage. Les grandes lignes demeurent et n'ont pas été "gommées" par un remembrement. Nous avons étudié le parcellaire actuel sur l'ensemble du territoire. Trois types de parcelles ont été reconnus:

- les grandes parcelles qui sont surtout, en réalité, des terres de pâturages, prairies, ou des massifs boisés,

- les parcelles laniérées, assez caractéristiques pour former une catégorie à elles seules, cultivées la plupart du temps,

- les petites parcelles qui sont soit cultivées, soit construites.

Ces parcelles définissent cinq systèmes directionnels : quatre systèmes en "éventail" et un système linéaire, à l'intérieur desquels les parcelles "s'obéissent" les unes aux autres.

Les quatre systèmes appelés "en éventail" sont définis par le relief : lorsque, l'on superpose les courbes de niveau au parcellaire, il est évident que le mouvement remarqué est créé par la présence des quatre monts : Rochebrune, Mont d'Arbois, Jaillet et Christomet.

Le système intermédiaire, plus ou moins linéaire en réalité, se situe au pied de ces quatre massifs et obéit directionnellement au cours de l'Arly, ce qui explique clairement le mouvement ondulatoire.

Les types de parcelles correspondent étroitement à leur situation par rapport à la pente ou à l'altitude.

On trouve les grandes parcelles en altitude ou sur des pentes raides. Leur situation, qui exclut la culture, n'a pas occasionné un redécoupage intensif. En hiver, ce sont les zones de ski.

Les parcelles laniérées, situées à moyenne altitude sont toujours affectées à la culture.

Les petites parcelles constituent essentiellement le système linéaire de plaine. Ce sont des parcelles cultivées ou urbaines (construites ou non) qui sont vraisemblablement issues de divisions multiples dues à leur situation favorable en plaine.

Le système général du parcellaire est encore étroitement dépendant du site (relief et cours d'eau). Les parcelles ont sûrement subi de nombreuses divisions ou échanges de propriétaires multiples depuis le XVIIIe siècle. Mais cela n'a en aucun cas effacé les grandes lignes directrices du parcellaire qui orientent encore le "maillage".

4. Le bâti

II est ponctuel et discontinu, mais cet habitat diffus et dispersé permet, en certains points, la lecture de "masses bâties" donnant une impression de continuité et de densité. On retrouve trois échelles :

1 - Les éléments "structurants" :

Unités importantes qui forment le centre ville et les "corps" des hameaux. Ce sont les grosses maisons du bourg ou bien les fermes des XVIIIe et XIXe siècles que l'on trouve dans les hameaux. Même si les bâtiments ne sont pas contigus, cas dans les hameaux, ce sont leurs relations les uns par rapport aux autres, parallélisme ou perpendicularité ou rapports plus complexes qui les caractérisent.

Quelques grands chalets ou copropriétés de la fin des années 20 se confondent parfois avec l'habitat vernaculaire tant par leur masse assez importante que par leur disposition les uns par rapport aux autres. Par contre une organisation strictement orthogonale, rigoureusement géométrique, trahit (après vérification) des constructions de facture bien plus récente.

Dans ces masses bâties, on trouve deux systèmes d'implantation :

- un système "pittoresque" dont on ne peut tirer de loi rapidement. Ce système établit une relation subtile qui définit le groupement; on le retrouve principalement dans l'habitat vernaculaire,

- l'orthogonalité, disposition géométrique qui se retrouve dans l'habitat contemporain.

2 - Les petites unités :

Elles constituent une nébuleuse qui s'étire du bourg aux hameaux, "gonfle" ces points forts et tend à les relier entre eux. Les dimensions de ces unités sont nettement inférieures à la catégorie précédente. La lecture de leur disposition les unes par rapport aux autres n'est pas facilitée par la petite dimension de ces constructions, mais peut se faire en certains endroits.

Au nord-ouest on remarque un système orthogonal assez serré près du bourg qui s'effiloche en s'éloignant. Sur le reste du territoire on lit de temps à autre les bribes d'une linéarité qui devient sinuosité par endroits.

3 - Les éléments singuliers :

Les grands hôtels et les équipements sportifs ainsi que les grands immeubles. D'une autre d'échelle, ils ne sont pas en relation directe avec le reste du bâti.

5. Rapports entre le bâti et le parcellaire

Même en l'absence d'une analyse très fine, on constate nettement une obéissance des bâtiments à la direction des parcelles, c'est-à-dire qu'ils sont généralement situés parallèlement aux limites des parcelles. Le bâti traditionnel, ainsi que quelques grands chalets de la fin des années 20, saturent la parcelle, contrairement aux constructions qui occupent une surface plus petite. On reconnaît ici les réglementations usuelles du Plan d´Occupation des Sols.

6. Relations entre le bâti et le réseau viaire

L'habitat traditionnel est installé au fil des chemins ruraux, les constructions du XXe siècle au long des nouvelles routes (phénomène de l'automobile qui ne peut monter les chemins de crête). La route de Rochebrune et la route de Glaize qui est un élargissement moderne de l'ancien chemin de Glaize, ont pratiquement attiré toutes les constructions nouvelles au pied du versant. La route du Mont d'Arbois a eu le même rôle mais les grands terrains vides, propriété de la SFHM, n'ont pas permis la prolifération des constructions; le phénomène a donc eu moins d'ampleur.

Les constructions nouvelles sont aussi venues s'installer le long de la route nationale. Le bourg s'est donc "effiloché" principalement le long de ses voies de communication, anciennes ou nouvelles.

L'habitat traditionnel :

- se trouve souvent loin des actuelles voies de communication. La liaison bâti / chemin se fait à travers champs ou par un chemin privé. Ce cas se présentait régulièrement sur les cartes du XVIIIe siècle,

- ou bien longe les chemins ruraux en bordant rigoureusement la voie. Il y a dans ce cas une nette dépendance du bâti qui épouse la linéarité du chemin, ce qui se retrouve dans les constructions du XIXe siècle.

Les constructions modernes :

Elles sont en principe bâties le long des routes et des grands chemins, ce qui s'explique par l'avènement de l'automobile: chaque maison doit être accessible en automobile, surtout en hiver. Mais ces constructions affichent une nette indépendance vis-à-vis de cette voie de communication :

- soit la parcelle bâtie est desservie par une voie secondaire qui la met en liaison avec la voie principale,

- soit elle appartient à un lotissement qui est doté d'une voie propre,

- soit la liaison se fait à l'intérieur de la parcelle par une voie d'accès.

Dans ces trois cas, le résultat est le même : les constructions se "détachent" de la voie et perdent par là ce côté urbain (caractéristique lorsque le bâtiment "donne" sur la rue) qui existait au XIXe siècle dans le bourg et même dans les hameaux. Ce caractère urbain s'était conservé jusqu'à la fin des années 20.

Aujourd'hui le chalet est définitivement isolé tout en étant branché sur le réseau.

7. Rapports entre le bâti et le site

Megève s'est largement étendue sur les flancs de la montagne. Cette extension massive ne date que du deuxième quart du XXe siècle. Les constructions du début du siècle s'appliquent encore à reprendre les règles d'implantation dans le site, règles qui relèvent de la tradition ; elles semblent répondre encore aux trois contraintes qui sont dans l'ordre :

- 1 la pente,

- 2 le vent,

- 3 le soleil.

Choisir le meilleur emplacement dans le paysage, la meilleure situation sur le terrain et s'inspirer des constructions vernaculaires : science traditionnelle de l'architecte ?

On observe d'ailleurs dans ces constructions de la fin des années 20, que ce soit dans le groupe de villas situé auprès de l'hôtel du Mont d'Arbois ou bien dans le lotissement Rosenthal, un net parallélisme avec les courbes de niveau. Les constructions postérieures ne semblent plus suivre aussi scrupuleusement ces trois règles. La hiérarchie des contraintes a changé : le soleil y tient aujourd'hui la première place. La recherche du meilleur ensoleillement se fait au détriment de l'installation dans la plus grande pente ; le mode de vie a changé... D'autres facteurs interviennent. La vue prend de l'importance et est autant recherchée que le soleil ; elle conditionne l'orientation mais aussi l'emplacement de la maison sur le terrain.

On peut aussi avancer le critère "être vu" parmi les facteurs d'implantation dans le paysage, sans dire évidemment qu'il se lit très nettement sur la carte.

Dénominations station de sports d'hiver
Aire d'étude et canton Megève - Sallanches
Adresse Commune : Megève

Installé à Megève en 1925 comme architecte, Henry Jacques Le Même persuade Noémie de Rothschild de bâtir une station contemporaine en rapport avec l´esprit sportif, le style de vie et l´âge des skieurs. À ses débuts, il s'inspire des volumes des grandes fermes de montagne. Le village s´équipe en véritable station : tremplin de saut à Rochebrune, patinoire naturelle associée à une galerie de commerces édifiée en 1929 au centre du village, « le Train bleu » liaison par autobus entre le bourg et le Mont d´Arbois, « le Hameau » premier collège d´altitude édifié en 1935 sur les pentes au-dessus du bourg. En 1933, la mise en service du téléphérique de Rochebrune ouvre Megève au ski de piste. L´équipement mécanique des pentes est engagé avec le téléphérique du Mont d´Arbois en 1934, le téléski de Rochebrune en 1935 et celui de Mont-Joux en 1937. En 1935, les victoires du skieur mégevan Émile Allais assurent la renommée sportive de Megève et en 1939 la première école de ski est créée. Le bourg de Megève est une création ancienne, déjà paroisse importante au tout début du XIIIe siècle. Le village s'est développé autour du prieuré médiéval entre les torrents du Planay et du Glapet, tous deux affluents de l'Arly. A la veille de la guerre de 1914, la population de la commune s'élève à 1 746 habitants. À partir de 1924, avec l´installation des Rothschild commence pour Megève une période de construction intense : en 1935, H. Putz décrit le village comme un immense chantier, et dénonce l´augmentation fulgurante des prix des terrains (Revue de Géographie alpine, t. 23, p. 55). En 1954, la commune compte 3 695 habitants.

Période(s) Principale : 2e quart 20e siècle
Auteur(s) Auteur : Le Même Henry Jacques, architecte, attribution par source
Personnalité : rothschild baronne Noémie de, personnage célèbre

L'agrandissement du village s'est fait le long des voies de communication, au hasard des ventes de terres agricoles, d'abord le long de l'axe principal vers Sallanches, puis au bas de la route du Mont d'Arbois ouverte en 1921. Un nouveau pôle d'urbanisation se crée à partir de 1932 avec la construction de la route de Rochebrune. En l'absence de plan d´urbanisme mis en place par la municipalité, des lotissements privés s'organisent (SICA, Téléphérique...)

Intérêt de l'œuvre à signaler

Annexes

  • Le calvaire de Megève

    Vers 1840, le père Ambroise Martin fait construire sur les pentes du Mont d´Arbois, un calvaire, composé de 14 chapelles et d´un oratoire. L´ensemble est classé Monuments historiques par arrêté du 11 octobre 1988.

  • La patinoire municipale

    Le conseil municipal décide en 1928 de construire une patinoire à l´emplacement de l´ancien champ de foire. Plus de 10 000 m3 de terre furent déblayés et arasés, la route du Mont d´Arbois (actuelle rue Edmond de Rothschild) déplacée de 200 m., un lavoir démoli et reconstruit. D´importants travaux de drainage et de canalisation furent engagés. Marc Maisonny, entrepreneur de chauffage central et futur propriétaire de l´hôtel de la Résidence et du Sporting Club, assura bénévolement la direction des travaux. Des boutiques furent aménagées en soubassement sous la patinoire.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Fonds Henry Jacques Le Même, 142 J. DELORME, Franck. Répertoire numérique des archives de l'architecte. S. l. : Assemblée des pays de Savoie ; Centre d´archives d´architecture en Savoie, 2004. (http : www.sabaudia.org/v2/archives73/inventai/seriej/IR2510.pdf).

Documents figurés
  • 279 - Megève (1113 m). Station hivernale - Concours de figures sur la patinoire. Carte postale, vers 1930 (AD Haute-Savoie. 142 J 608)

  • Megève. Coupe Gérard Montefiore dite Challenge Landowski. Carte postale, 1928 (AD Haute-Savoie. 142J 31)

  • [Megève] Le Village. Carte postale, L. Morand éditeur, Megève, [2e quart XXe siècle] (AD Haute-Savoie. 8 Fi 40)

  • Megève. Station hivernale. Le hameau du Planelet et le Mont Joly. Carte postale, [vers 1930] (AD Haute-Savoie. 8Fi 108)

Bibliographie
  • Repérage des constructions Le Même (AM Megève)

  • CULOT, Maurice, LACBRICHS, Anne, dir. Megève 1925-1950. Architectures de Henry Jacques Le Même. Paris : Institut français d´Architecture ; Norma, 1999

  • JUST, Bernard. Les années Megève, les graines du passé. Yens-sur-Morge : Cabétita, 2003

  • LE MÊME, Henry Jacques. Intérieurs de maisons de campagne. Paris : Massin, s. d.

  • LIGEON, Jean-Claude. Megève d´hier et d´aujourd´hui. Albertville : Patrice Goudier, 1982

  • LYON-CAEN, Jean-François. Les premières stations des Alpes françaises. De la station thermale à l'invention de la station de sports d'hiver. In : La grande histoire du ski. Grenoble : Musée dauphinois, 1994. 158 p. ; 17 x 24 cm

    p. 83-94
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  • LEFOURNIER, Mathilde. Megève ou la glorification du ski. La Montagne, n° 11, novembre 1913

  • LEFOURNIER, Mathilde. La naissance de Megève. Ski Sports d´Hiver, 1935, p. 79-85

  • LE MÊME, Henry Jacques. Chalets de montagne. Arts du Feu, n° 4, octobre 1938, p. 114-115

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  • LE MÊME, Henry Jacques. Villa privée à Megève (Haute-Savoie) par Henry Jacques Le Même. Le Linoléum, n° 22, février 1934, p. 13-14

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  • Le Ski, n° 137, 15 décembre 1955. N° spécial sur Megève

  • VÉRY, Françoise, PRAX, Michèle. Naissance d´une station, Henry Jacques Le Même, architecte à Megève. Les Cahiers de la Recherche architecturale, n° 24-25, 1er et 2e trimestre 1989, p. 77-84

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