Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Paysage du bassin-versant du Guiers

Dossier IA73002678 réalisé en 2010

Fiche

Œuvres contenues

Une lecture plus administrative du bassin-versant du Guiers nous permet de distinguer 30 communes, 3 cantons et une frontière départementale avec l´Isère, ancienne frontière entre la France et les États de Savoie avant 1860. La question environnementale est présente avec la mise en place de deux contrats rivières (celui du Guiers et celui du lac d´Aiguebelette) et avec le Parc naturel régional de Chartreuse. Le zonage du parc est présent au sud du bassin-versant et concerne dix communes : Attignat-Oncin, La Bauche, Corbel, Les Échelles, Entremont-le-Vieux, Saint-Béron, Saint-Christophe, Saint-Franc, Saint-Pierre-d´Entremont, Saint-Pierre-de-Génébroz.

Le réseau hydrographique du bassin-versant savoyard du Guiers compte plus de 70 cours d´eau allant du simple nant à la rivière. Le cours d´eau dominant est évidemment le Guiers. Il prend sa source sur la commune de Saint-Pierre-d´Entremont au cirque de Saint-Même (alt. 1 013 m) et n´est alors qu´un torrent : le Guiers-Vif. À la confluence des torrents du Guiers-Vif et du Guiers-Mort, il prend le nom de rivière du Guiers et se jette dans le Rhône au nord de Saint-Genix-sur-Guiers (alt. 210 m). Le second élément identitaire est le lac d´Aiguebelette d´origine glaciaire (alt. 405 m) qui occupe une place importante dans les dynamiques hydrauliques du bassin-versant. Il est alimenté par différents cours d´eau et le ruisseau du Tier constitue son déversoir naturel.

La morphologie du bassin-versant est plurielle : deux entités coexistent. La première se situe au sud avec la vallée des Entremonts. Le relief est prononcé avec une convergence vers le ruisseau du Cozon et le torrent du Guiers-Vif. L´hydrographie du Cozon est assez irrégulière, quant au torrent du Guiers-Vif, son régime est abondant et violent. Ce secteur comprend les communes de Corbel, Entremont-le-Vieux et Saint-Pierre-d´Entremont. La deuxième entité occupe la plus grande partie du bassin-versant de Saint-Christophe-la-Grotte au sud à Champagneux et Gerbaix au nord. Le secteur est bordé par les pentes raides de la Chaîne de l´Épine à l´est et le lit du Guiers à l´ouest. L´hydrographie est plus mesurée avec plusieurs décrochements de relief notamment à l´est du lac d´Aiguebelette au niveau du ruisseau du Tier. Des vallons animent le territoire avec les Monts Tournier et Chaffaron au nord. Les reliefs en direction de l´ouest sont doux, ce qui explique les zones de concentration en présence de ruptures de pentes.

Parties constituantes non étudiées pièce d'eau
Dénominations bassin de retenue
Aire d'étude et canton Pays de Savoie - Echelles (Les)
Hydrographies Rivière le Guiers
Adresse Commune : La Bridoire

Le paysage du bassin-versant du Guiers est constitué, entre autre, des 79 sites inventoriés qui présentent un maillage homogène avec des espaces de forte densité notamment le long du Tier sur la commune de La Bridoire. Le nord du bassin-versant possède peu de sites en raison de sa faible hydrographie. Le domaine de l'artisanat avec 58 sites représente 74 % des implantations. Le secteur industriel est présent avec 20 sites soit 25 % des équipements. Le thermalisme compte un site soit 1 % des éléments inventoriés. L´inventaire fait apparaître une prédominance des constructions datant du XIXe siècle avec 46 sites (52%), le XVIIIe siècle est la seconde période la plus représentée avec 23 sites (29 %). Le XXe siècle présente une part mineure dans les constructions : 10 sites (13 %). Cet espace a été dès le XIIIe siècle une zone de frontière et d´échanges pour les États de Savoie, le Guiers ayant joué le rôle de marqueur territorial jusqu´en 1860. Cette position géographique a donné une physionomie et une identité propre à ce territoire frontalier aux confins des anciens États de Savoie. Les aménagements hydrauliques des XVIIIe et XIXe siècles sont toutefois similaires à ceux présents dans le reste de la Savoie avec une part importante d´exploitation hydraulique traditionnelle. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les sites vétustes n´ont pas bénéficié des évolutions techniques de la première industrialisation, la machine à vapeur notamment. Les barrières douanières protectionnistes des États de Savoie sur les produits français ont fortement freiné l´arrivée de nouveaux matériels. Au lendemain du rattachement de la Savoie à la France, le paysage hydraulique se renouvelle avec l´apport de machines plus performantes (turbines, scies, etc.), de techniques modernes (conduites forcées, etc.), de matériaux qui ouvrent de nouveaux marchés. Les industriels lyonnais, principalement dans le domaine textile, sont attirés par les potentiels énergétiques et humains de l´Avant-Pays savoyard. À la fin du XIXe siècle, ils installent des métiers à tisser au Pont-de-Beauvoisin, à La Bridoire. L´hydraulique traditionnelle est vieillissante, aussi les équipements obsolètes sont abandonnés. D´autres sites connaissent une seconde vie avec l´ère de l´hydromécanique ; des moulins sont munis de turbines et d´équipements modernes, par exemple des broyeuses ou des blutoirs (tamis servant à séparer le son de la farine). L´apogée de la production hydraulique coïncide avec l´arrivée de l´hydroélectricité en 1890. Le thermalisme est aussi présent sur le bassin-versant avec le site hydrominéral de La Bauche. La source est redécouverte en 1862 ; ses eaux ferrugineuses seront exploitées jusqu´en 1936. Le bassin-versant dresse un panorama complet des utilisations historiques de l´énergie hydraulique. La phase dite traditionnelle avec des artifices équipés de roues verticales et horizontales est importante sur l´ensemble du secteur avec plus de 50 % des sites inventoriés. L´arrivée de mécanismes plus complexes avec des turbines est visible, dès les années 1860-1870, dans des secteurs géographiques limités avec 30 % des sites. Enfin, l´équipement de chutes pour l´hydroélectricité connaît une forte croissance à la fin du XIXe siècle. Cette dernière phase concerne 20% des implantations. L´exemple de la vallée des Entremonts est caractéristique de cette évolution technologique avec une forte croissance à l´époque moderne et un développement ponctuel de l´hydroélectricité à l´ère contemporaine. Ces deux étapes cohabitent parfaitement puisque les installations n´exploitent pas les mêmes prises d´eau.

Période(s) Principale : 1er quart 21e siècle

Le bassin-versant du Guiers a été le premier sujet de l´inventaire patrimonial de l´eau dans le département de la Savoie. Le choix s´est orienté vers ce territoire au riche patrimoine hydraulique car il disposait d´une représentativité des trois thèmes de l´étude : l´eau artisanale, industrielle et thermale. Le bassin-versant du Guiers, côté Savoie, est délimité par le massif préalpin de la Grande Chartreuse avec le Mont Granier (alt. 1 933m), le Mont Outheran (alt. 1 676 m) et la chaîne jurassienne de l´Épine (Mont du Chat, alt. 1 504 m; col de l´Épine, alt. 1 012m) l´est ; par les Monts Tournier (alt. 877m) et Chaffaron (alt. 854 m) au nord ; le torrent du Guiers-Vif puis la rivière du Guiers ferment le bassin-versant en partie occidentale. Cette zone s´étend sur plus de 270 km². La rivière du Guiers marque la limite avec le département de l´Isère. Au-delà de son emprise sur le département de la Savoie, le bassin-versant du Guiers est aussi présent sur le département de l´Isère où il occupe une superficie équivalente pour une superficie globale de 600 km².

Statut de la propriété propriété publique

Annexes

  • Impacts paysagers

    Unité hydraulique du lac d'Aiguebelette et du Tier

    L´unité hydraulique du Lac d´Aiguebelette et du Tier intègre trois aspects, à savoir l´organisation spatiale, l´historicité des usages et les impacts paysagers et humains. Ces éléments confèrent une identité particulière à cette portion du bassin-versant du Guiers. La maîtrise de l´eau a dessiné une organisation singulière avec des prises d´eau, des dérivations et des barrages. La continuité des usages et l´impact sur le paysage naturel et bâti ont renforcé le caractère hydraulique de ce territoire. Ainsi, l´exploitation de la force énergétique de l´eau a atténué l´identité agricole dominante de l´Avant-Pays savoyard.

    Une organisation spatiale dense

    L´unité hydraulique regroupe 26 sites allant des petits artifices à la centrale hydroélectrique. Les domaines de l´artisanat et de l´industrie sont présents et offrent un panorama continu des usages de l´eau. Les premiers sites inventoriés datent du XVIIIe siècle, ils concernent principalement des artifices liés aux activités de meunerie et de sciage. Le XIXe siècle amorce le basculement des activités vers l´industrie. Le point d´orgue est la construction de la centrale hydroélectrique de La Bridoire en 1911.

    Les activités artisanales sont réparties sur l´ensemble de l´unité hydraulique. La partie amont du lac compte 9 sites dont 6 moulins et 3 scieries le long des ruisseaux de Leysse, des Moulins et de la Tuilerie. En partie aval du lac, les bâtiments artisanaux sont au nombre de 16 dont 1 sur la commune de Dullin, 12 sur la commune de La Bridoire, 2 sur la commune de Belmont-Tramonet et 1 sur la commune de Domessin répartis entre les activités de meunerie et de métallurgie Le secteur industriel est bien représenté avec 5 sites uniquement sur La Bridoire répartis entre le secteur de la métallurgie, du textile, de l´ameublement et de la production d´électricité. Les dynamiques hydrauliques sont plus complètes et plus denses en aval du lac. Ainsi sur cinq kilomètres, une série de prises d´eau a été aménagée le long du ruisseau du Tier, cet espace est un modèle réduit de développement à partir de l´énergie hydraulique.

    Une historicité des usages hydrauliques

    Du XVIIIe siècle jusqu´au milieu du XIXe siècle, une logique d´implantation pour répondre aux besoins locaux

    Les sites inventoriés dans ce cadre chronologique sont principalement des moulins ; les implantations sont dispersées sur plusieurs cours d´eau. L´objectif premier de ces artifices était de répondre aux besoins de transformation des ressources locales notamment des céréales en farine. Le travail dans ces artifices était intermittent en raison de la fluctuation des débits des cours d´eau et du caractère saisonnier des activités.

    Du milieu du XIXe siècle jusqu´à 1911, l´arrivée de nouveaux capitaux et de nouvelles techniques

    Les années qui suivent le rattachement de la Savoie à la France apportent un souffle nouveau avec deux fabriques de tulle et un site de production métallurgique. Ces trois usines sont installées sous l´impulsion de capitaux extérieurs à la Savoie. L´arrivée de l´électricité avec la première centrale hydroélectrique à La Bridoire, la centrale de Tines en 1897, marque un réel tournant dans les activités avec l´introduction des premières techniques hydromécaniques.

    De 1911 à nos jours, une concentration du potentiel hydraulique vers un unique usage : l´hydroélectricité

    L´année 1911 correspond à la mise en eau de la centrale hydroélectrique de La Bridoire. Cet équipement va bouleverser le paysage hydraulique à plus d´un titre. Tout d´abord, la mise en route de la centrale hydroélectrique va modifier les usages hydrauliques de l´unité en concentrant les potentiels énergétiques sur un seul site.

    De plus, l´arrivée de la force électrique va bouleverser les logiques énergétiques avec le raccordement direct aux lignes électriques. L´attrait des berges des cours d´eau disparaît au profit de la souplesse de la fourniture d´énergie via une prise de courant. Cette évolution s´accompagne de la montée en puissance du site production des tissus métalliques et de vis de la société des Produits Tréfilés de La Bridoire.

    Impacts paysagers et humains : une nature en mutation

    Le développement de sites hydrauliques au sein de l´unité a donné une image originale à ce territoire ; les étapes successives d´implantation ont influencé le tissu social, les constructions industrielles et l´habitat sans toutefois changer la nature rurale de ce territoire. L´unité hydraulique du Lac d´Aiguebelette et du Tier est l´unique témoignage d´un développement artisanal et industriel mêlé sur le bassin-versant du Guiers. Le lac d´Aiguebelette est le second élément représentatif de ces mutations. Les besoins croissants en énergie mécanique puis électrique vont faire évoluer l´essence de ce lac naturel. Avec le démarrage de la centrale hydroélectrique de La Bridoire, le lac est devenu un réservoir, au même titre qu´un lac de barrage. EdF exploite les eaux du lac dans le respect d´une cote haute et basse. En-dehors des périodes de production, EdF régule le niveau du lac en cas de crue mais aussi arrête ses prélèvements lors des périodes sèches.

Références documentaires

Bibliographie
  • EDELBLUTTE, Simon, Paysages et territoires de l'industrie en Europe, héritages et renouveaux, ellipses, 2009.

    Région Rhône-Alpes
© Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel © Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel ; © Assemblée des Pays de Savoie © Assemblée des Pays de Savoie - Milleret Yannick - Halitim-Dubois Nadine