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hôtel particulier : hôtel de Montribloud, puis hôtel de voyageurs : hôtel de Bellecour puis hôtel de l'Europe, actuellement immeuble

Dossier IA69006311 réalisé en 2006

Fiche

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Appellations hôtel de Montribloud, hôtel de Bellecour, hôtel de l'Europe
Destinations immeuble, immeuble de bureaux
Parties constituantes non étudiées cour, boutique, salle des fêtes
Dénominations hôtel, hôtel de voyageurs
Aire d'étude et canton Lyon Jacobins
Adresse Commune : Lyon 2e
Lieu-dit : Jacobins
Adresse : 1 rue du Colonel-Chambonnet , 13 place Antonin-Gourju
Cadastre : 1831 I1 97, 98 ouest ; 1999 AK 104, 103 ouest

L'Hôtel de l'Europe est un ancien hôtel particulier du XVIIe siècle construit par Perrachon de Saint-Maurice à l'emplacement de bâtiments plus anciens. La décoration luxueuse qui subsiste est principalement due à des embellissements entrepris par la famille de Sénozan au début du XVIIIe siècle. L'architecture extérieure de l'hôtel a subi de profondes modifications aux XIXe et XXe siècles : surélévations des toitures, disparition des arcades, construction d'un bâtiment au-dessus du portail d'entrée, cour intérieure obstruée. L'immeuble s'est "fondu" dans le quartier de la place Bellecour et a perdu ses caractéristiques d'hôtel particulier. L'un des intérêts historiques de l´Hôtel de l'Europe réside dans le fait qu´il était un des hôtels de voyageurs parmi les plus prestigieux de la ville au XIXe siècle. L'architecture et les décors intérieurs qui subsistent des XVIIe et XVIIIe siècles sont remarquables, notamment les plafonds et toiles peints par Daniel Sarrabat. L´actuel hôtel de l´Europe se trouve rive gauche de la Saône, au débouché du pont Bonaparte, face à la Primatiale Saint-Jean. L´histoire de cette maison, autrefois appelée «Maison-forte de Bellecour », témoigne de l´évolution urbaine de ce quartier depuis le XVIe siècle. L´emplacement appartenait à l´ordre des Templiers jusqu´à sa dissolution en 1315, date à laquelle il revient à Amédé V de Savoie (1285 à 1323). En 1407, il semble être détaché des terrains de l´ordre des Célestins qui l´occupait jusqu´alors et deux siècles plus tard, il fait partie du domaine de Villeneuve-le-Plat. Le plan Maupin indique qu´en 1550, sur ce même emplacement, existaient des baraques qui longeaient le chemin reliant le port du Temple à Ainay. Un puits était au centre du tènement de Rontalon (actuelle place A. Gourju). Au nord, le couvent des Célestins. Au sud de l´emplacement, l´arrangement du quartier est dû aux passages de Charles IX en 1560 et d´Henry IV en 1574, car les rois résidant à l´archevêché s´embarquaient à cet endroit pour la rive droite de la Saône au port du Roy. A l´est sont installés les bureaux de la « Douane » de Valence créée en 1595. En1600, ce tènement, qui appartenait aux Faye, est vendu aux Pomey qui possèdent une importante maison et des jardins (dit de Pomey) figurant sur le plan Maupin de 1635. Un acte notarial de 1635 dit « Benoit de Pomey, sieur de Rochefort, trésorier de France en la Généralité de Lyon, loue au Consulat pour trois ans, l´hôtel et la maison au dit Pomey sis à Lyon à la place Bellecour où pend une enseigne « le port du Roy », consistant en plusieurs membres : salons, chambres, cabinets, greniers, écuries, cour et jardin, sans y comprendre le grand magasin sur le port du Roy où s´exerce le bureau de la Douane qui demeure à la disposition de M. Pomey. Le bâtiment abritait l´Intendant Jacques le Prévot d´Herbelaz à qui le consulat fournissait un logement ». Pierre Perrachon de Saint-Maurice achète la maison et les jardins aux Pomey en 1644. Il projette de rénover la maison existante et de faire construire plusieurs autres maisons à la place des jardins, depuis l´angle du Port-du-Roy (actuelle place Antonin-Gourju), jusqu´au 5 de la place Bellecour, formant ainsi une sorte de «lotissement» tel qu´il en existait dans la lignée des places royales du début du siècle. Mais on sait également que, dès son arrivée et jusqu'en 1659, il se trouve en lutte avec les Célestins pour des problèmes de mitoyenneté et d´alignement. En 1652, Perrachon fait aménager dans la cour un jardin et une orangerie. A la fin du XVIe siècle, le développement de la ville s´accompagne de la construction de demeures spacieuses, dignes de la qualité de leur propriétaire ou de leurs visiteurs. Des hôtels particuliers commencent à s´élever côté nord de la place Bellecour dont l´aménagement s´achève au début du XVIIIe siècle sous la direction de l´architecte Robert de Cotte et devient le quartier à la mode. En 1653, Pierre Perrachon de Saint-Maurice obtient l´autorisation de reconstruire une maison neuve à la place de l´ancienne demeure située à l´angle de la rue Bellecour et du port du temple et d´avancer cette nouvelle maison sur le port du Roy (côté Saône). Il passe prix fait avec Claude Chana, entrepreneur, «pour un édifice dans la place où est à présent la maison et cour dudit Saint-Maurice ; situé en cette ville ayant façade sur le port du Roy et place Bellecour.... les fondations sont de l'épaisseur de 3 pieds [1m.] faites de gravier du Rhône, de chaux de Vaise et de quartiers de pierres, les murailles de bonne pierre rousse, les matériaux qui se trouveront au vieux bâtiment demeureront au dit Chana, à la réserve du grand portail du côté Bellecour ». Ce vaste hôtel est un des plus fastueux de la ville à cette époque. Il est doté d´un portail monumental, adapté aux dimensions des nouveaux carrosses et qui contraste avec les modestes portails des immeubles lyonnais de l´époque. Il est constitué de deux puissantes colonnes à refends supportant un entablement à triglyphes. Deux bornes aujourd´hui disparues, protégeaient les jambages des roues de carrosses pénétrant dans la cour. Un mur donnant sur la rue ferme la cour, conformément à un usage classique en Italie mais peu usité à Lyon à cette époque. En 1655 le même Perrachon obtient la permission d´élever la maison d´un second étage. En 1656, le Consulat donne l´accord pour l´alignement définitif. Perrachon de Saint-Maurice suit de près la construction ; il confie le plan à l´architecte Girard Desargues assisté de Paul de la Valfenière et passe prix-faits de serrurerie et charpente avec Mimerel. En 1669, Perrachon passe un prix-fait avec Lacombe pour la construction de six maisons dans le jardin dépendant de son hôtel en façade de Bellecour sur 151 m de long, limité à l'Est par les deux parcelles que s'étaient réservés les Pomey (ce sont les maisons actuelles jusqu´au n° 5 de la place Bellecour). Clapasson observe en 1740 que « le côté (de la parcelle) qui regarde le midi est composé de différentes maisons sans grande symétrie ». On ne connaît pas les artistes qui ont travaillé dans la maison à l´époque où l´occupait Perrachon (sauf peut-être le lyonnais Germain Ponthot (1636-1705)). Le 25 juillet 1695, Perrachon meurt et la « maison forte faisant le coing du quai de Saône devant le Pont de Bois » est vendue « avec tous les boisages à recevoir plafond et tableaux qui sont dans la dite maison » à Humbert Piarron (marchand à Lyon) par le fils de Perrachon, Alexandre Louis, pour 60 000 livres. En 1704, Piarron obtient l´autorisation de rabaisser d´un pied et demi, onze demi-croisées de pierres de taille sur toute la longueur du 1er étage en façade (c´est pourquoi nous avons aujourd´hui un dénivellement entre les fenêtres du 3e étage de la façade occidentale et celles de la façade méridionale). En 1707, Piarron, devenu écuyer du roi, vend à David Olivier de Sénozan, ancien échevin de la ville «une grande maison appelée la maison forte de Bellecour, qui consiste en deux corps de bâtiments ; l´un sur ladite place (Antonin-Gourju) et le quai des Célestins et l´autre sur la façade opposée sur la cour avec tous les boisages, tableaux et parquets qui y sont». David Olivier de Sénozan, né en 1684 au Poussan dans le Languedoc, devient receveur provincial du clergé et s´installe comme banquier à Lyon en 1663. Grâce à cette fonction, il édifie une fortune considérable. A cette époque, l´hôtel s´étend sur 1335 m2 répartis dans trois corps de bâtiment de trois étages autour d´une cour carrée dont la façade côté Bellecour était ouverte à l´air et au soleil. L´essentiel de la luxueuse décoration intérieure serait dû à cette famille qui veut embellir le lieu. A la suite de deux exhaussements de la chaussée, d´abord en 1716 pour l´aménagement de Bellecour puis en 1811, après la construction du pont de pierre sur la Saône, le perron du portail qui était surélevé par rapport à la rue, se retrouve au même niveau que celle-ci (les exhaussements de chaussée sont communes au bord de la Saône, son niveau ayant régulièrement monté). David Olivier de Senozan meurt en 1722. Son fils, François-Olivier, vend la maison en 1734 ou 1740 à Pierre Nicolau de Montribloud, banquier lui aussi, qui avait épousé Anne, petite nièce et cousine de François Ollivier de Sénozan en 1727. (La maison aurait abrité alors des locaux professionnels : un notaire, un horloger...). Il meurt en 1766 et la maison est vendue. En effet, son fils, François-Christophe Nicolau de Montribloud, avait hérité de l´hôtel et de la charge de son père (receveur général des deniers communs, dons et octroi de la ville) et avec eux, d´une situation financière difficile. Il fait faillite en 1778. Afin de les mettre en vente, les créanciers ont inventorié ses biens dont l´hôtel particulier. C´est à ce moment qu´un plan de son appartement est levé par un architecte resté anonyme. On constate sur ce plan que la disposition intérieure était étonnante. (Ce plan de deux maisons possédées par le banquier à l´angle de la place et du port du Roy furent placé dans les minutes du docteur Fromental de janvier 1783, soit au moment où les maisons avaient été dépouillées de leurs effets). Les deux maisons se sont organisées autour de deux cours ; la plus importante donne sur le port du Roy, à l´ouest et n´est autre que l´ancien hôtel Sénozan décoré par Sarrabat, tandis que la seconde donne sur une autre cour plus petite à l´est. Le plan de cette aile a sans doute été réaménagé par Nicolau de Montribloud qui avait installé ici quatre grandes pièces destinées aux collections d´un cabinet de curiosités scientifiques, très à la mode au XVIIIe siècle. Ces pièces étaient accessibles par un escalier indépendant et donnait sur une terrasse intérieure du côté de la petite cour. Jouxtant la chambre à coucher, la bibliothèque est garnit d´une boiserie en abside à trois pans. Plus loin, un bureau, le cabinet des oiseaux, le cabinet de physique se succèdent avant de déboucher sur le plus grand, le cabinet d´histoire naturelle, donnant sur la place Bellecour et communiquant avec la salle à manger de Mme de Montribloud Mère. Compte-tenu de la répartition en deux corps (l´un donnant sur la cour principale, l´autre sur la petite cour), la maison est vendue en deux lots en 1766. En 1786 la maison est attribuée à la famille Delhorme. Appartenant d´abord à Jean-Baptiste Delhorme dit de l´Ile puis à son fils Jean-François Delhorme, l´hôtel accueille le bureau royal de correspondance nationale dont ce dernier est Directeur. Selon l´Indicateur de Lyon en 1788, il aurait installé des bureaux à plusieurs étages. En 1805, la maison est vendue à Louis Roche des Escures (acte pris par le notaire Eynard). C´est à cette époque qu´elle est transformée en hôtel de voyageurs, l´un des premiers de la ville. On trouve aussi que la transformation en hôtel de voyageurs daterait de 1786 mais le nom n´apparaîtrait officiellement qu´en 1809. L´hôtel fut d´abord connu sous le nom d´hôtel de Bellecour ci-devant Montribloud mais cette dénomination dure peu : en 1809 l´indicateur de Lyon cite « l´Hôtel de l´Europe, rue Bonaparte n°61 tenu par la veuve Mauvielle ». Peut-être la maison remplit-elle déjà cette fonction avant la Révolution puisqu´on signale le passage de Joseph II empereur d´Autriche en tant qu´hôte. En 1813, la gérance de l´hôtel est assurée par les Pauche. Quant à la propriété, elle passe à la famille Gourd-Gevinet (ou Gavinet) en 1824. Puis Gérard Etienne Gourd-Gevinet revend la maison à Jean-Pierre Lempereur en 1838 (Acte: " un immeuble situé à Lyon à l'angle du port du roy et de la rue Louis le Grand où est établi l'hôtel de l'Europe tenu par Pauche fils, composé de plusieurs corps de bâtiment consistant en-rez-de-chaussée et plusieurs étages au-dessus, hangar, cour, fenil, cour au milieu des bâtiments, arrière petite cour et terrasse sur le devant, jouxte la maison Boulée à l'Est, la place du port du Roy à l'ouest et divers au nord demeure excepté de la vente un petit pavillon situé au-dessus de la terrasse sur la porte cochère qui appartient à Pauché".). Dans l'ouvrage "cafés et brasseries de lyon", il est question d'un café de l'Europe au XIXe siècle qui se serait tenu place Bellecour dans le courant du XIXe siècle, peut-être ce café se situait-il au rez-de-chaussée de l'hôtel du même nom. A la mort de Jean-Pierre lempereur en 1886, l´hôtel revient à sa veuve Marie Laurence Laporte qui à son tour le lègue à son neveu, Jean Baptiste Laurent Laporte, conseiller honoraire à la cour d´appel de Paris. Pendant la première et la seconde Restauration, l´hôtel est occupé par l´état-major autrichien. Jean Baptiste Laurent Laporte meurt en 1922 en laissant une descendance nombreuse. Ce sont ses héritiers les Consorts-Laporte qui vendent l´hôtel de l´Europe à l´Union du Sud Est des Syndicats agricoles le 13 mars 1924 (pour 969 000 francs). Entre 1865 et 1903, les gérants changent souvent puis de 1909 à 1924, il est exploité par Berrier et Millet. L´hôtel est prestigieux, luxueux et de grande réputation. Selon Le Guide de l´Etranger à Lyon (1938), l´hôtel de l´Europe est le plus fameux ; des hôtels lyonnais « le plus renommé est sans contredit l´hôtel de l´Europe, près de la place Bellecour. C´est là que les étrangers de marque, les princes, etc descendent de préférence. Cet hôtel est magnifique et d´une étendue immense ». Il accueille des voyageurs illustres comme Louis XIV en 1658 qui donne à la maison sa notoriété. De nombreux souverains de passage à Lyon ont séjourné dans cet hôtel dont le Duc D´Orléans (futur Louis Philippe), Napoléon Bonaparte, Juliette Récamier et Mérimée y descendent. Au XIXe siècle, l´hôtel fait l'objet d´importants travaux et l´intervention la plus conséquente est la surélévation de la façade sud en 1853 : des appartements sont élevés au-dessus du porche d'entrée par les architectes Bouilheres et Teyssere. De chaque côté du portail se trouvait jusqu´alors une construction basse, d´un seul rez-de-chaussée formant magasin et reliant les deux bâtiments encadrant la cour. Ces deux petites constructions étaient couvertes par une terrasse à l´italienne bordée de balustres et de caisses à fleurs. Une autre intervention de taille est celle de la couverture de la cour pour l'installation d'une salle de danse en usage jusqu´en 1976, date où s´installe le Tribunal de Grande Instance. Les façades du 2e étage sont pour la plupart «transpercées» de tirants métalliques qui soutiennent la charpente de la verrière. La structure métallique visible depuis la salle de bal supportait une toiture à quatre versants reposant sur quatre poutres principales. Le décor très chargé de cette salle était entièrement constitué de moulures en stuc. Les murs étaient scandés de colonnes cannelées supportant un entablement composite. Au-dessus, des fenêtres demi-circulaires étaient surmontées de motifs floraux, tous identiques, entourant un écusson ovale. L´installation des services annexes du Tribunal de Grande Instance de Lyon provoque la désaffection de la salle de bal. Le rez-de-chaussée sous la verrière sert dès lors d´entrepôt, de chaufferie et de cave. Le Tribunal intègre le nouveau Palais de Justice de la Part-Dieu le 1er juillet 1995, à cette date, l´immeuble est désaffecté. Groupama, l´actuel propriétaire souhaite entreprendre rapidement la réhabilitation de l´immeuble en logements et bureaux. Ayant supporté de profondes modifications architecturales aux XIXe et XXe siècle, l´immeuble s'est intégré dans le quartier de la place Bellecour et a perdu ses caractéristiques d'hôtel particulier. Afin qu´il retrouve sa volumétrie initiale, la salle de bal a été détruite afin de dégager la cour et de restituer les balcons filant d´origine. Les façades et toitures ont été inscrites à l´inventaire supplémentaire des MH le 25 août 1995. L´arrêté inscrit « sur inventaire supplémentaire aux monuments historiques de l´Hôtel de l´Europe situé à LYON 2ème (Rhône). De plus, les salles au plafond à caisson (1er étage) du salon dit de Minerve et du salon dit d´Hercule (2e étage) de l´Hôtel de l´Europe sont portés au classement parmi les MH ». Le permis de construire pour restauration propose un traitement unitaire de la couverture et de la façade côté place Antonin-Gouju. La partie surélevée vient remplacer des volumes hétérogènes parasitaires édifiés aux XIXe et XXe. Les autres volumes sont conservés dans leur état existant. L´immeuble abrite aujourd´hui 32 appartements locatifs sur 2 188 m2 et 809 m2 de bureaux en étages. En 1995, les architectes chargés de la restauration sont Iwan Ponsonnet et Simon Becaud.

Partie déplacée à
Période(s) Principale : milieu 17e siècle
Principale : milieu 19e siècle
Principale : milieu 20e siècle
Secondaire : 1er quart 18e siècle
Secondaire : 3e quart 18e siècle
Secondaire : 19e siècle
Secondaire : limite 20e siècle 21e siècle
Dates 1653, daté par source, daté par travaux historiques
1853
Auteur(s) Auteur : Desargues Gérard ou Girard, architecte, attribution par travaux historiques

On connaît peu de vues des premiers bâtiments. Le plan scénographique de 1550, montre une maison au plan rectangulaire dont la façade orientale est flanquée d'une tour et percée de trois fenêtres aux étages. A l´avant se trouvent des jardins, futurs terrains à bâtir. Les plans de la ville par Simon Maupin de 1635 puis de 1659, montrent à cet emplacement une maison au plan reprenant celui de l´ancienne construction, élevée de deux étages percée au rez-de-chaussée à l'est de deux portes cintrées. Inscription sur le fronton de la façade Sud : Hôtel de l'Europe On connaît l´architecture générale de la maison construite par les Perrachon et vendue aux Sénozan en 1707 : trois corps de bâtiment disposés en U autour d´une cour fermée au sud par un portail que surmonte une terrasse. L´actuelle façade ouest est unitaire tandis que la façade sud est découpée en trois parties : deux parties XVIIe siècle de part et d´autre d´une partie centrale du XIXe siècle, elle-même divisée en trois travées. Les façades extérieures donnent sur la place Antonin-Gourju, ancien Port-du-Roy et sur la rue du Colonel-Chambonnet. Cet hôtel particulier était en fait constitué de deux maisons qui se sont organisées autour de deux cours intérieures : la plus vaste, fermée par les quatre façades de l´hôtel est accessible par le numéro 1 de l´actuelle rue du Colonel-Chambonnet, la seconde donne sur la cour intérieure voisine (à l´est), accessible par le 3 rue du Colonel-Chambonnet. Les façades sur rue et sur cour du XVIIe siècle s´élèvent sur quatre niveaux. Des surélévations du XXe siècle rehaussent la façade sur cour ouest d´un étage et les façades sur rue est et nord de deux étages. Les façades sur cour s´élèvent donc sur quatre niveaux au sud, cinq à l´ouest, six au nord et à l´est, auxquels il faut ajouter les combles. En raison de ces surélévations, les façades sur cour ont perdu leur unité et les bâtiments leur volumétrie propre à un hôtel particulier. La façade ouest sur la place Antonin-Gourju est percée de 11 fenêtres. Un espacement plus large sépare la fenêtre centrale des cinq autres réparties symétriquement de chaque côté. Le premier niveau est percé d´arcades rectangulaires récentes, les deux niveaux suivants sont percés de baies rectangulaires plus hautes que les deux derniers niveaux. La façade sud sur la rue du Colonel-Chambonnet est percée d´arcades au rez-de-chaussée : six dans la partie gauche de la façade, une seule dans la partie droite. Les fenêtres de la façade centrale (datant du XVIIIe siècle) sont pourvues de lambrequins métalliques de couleur gris-bleu. Les chambranles à une fasce des fenêtres sont constitués de pierres finement moulurées. Un bandeau souligne l´allège à chaque niveau. Le rez-de-chaussée, les parties latérales de la façade sud et la façade ouest conservent des éléments datant de la fin du XVIIe siècle (le rez-de-chaussée donnant sur la place Antonin-Gourju a perdu ses anciennes arcades, aujourd´hui simples ouvertures rectangulaires). Les fenêtres d´origine ont gardé des moulurations, des bandeaux, des chaînages reconnaissables ; elles se distinguent des baies qui ont dues être repercées et agrandies au XXe siècle : les corniches ont été sciées et des retours maladroits ajoutés. Une fenêtre du salon d´Hercule donnant sur la rue du Colonel-Chambonnet a été bouchée. Le portail central date du milieu du XVIIe siècle, certains ont avancé qu´il serait un reste de l'hôtel des Douanes, démoli par Pierre Perrachon de Saint-Maurice. Il est signalé sur le plan de Simon Maupin et conformément à ce qui est dit dans le contrat avec l'entrepeneur Chana : celui-ci pouvait prendre pour son compte les matériaux de démolition de l'hôtel des Douanes à l'exception du portail d'entrée. Le portail actuel serait donc antérieur à la construction commandée par Perrachon de Saint-Maurice mais il est complètement intégré dans les étages ajoutés au XVIIIe siècle, au-dessus du mur qui fermait la cour. Il est composé de deux colonnes à refend surmontées d´un entablement à triglyphes supportant une corniche très saillante. Il est encadré par deux chasse-roues et pourvu d´une porte à deux vantaux, taillée en pointe de diamant dans sa partie basse, et de pilastres cannelés qu´une guirlande relie entre eux dans la partie supérieure. Au-dessus du portail, deux fortes consoles cannelées supportent un balcon, elles prolongent les colonnes du portail, constituant une sorte de second entablement dans lequel s´inscrivait le panneau : «Union du Sud-Est des syndicats Agricoles» remplacé par l´inscription « Hôtel de l´Europe ». Au premier étage, les fenêtres sont surmontées de fronton triangulaire et la porte-fenêtre centrale, donnant sur le balcon, est encadrée de pilastres cannelés que surmontent des chapiteaux ornés de guirlandes. Au troisième étage, la partie centrale s´ouvre sur le balcon par trois baies géminées aux arcs cintrés surmontés d´un fronton triangulaire. Le style du portail et l´allure générale de l´immeuble sont assez proches du palais du Luxembourg. Le portail, rue du Colonel-Chambonnet, donne accès à un corridor. A gauche, une première volée d´escalier avec une rampe en fer forgé, précédée par deux colonnes cannelées, conduit au premier étage. C´est à ce niveau que prend naissance le vaste escalier dont la cage s´appuie en partie sur la façade sud, côté rue. C´est un escalier à trois volées droites et deux repos couvert de voûtes en demi-berceau et des trompes, la rampe est décorée de fins balustres en fer forgé. Les murs de cage sont ornés de panneaux rectangulaires aux encadrements moulurés et les portes sont décorées de feuillages et de palmettes. Les peintures des plinthes imitent la pierre de Villebois. Les moulures du plafond sont beige et encadrent une vaste peinture décorative. Dans les quatre angles du plafond figurent deux blasons entourés d´un très riche décor en stuc : cuirs découpés, motifs floraux, volutes en formes de corne d´abondance. Le couvrement de l´escalier a été peint à la fin du XIXe siècle et recouvre des décors plus anciens (du XVII et XVIIIe siècles). Deux autres escaliers, plus modestes, mais datant de l´hôtel du XVIIe siècle, subsistent dans l´angle Nord-Ouest et dans l´angle Nord-Est. Dans la cour intérieure du 3, rue du Colonel-Chambonnet, des balcons filant aux premier et deuxième étages ont été conservés, ils reposent sur des consoles à volute supérieure sortante et volute inférieure entrante. Les consoles du corps de bâtiment complété mi XIXe siècle sont plus ornementées que les consoles des trois façades du XVIIe siècle. Les façades des corps de bâtiment du XVIIe siècle sont recouvertes d´enduit en mortier de chaux naturelle, teintée par le sable de carrière locale ou coloré dans la masse. L´angle donnant sur la place Antonin-Gourju est renforcé par un chaînage en pierre. La façade centrale sur la rue du Colonel-Chambonnet est en pierre apparente. Des plafonds à la française couvrent la plupart des pièces de l´hôtel (ils sont masqués dans les salons d´Hercule et de Minerve et remplacés par un plafond à caissons dans le salon aux portes peintes du premier étage de l´aile ouest). L´hôtel est couvert d´un toit à deux versants de tuiles creuses en terre cuite naturelle avec une tuile de réemploi en chapeau. La restauration est intervenue en faveur d´une restitution de la volumétrie intérieure par la démolition de cloisons rapportées au XXe siècle. Inscription sur le fronton de la façade Sud : Hôtel de l'Europe

Murs pierre
enduit
maçonnerie
Toit tuile creuse
Plans plan rectangulaire régulier
Étages rez-de-chaussée, 3 étages carrés, 4 étages carrés, étage de comble
Élévations extérieures élévation à travées, élévation ordonnancée
Couvertures toit à deux pans
Escaliers escalier dans-oeuvre
Typologies quatre corps de bâtiment autour d'une cour centrale
États conservations restauré, bon état
Techniques peinture

boutique au rez-de-chaussée façades ouest et sud : actuellement Meubles Grange, magasin de cuisine et de décoration ; Agence Groupama Assurance au rez-de-chaussée de la façade sud ; Boutique au rez-de-chaussé façade sud : Art Expression.

Statut de la propriété propriété privée
Intérêt de l'œuvre à signaler
Protections inscrit MH, 1996/09/10
classé MH partiellement, 1996/09/10

Annexes

  • CRMH. 69 - Lyon 2e. Hôtel de l'Europe, Note de synthèse, Bernard GAUTHERON, 1995

    DRAC Rhône-Alpes, CRMH. 69 - Lyon 2e. Hôtel de l'Europe, 1 I 11 MHAAA 99-464

    Rhône - LYON 2ème, Hôtel de l´Europe

    Note de synthèse, Bernard GAUTHERON, chargé d'étude documentaire, avril 1995

    I- Historique :

    En face de la Primatiale Saint-Jean, sur la rive gauche de la Saône, au débouché du pont Bonaparte, cette maison, appelée autrefois «Maison-forte de Bellecour», est située dans un quartier prestigieux. Son histoire témoigne de l´évolution urbaine depuis le XVIe siècle.

    Sur le plan scénographique de 1550, à l´emplacement de cet immeuble, on remarque seulement quelques baraques qui longent le chemin tendant du port du Temple à Ainay. Au nord se trouvent les célestins, à l´est les jardins de Pomey où est installée la «Douane». Le passage de Charles X en 1560, puis celui d´Henri III en 1574 provoque l´arrangement de la rue Bellecour (actuelle rue Colonel Chambonnet) car les rois, résidant à l´Archevêché, s´embarquaient port du Roy.

    En 1600, le tènement (qui appartient alors aux FAYE) est vendu aux POMEY, qui possèdent une importante maison figurant sur le plan de Maupin de 1635. Elle est mentionnée comme Douane. Un acte notarial de 1635 décrit cette maison et le magasin donnant sur le port du Roy où demeure l´intendant Jacques Prévot d´Herbelaz, à qui le Consulat fournissait un logement.

    En 1644, Pierre PERRACHON de Saint-Maurice succède aux POMEY. Il envisage de consacrer sa fortune à des investissements immobiliers. En plusieurs années et successivement, il construira des maisons de l´angle du port-du-Roy (actuelle place Antonin Gourju) jusqu´au 5 de la place Bellecour, sorte de «lotissement» dans la lignée des places royales du début du siècle. Il s´oppose alors à son puissant voisin, les Célestins.

    En 1653, M. de PERRACHON obtient l´autorisation de construire sa maison. Il passe prix fait avec Claude CHANA, entrepreneur, «pour un édifice, ayant façade sur le port du Roy et place Bellecour...» Tout ne se passe pas sans difficultés et désaccords avec le sieur CHANA. PERRACHON lui verse 8000 livres en 1658 pour «solde de comptes». En 1657, on note que PERRACHON est assisté par Paul de la VALFENIERE, architecte du Palais Saint-Pierre. En 1659, la transaction a lieu entre PERRACHON et les Célestins. PERRACHON explique qu´il veut bâtir à neuf une maison lui appartenant au coin de Bellecour, et qu´il veut l´avancer sur la place Port du roy.

    En 1665, lors de l´alignement définitif, on sait que la décoration de son hôtel est luxueuse. Certains documents d´archives parlent comme architecte de DESARGUES (assistant de Simon MAUPIN lors de la construction de l´Hôtel de Ville de Lyon).

    En 1669, PERRACHON passe un prix-fait avec Lacombe pour la construction de six maisons dans le jardin dépendant de son hôtel (ce sont les maisons actuelles jusqu´au n° 5 de la place Bellecour).

    PERRACHON de Saint-Maurice meurt en 1688. Son fils, Alexandre-Louis de PERRACHON, vend l´Hôtel en 1695 à Humbert PIARRON, marchand à Lyon.

    PIARRON obtient, en 1704, l´autorisation de rabaisser d´un pied et demi, onze demi-croisées de pierres de taille sur toute la longueur du 1er étage au devant de sa maison (c´est pourquoi nous avons actuellement un dénivellement entre les fenêtres du 3ème étage de la façade occidentale et celles de la façade méridionale).

    En 1707, PIARRON, devenu écuyer du roi, vend à Noble David Olivier de SENOZAN «une grande maison appellée la maison forte de Bellecour, qui consiste en deux corps de bâtiments..., avec tous les boisages, tableaux et parquets qui y sont». David Olivier de SENOZAN est originaire du Languedoc. Banquier à Lyon, il édifia une fortune considérable. Les SENOZAN firent embellir la maison de Bellecour en la faisant décorer notamment par le peintre Daniel SARRABAT. David Olivier de Senozan meurt en 1722.

    Son fils, François-Olivier, vend la maison en 1734 à PIERRE NICOLAU, son beau père, banquier, qui meurt en 1766. Son fils, François NICOLAU de Montribloud, hérite de l´hôtel mais fait faillite en 1778. Ses biens furent inventoriés et un plan de son appartement levé. La disposition intérieure est étonnante et rappelle que Nicolau de MONTRIBLOUD avait constitué un cabinet de collections scientifiques, très à la mode à la fin du 18e siècle. Celui qu'il avait constitué dans son hôtel de Lyon comptait parmi les plus riches de France. En 1781, commença la longue liquidation qui ne trouva sa conclusion qu´à la mort de MONTRIBLOUD, en 1786.

    La maison est alors attribuée à la famille DELHORME. C´est à cette époque qu´elle est transformée en hôtel de voyageurs, l´un des tout premiers de la ville, sous le nom de l´hôtel de l´Europe, nom qui apparaît pour la première fois en 1809. L'hôtel appartient, tout au long du XIXème siècle à différents propriétaires (1805 : ROCHE DES ESCURES; 1824 : GOURD-GAVINET; 1838 : L´EMPEREUR ; fin XIXème : LAPORTE). L´hôtel, très prestigieux et de grande réputation, accueillit des voyageurs illustres (Bonaparte, Talleyrand, Mme de Staël, Châteaubriand, Mme de Récamier, Mérimée, Napoléon III...). Il fit l'objet de travaux importants, notamment la surélévation de la façade sud (en 1853), au-dessus du porche d'entrée par les architectes BOUILHERES et TEYSSERE, et la couverture de la cour intérieure pour l'installation d'une salle de danse (installée entre 1873 et 1900).

    En 1924, les héritiers LAPORTE vendent l´Hôtel de l'Europe à l´Union du Sud-Est des Syndicats Agricoles.

    En 1952, d´importants travaux d'agrandissement sont réalisés (surélévation des toitures, transformation des magasins du rez-de-chaussée...).

    Depuis 1976, l´édifice est loué au ministère de la Justice qui l'occupe pour les services annexes du Tribunal de Grande Instance de Lyon. Ceux-ci doivent cependant intégrer le nouveau Palais de Justice de la Part-Dieu à partir du 1er juillet 1995. L´immeuble sera donc désaffecté à cette date. Les propriétaires actuels (GROUPAMA) souhaitent entreprendre rapidement la réhabilitation de cet immeuble en logements et bureaux.

    II- Description

    - Vues anciennes :

    - On ne connaît que peu de vues des premiers bâtiments. Le plan scénographique de 1550 montre une maison haute, moyenne et basse dont la façade orientale flanquée d'une tour est percée de trois fenêtres aux étages. Au devant sont des jardins, futurs terrains à bâtir. Le plan de Simon Maupin de 1635 montre une maison de deux étages percée au rez-de-chaussée à l'est de deux portes cintrées. Le plan de 1659 montre la même maison à la haute toiture, les terrains de la place Bellecour sont déjà lotis.

    - De la maison construite par les PERRACHON, vendue en 1707 aux SENOZAN, on connaît l´architecture générale : des bâtiments en U disposés autour d´une cour à coursives fermée au sud par un portail que surmonte une terrasse (plan de 1750 du clos des célestins). Cet hôtel particulier était en fait constitué de deux maisons «consistant en deux membres et cours qui se confinent» (ce sont les actuelles maisons 1 et 3 rue Colonel Chambonnet). Le plan de 1783 de l´hôtel de Nicolau de MONTRIBLOUD nous restitue le détail du 1er étage de ces deux maisons (qui ont été vendues en deux lots séparés à la fin du XVIIIème siècle).

    - Les gravures du début du XIXè siècle de l´hôtel de l´Europe nous restitue l´entrée côté rue avant les travaux de surélévation.

    - Etat actuel :

    - La façade Ouest (donnant sur la place A. Gourju) est la seule façade subsistante de la fin du XVIIè siècle, à l'exception du rez-de-chaussée, qui a perdu ses anciennes arcades (aujourd´hui banales ouvertures rectangulaires). Cette façade a trois étages, onze fenêtres, deux étages de fenêtres hautes et le dernier en attique de fenêtres carrées. Un écartement plus large sépare la fenêtre centrale des cinq autres réparties systématiquement de chaque côté. L´encadrement des fenêtres est constitué de pierres finement moulurées. Un bandeau souligne l´allège des fenêtres à chaque niveau.

    - Le portail, vestige également de l´hôtel du XVIIè siècle consiste en deux colonnes à refends surmontées d´un entablement à triglyphes supportant une corniche très saillante (c'est le style du portail du Palais du Luxembourg). Il est encadré par deux chasse-roues. La porte a deux battants en bois, taillés en pointe de diamant dans sa partie basse.

    Certains ont affirmé que ce grand portail serait un reste de l'hôtel des Douanes, démoli par Pierre PERRACHON de Saint -Maurice, signalé sur le plan de Simon Maupin. Il est dit en effet, dans le contrat avec l'entrepeneur Chana, que celui-ci prendra pour son compte les matériaux de démolition de l'hôtel des Douanes à l'exception du portail d'entrée. Le portail actuel serait donc antérieur à la construction de PERRACHON de Saint-Maurice.

    Ce portail est maintenant «englué» et défiguré dans sa partie supérieure par les aménagements du XIXè siècle au-dessus du mur qui fermait la cour. Au-dessus du portail, deux fortes consoles cannelées supportent un balcon, elles prolongent les colonnes du portail, constituant une sorte de second entablement dans lequel s´inscrit le panneau : «Union du Sud-Est des syndicats Agricoles». De chaque côté, les fenêtres du 1er étage sont surmontées de fronton triangulaire. La partie centrale de la façade a reçu également un décor plus soutenu : la porte-fenêtre donnant sur le balcon du 1er étage est encadrée de pilastres cannelés que surmontent des chapiteaux ornés de guirlandes. La partie centrale, au 3ème étage, s´ouvre sur le balcon par une triple baie aux arcs cintrés surmonté d´un fronton triangulaire.

    Le reste de la façade est plus banal. On remarque cependant les chaînages d´angle qui l´encadrent, qui correspondent aux angles des deux corps de bâtiment donnant sur l´ancienne cour.

    L´angle Sud-Ouest est également fortement souligné par un chaînage continu. La façade sur la place se prolonge côté rue avec le même traitement architectural, composé de quatre travées (le bâtiment fait un retour d´angle qui n´est pas dans l´alignement du reste de l´édifice). La travée la plus proche de l´angle de la place est constituée de fenêtres murées (elles ne correspondent pas à des ouvertures dans les pièces intérieures). Les fenêtres des 3ème et 4 ème travées sont celles qui éclairent la grande cage d´escalier).

    Les façades sur cour :

    - La cour est actuellement obstruée par la verrière métallique installée à la fin du XIXème siècle et qui abrite l´ancienne salle de bal de l´hôtel de l´Europe. Les rez-de-chaussée, premier et deuxième étages des façades sur cour sont en grande partie masqués par cette verrière.

    Le rez-de-chaussée (sous la verrière) sert d´entrepôt, de chaufferie et de cave ; le 1er étage est à la hauteur de la salle de bal (on y accède à l´intérieur, au 1er étage, côté Ouest). Les fenêtres du 2ème étage sont la plupart «transpercées» par des tirants métalliques qui soutiennent la charpente de la verrière. La structure de la salle de bal est maintenue grâce à ces tirants ; le plancher de la salle repose sur des poteaux en fonte qui prennent appui sur le sol de la cour. Mais la verrière repose également sur l´ancien balcon qui courait tout le long des façades du 1er étage. Une visite du rez-de-chaussée sur cour (actuelles caves) a permis de constater que ces balcons, reposant sur des consoles, existaient toujours. La cour intérieure de l´immeuble 3, place Bellecour (construite par PERRACHON au XVIIème siècle) a conservé ces balcons et on peut facilement supposer que l´hôtel particulier de PERRACHON était conçu de la même façon.

    Les façades sur cour possèdent 5 étages (en raison des surélévations effectuées du XXe siècle) sauf la façade Nord du bâtiment au-dessus du portail d´entrée, qui a conservé sur cour ses trois niveaux.

    En raison de ces surélévations, les façades intérieures ont perdu leur unité et les bâtiments leur volumétrie propre à un hôtel particulier. Mais on distingue les fenêtres du XVIIè siècle avec leur mouluration, les bandeaux et les chaînages. Le dégagement de la cour permettrait de retrouver la lisibilité de ces façades.

    - Intérieur :

    - l´escalier : Le portail, rue Chambonnet, permet d´accéder à un corridor (ancien passage de communication de la rue à la cour). Une première volée d´escalier avec une rampe en fer forgé, précédée par deux colonnes cannelées, conduit au premier étage. C´est à ce niveau que prend naissance le vaste escalier dont la cage s´appuie en partie sur la façade sud, côté rue. C´est un escalier à trois volées droites : les deux premières reposent sur un mur d'échiffre, les autres sont portées par des voûtes en demi-berceau et des trompes ; la rampe est décorée de fines balustres en fer forgé.

    Les murs de cage sont ornés de panneaux rectangulaires aux encadrements moulurés. Le plafond, ovale, entouré d´un cordon également mouluré s´inscrit dans un cadre rectangulaire. Dans les quatre angles du plafond figurent deux blasons aux armoiries de la famille de PERRACHON: «de gueules à une fasce d´argent accompagné de trois étoiles d´or» et «coupé d´or et d´azur à la grue marchant de l´un en l´autre». Les armoiries sont accompagnées d´un très riche décor en stuc : cuirs découpés, motifs floraux, volutes en formes de cornes d´abondance....

    Deux autres escaliers, plus modestes, mais datant de l´hôtel du XVIIème siècle, subsistent dans l´angle Nord-Ouest et dans l´angle Nord-Est.

    - La salle de bal : La charpente métallique compose une toiture à quatre versants reposant sur quatre poutres principales. Le décor très chargé de cette salle est entièrement constitué de moulures en stucs. Les murs sont scandés de colonnes cannelées supportant un entablement très composite. Au-dessus, des fenêtres demi-circulaires sont surmontées de motifs floraux, tous identiques, entourant un écusson ovale.

    - La salle du 1er étage : Elle est au centre de l'étage côté Ouest. Elle possède un parquet à la Versailles. Les murs sont scandés par des pilastres aux chapiteaux corinthiens.

    Elle possède six dessus-de-portes ovales peints en camaïeu ocre et représentant des enfants musiciens (la pièce était-elle un ancien salon de musique ?). Le plafond est constitué de neuf caissons aux encadrements fortement moulurés. Le fond de ces caissons est peint en bleu et représente des putti volant. Ce plafond, qui pourrait dater des années 1880, a peut-être remplacé une structure à caissons plus ancienne. Les peintures en camaïeu semblent antérieures (début du XVIIIè siècle?) et pourraient être attribuées à SARRABAT (qui en a composé de semblables à ALBIGNY et dans l´hôtel de Fleurieu, rue de Boissac, à LYON).

    - Le «Salon de Minerve» : Il est situé au 2ème étage à l´Ouest au centre de la façade. Il est remarquable par son plafond composé de trois travées séparées par des poutres. Les travées sont recouvertes de toiles peintes marouflées consacrées à Minerve et dues au peintre lyonnais Daniel SARRABAT (1666 -1748). Elles représentent :

    1) La toilette de Minerve ;

    2) Minerve reçue par les Muses;

    3) Minerve combattant les géants ;

    Deux dessus-de-porte prés des fenêtres, aujourd´hui déposés au château de Pizay à St jean d´Ardières (Rhône), mais appartenant au même propriétaire, complétaient ce cycle de Minerve. Ils représentent l´un "Minerve et Vulcain", l´autre "La Naissance de Minerve". Il faut signaler que les peintures du plafond sont entourées par un riche décor d´arabesques et de grotesques. Le salon a conservé l´ensemble de ses boiseries et son parquet à la Versailles. On remarque également une très belle cheminée de marbre blanc. Son miroir est surmonté par un décor en bois doré (masque avec torche et carquois de flèches).

    - Le Salon d´Hercule : Il occupe, au deuxième étage, l´angle Sud-Ouest de l´immeuble. Il a reçu un décor somptueux de toiles peintes par SARRABAT, que les photos du XIXème siècle nous restitue dans son ensemble. Il est demeuré intact, à l´exception des toiles qui étaient sur les murs et qui ont été également déposées au château de Pizay.

    Le plafond est une vaste toile peinte de 6,80 m x 4,70 m. Sa partie centrale, ovale, représente le triomphe d´Hercule ou "Hercule reçu dans l´olympe" : on voit Hercule, que la faux du temps ne peut arrêter, monter dans les nuages de l´olympe, reçu par tous les dieux : Mercure, Minerve, Zeus, Bacchus, la Renommée... Cette scène est encadrée par un cordon où s´inscrivent dans deux cartouches les initiales O (Olivier) et S (Sénozan), entourées du même collier. Ce sont les armes de François Ollivier de SENOZAN, propriétaire de l´hôtel de 1722 à 1734. Les peintures ont donc dû être exécutées durant cette période.

    La publication par P. ROSENBERG, dans son livre "Le Seicento Francese" (Milan, 1970), d'un dessin de SARRABAT conservé au musée de DARMSTADT, qui est l'esquisse de ce plafond, a levé les derniers doutes. Il s'agit bien d'une oeuvre de SARRABAT, d'une grande qualité décorative et d'un dessin très ferme. Son caractère baroque éclate dans l'animation et la joie des figures de l'Olympe, qui s'opposent, de façon symbolique, "en contraperto", avec la grande faux du Temps brandit en vain contre le héros. (Un autre dessin de Sarrabat, présentant une légère variante a été offert au musée de Lyon en 1991)

    Autour de la peinture centrale, on remarque toujours le même décor très riche d´arabesques, de guirlandes de fleurs, de flèches, et d´oiseaux.

    Les murs sont scandés de pilastres cannelés aux chapiteaux ioniques dorés, et qui supportent un entablement où court une frise peinte représentant divers motifs (masques, flèches, rinceaux...). Les pilastres encadraient cinq tableaux qui complétaient le cycle d´Hercule. Déposées au château de Pizay, ils ont pu être inventoriés et représentent :

    1) Naissance d´Hercule (le jeune Hercule allaite Alcmène);

    2) Hercule à la cour du roi Créon de Thèbes reçoit les trophées et donne à Hercule sa fille Mégara;

    3) Hercule tue le centaure Nessus qui veut enlever Déjanire;

    4) Hercule offre sa massue en sacrifice au dieu Mercure;

    5) Hercule et Omphale.

    Au-dessus et au-dessous de ces toiles, se trouvent des médaillons représentant les visages des différents empereurs romains. (Au début du 19ème siècle, on y rajouta l´effigie de Bonaparte).

    On remarque également des panneaux de boiseries et des portes peints d´arabesques, et la très belle cheminée de marbre blanc dont les piédroits représentent des consoles à griffes de lion. Le miroir est encadré de fines boiseries dorées et ajourées.

    - Conclusion :

    L'Hôtel de l'Europe est un ancien hôtel particulier du 17e siècle construit par PERRACHON de Saint-Maurice, à l'emplacement de bâtiments plus anciens. La décoration luxueuse qui subsiste est due principalement à des embellissements entrepris par la famille de SENOZAN au début du 18e siècle.

    L'architecture extérieure de l'hôtel a subi de profondes modifications aux 19e et 20e siècles : surélévations des toitures, disparition des arcades, construction d'un bâtiment au-dessus du portail d'entrée, cour intérieure obstruée. L'immeuble s'est "fondu" dans le quartier de la place Bellecour et a perdu ses caractéristiques d'hôtel particulier.

    L'Hôtel de l'Europe fut un hôtel de voyageurs parmi les plus prestigieux de la ville au XIXème siècle. Il accueillit des personnages illustres. A ce titre également, l'immeuble présente un intérêt historique certain.

    Mais ce qui retient surtout l'attention aujourd'hui, ce sont l'architecture et les décors intérieurs qui subsistent des 17e et 18e siècles, et notamment les plafonds et toiles peints par Daniel SARRABAT, et représentant des scènes mythologiques

    On connaît de SARRABAT plusieurs ensembles décoratifs dans la région lyonnaise, classés au titre des M.H. : les peintures murales décorant la maison de Melchior Philibert à Charly (Rhône) : "Assemblée de négociants et concert de musiciens" (classées MH 14 décembre 1962); Villa à Albigny (Rhône) : peintures de la salle à manger représentant des épisodes de l'histoire d'Esther et d'Assuérus (classées MH : 23 décembre 1958); ancien hôtel du Président de Fleurieu, 8, rue Boissac à Lyon 2e : peinture représentant "L'Amour et Psyché" au plafond de la cage d'escalier (classée MH 17 février 1965).

    Les ensembles décoratifs consacrés à Minerve et à Hercule, dans l'ancien hôtel de SENOZAN complètent notre connaissance sur ce peintre et sur la peinture lyonnaise des 17e et 18e siècles. Leur bon état de conservation, in situ, avec les décors des pièces qui les accompagnaient et qui subsistent toujours (parquets, cheminées, boiseries) est un témoignage précieux des mentalités et des goûts artistiques de cette époque.

    Pour toutes ces raisons, une protection au titre des Monuments historiques paraît s'imposer pour cet immeuble et pourrait s'établir comme suit :

    - Classement parmi les monuments historiques du salon de Minerve et du salon d'Hercule (y compris les toiles et dessus-de-porte actuellement déposées mais qui devraient retrouver leur emplacement d'origine) ; la salle du premier étage; le grand escalier.

    - Inscription sur l'inventaire supplémentaire des monuments historiques des façades et toitures sur rue, place et cour. Cette inscription semble nécessaire compte tenu de l'importance historique de l'édifice ; elle complèterait les protections déjà existantes (les façades de la place Bellecour, qui sont le prolongement, sont toutes inscrites sur l'inventaire supplémentaire des MH).

    Il est difficile actuellement d'étudier complètement l'architecture intérieure de ce bâtiment, compte tenu de son occupation par les services du Tribunal de Grande Instance. Si d'autres décors importants venaient à être découverts lors des prochains travaux, il est évident qu'il faudrait les inclure (après étude) dans l'arrêté de protection.

    Documentation

    Iconographie :

    Archives Départementales du Rhône

    Archives Municipales de Lyon

    Plan scénographique de la ville de LYON - 1550

    Plan de Simon MAUPIN 1635, 1659

    Plan du Clos des Célestins 1750

    Plan de l'hôtel de Nicolau de Montribloud 1783 (dossier de l'affaire Montribloud ADR IC 226)

    Plans de ville XIXe siècle

    Fonds Pointet

    Fonds Galle (ADR) pour les photographies anciennes des décors intérieurs

    Bibliographie :

    COTTIN (Bénédicte) - La maison du 18e siècle à Lyon, Thèse de doctorat de troisième cycle, Lyon, 1984.

    GATEFOSSE-MOIROUD (F.) Lyon-Presqu'île : Inventaire monumental des maisons du 17e siècle, Mémoire de maîtrise, Lyon, 1972

    AUDIN et VIAL - Dictionnaire des artistes Lyonnais (Sarrabat , page 201)

    Histoire de la Maison-forte de Bellecour -Hôtel de l'Europe (document de l'union des syndicats agricoles du Sud-est, s.d.)

    PEREZ (M.F.) - Amateurs d'Art et collectionneurs à Lyon au XVIIIe siècle , 1980

    PEREZ (M.F.) - Les collections scientifiques de François-Christophe Nicolau de Montribloud (Lyon-Paris, 1786) - Actes des Assises des sociétés historiques du Rhône, Amplepuis, 27-28 octobre 1984.

    ROSENBERG (Pierre) - Il Seicento Francese, Milan, 1970 (collection "I designi dei Maestri")

    FLORENNE (Lise) - articles sur Daniel SARRABAT dans Bulletin des Musées et Monuments Lyonnais , n° 1, 2, 3, 1962.

    BMML n°1, 1991 : Don au musée d'un dessin de Sarrabat : Hercule reçu dans l'Olympe. (pages 49-50).

  • CRMH. 69 - Lyon 2e. Hôtel de l'Europe, Avis de l'inspecteur des Monuments historiques, 21 avril 1995

    DRAC Rhône-Alpes, CRMH. 69 - Lyon 2e. Hôtel de l'Europe, 1 I 11 MHAAA 99-464

    Ministère de la Culture et de la Francophonie, Direction du Patrimoine

    Rhône, Lyon, Hôtel de l'Europe, dossier de recensement

    Avis de l'inspecteur des Monuments historiques, 21 avril 1995

    Vaste construction, plusieurs fois remaniées depuis le XVIIe siècle, l'ancien hôtel de l'Europe forme un ensemble complexe, sans grande unité architecturale, l'état ancien, lorsqu'il n'a pas totalement disparu, ayant été occulté par des surélévations et rajouts divers.

    Des premières années du XVIIIe siècle subsistent cependant les salons d'Hercule et de Minerve : lambris rythmés de pilastres, cheminées à grands miroirs cintrés, ainsi qu'un magnifique décor peint, illustrent de manière exceptionnelle le style mis à la mode à Versailles dans les dernières années du règne de Louis XIV. Les peintures, d'une grande qualité, sont un témoignage précieux de l'oeuvre encore peu connue du peintre lyonnais Daniel Sarrabat.

    Le classement de l'ensemble du décor de ces deux salons s'impose d'autant plus qu'un réaménagement extensif de l'ensemble des bâtiments est à l'étude. Cette mesure de protection devrait inciter, espérons-le, les propriétaires à réintégrer à leur emplacement d'origine, dans les lambris des deux pièces, les dessus des portes et les tableaux, aujourd'hui déposés au château de Pizay (Rhône) par suite d'un dépècement malheureux. Le classement en urgence de ces oeuvres, au titre des objets mobiliers, est également souhaitable.

    D'autres pièces du premier étage possèdent un décor de lambris sculptés à pilastres, peintures en camaïeu, parquets anciens au point de Versailles, cheminées : sans offrir le même intérêt, ils méritent d'être préservés. Une inscription à l'Inventaire des Monuments historiques est donc proposée, de même que pour les façades et toitures (sur cour et sur rue). Justifiée par l'intérêt historique de l'immeuble, elle permettrait d'éviter de nouvelles dégradations et - souhaitons-le encore - de revenir à un état plus satisfaisant et plus homogène.

    Signé : Isabelle DENIS

  • CRMH. 69 - Lyon 2e. Hôtel de l'Europe, Procès-verbal de la CO.RE.P.H.A.E., 27 avril 1995

    DRAC Rhône-Alpes, CRMH. 69 - Lyon 2e. Hôtel de l'Europe, 1 I 11 MHAAA 99-464

    Ministère de la Culture et de la Francophonie, Direction du Patrimoine

    Rhône, Lyon, Ancien hôtel de l'Europe

    Procès-verbal de la CO.RE.P.H.A.E., 27 avril 1995

    Extraits

    (historique de l'édifice)

    Proposition du rapporteur :

    M. Gautheron propose le classement de la salle du premier étage, du salon de Minerve et d'Hercule et de l'escalier ainsi que l'inscription des façades et toitures (à l'exception des surélévations).

    M. Franceschini s'interroge sur un éventuel programme de logements qui risque d'affecter les décors intérieurs.

    M. Charpentier répond que le rez-de-chaussée sera conservé à titre de local commercial et le premier étage sera réservé à des bureaux. Le deuxième étage où sont les décors les plus importants, sera affecté à des logements de luxe.

    L'architecte en chef des Monuments historiques note l'intérêt historique de l'ensemble mais ne retient pas une protection au titre des Monuments historiques sauf pour les salons de Minerve et d'Hercule en raison de leur authenticité conservée.

    L'architecte des Bâtiments de France partage l'avis du rapporteur. Il considèrerait toutefois comme injustifiée l'inscription des toitures, en raison des surélévations effectuées au XIXe et au XXe siècles.

    L'inspecteur des Monuments historiques suggère le classement de l'ensemble du décor des salons de Minerve et d'Hercule. Selon Melle Denis, l'inscription de l'ensemble des salons avec parquets anciens au point de Versailles serait souhaitable. Melle Denis propose une extension de l'inscription aux façades et toitures pour essayer de contrôler cet immeuble "parti à la dérive".

    Pour M. Béghain, il importe de remettre l'immeuble dans son état initial. Une protection rationnelle requiert, selon lui, l'inscription des façades et des toitures et le classement de l'escalier et des pièces ayant conservé leur décor.

    Après un vote, la Commission donne un avis favorable à l'inscription des façades et des toitures sur la place, la rue, et la cour, à l'exception des surélévations du XIXe et du XXe et au classement de l'escalier, des deux salons (consacrés à Minerve et Hercule) au deuxième étage, et du salon du premier étage (qui a conservé son plafond à caissons), considérant l'intérêt historique de cet ancien hôtel particulier, et la qualité des décors intérieurs des XVIIe et XVIIIe siècles encore en place.

  • CRMH. 69 - Lyon 2e. Hôtel de l'Europe, Délégation de la CSMH (1re section), séance du 12 septembre 1995

    DRAC Rhône-Alpes, CRMH. 69 - Lyon 2e. Hôtel de l'Europe, 1 I 11 MHAAA 99-464

    Délégation de la CSMH (1re section), séance du 12 septembre 1995

    Rhône, Lyon, Hôtel de l'Europe

    Extraits

    Protection existante : ISMH du 25 août 1995 :

    -les façades et toitures sur rue, sur place et sur cour (à l'exception des surélévations du XXe siècle),

    -la cage d'escalier monumentale, avec l'escalier et sa rampe,

    -au premier étage, la salle au plafond à caissons,

    -au deuxième étage, donnant sur la place Gourju, le salon dit "de Minerve",

    -au deuxième étage, à l'angle de la place Gourju et de la rue du Colonel-Chambonnet, le salon dit "d'Hercule",

    Présentateur : M. Gautheron

    Rapporteur : Melle Denis

    (historique de l'édifice...)

    Le classement de l'ensemble du décor de ces deux salons [d'Hercule et de Minerve] s'impose d'autant plus qu'un réaménagement extensif de l'immeuble est à l'étude. Cette mesure de protection devrait inciter le propriétaire à réintégrer à leur emplacement d'origine les toiles aujourd'hui déposées au château de Pizay. Le classement de ces oeuvres au titre des objets mobiliers a été proposé par la CSMH du 19/06/95.

    Au premier étage, d'autres pièces possèdent aussi des décors intéressants, justifiant une extension de l'inscription sur l'inventaire supplémentaire des monuments historiques.

    M. de Saint-Victor regrette que ces intérieurs du 1er étage n'aient pas été inscrits en totalité.

    M. Prévost-Marcilhacy estime qu'il est indispensable de suivre la proposition de la Commission régionale du patrimoine historique, archéologique et ethnologique de classer les salons d'Hercule et de Minerve, la salle au plafond à caissons du 1er étage et le grand escalier monumental. Mais il propose en outre de classer la salle de bal du XIXe siècle qui lui semble intéressante, avec ses colonnes cannelées et son décor très chargé de moulures en stuc, et qui appartient à un moment de l'histoire du monument. En outre, il lui paraît vraisemblable que cet hôtel comporte encore des décors actuellement cachés à la vue à la suite des modifications intervenues depuis deux siècles. Il est donc nécessaire de protéger par une inscription la totalité des intérieurs afin de pouvoir exercer un droit de regard efficace sur le projet de réhabilitation de l'immeuble en commerces, logements et bureaux.

    Melle Denis précise qu'une étude préalable est faite pour libérer la cour occupée par la verrière métallique de la salle de bal.

    M. Gautheron ajoute que les pilotis métalliques bouchent la vue et que les tirants sont disgracieux.

    M. Loyer n'a pas beaucoup d'admiration pour la salle de bal. Il pense qu'il faut donner de la souplesse au réaménagement et qu'il est temps d'alléger l'édifice pour en retrouver la lisibilité.

    Melle Denis note que le propriétaire souhaite réintégrer dans le projet les anciennes arcades de la façade ouest, seule subsistante de la fin du XVIIe siècle. Il est certain par ailleurs que les éléments anciens en recouvrent d'autres plus anciens encore.

    Considérant l'intérêt historique de cet ancien hôtel particulier et la qualité des décors intérieurs des XVIIe et XVIIIe siècles, la Délégation se prononce pour le classement des trois salons du 1er et du 2e étages et pour l'inscription de la totalité des intérieurs, à l'exception de la salle de bal et intérieurs correspondant aux surélévations des toitures.

    Elle forme aussi le voeu que le classement des objets mobiliers soit étudié.

  • JAMOT, C. Inventaire général du Vieux lyon, maisons, sculptures, inscriptions.

    JAMOT, C. Inventaire général du Vieux lyon, maisons, sculptures, inscriptions. 2e éd. rev. et aug. Lyon : A. Rey, 1906. 134 p. : ill.

    Extraits

    p.116-117

    Rue Bellecour. N° 1, hôtel de l´Europe ; la façade a son entrée par un beau portail qui autrefois fermait une grande cour ; il offre un grand intérêt ; deux grosses colonnes à refends surmontées d´un entablement à triglyphes supportent la corniche ; des appareils saillants entourent et donnent de la ressemblance avec l´architecture du Palais du Luxembourg à Paris ; la partie supérieure est moderne. Un vaste escalier est orné de belles rampes en fer forgé ; les appartements sur le quai ont un salon d´angle au deuxième étage dont le plafond est orné de peintures exécutées par Thomas Blanchet. D´autres tableaux, ornements et arabesques sur de riches boiseries complètent la décoration de ce salon d´un grande valeur artistique (en note : Ces peintures ont été réparées récemment.) Un salon à la suite possède un plafond divisé en trois compartiments enrichis de peintures sur toile du même artiste. Au premier étage, on trouve des salons décorés sous le premier Empire.

    Au fond du hall couvrant la cour, on voit aussi de petits salons en style Louis XV.

  • MOREL DE VOLEINE, Claude Louis Bon. Notes sur quelques monuments et édifices curieux de Lyon sacrifiés ou condamnés par les démolisseurs.

    MOREL DE VOLEINE, Claude Louis Bon. Notes sur quelques monuments et édifices curieux de Lyon sacrifiés ou condamnés par les démolisseurs. Revue du Lyonnais, t. 5, 1888, ill.; 480 p., 27 cm., p. 196-203

    p. 201

    Hôtel de L'Europe

    Il fut bâti par M. Perrachon de Saint-Maurice, lequel le vendit à M. Olivier de Sénozan, fils d'un négociant du Midi, établi à Lyon, qui arriva par son travail et son intelligence à une immense fortune, qui selon des mémoires du temps ne fit "crier personne". Ses descendants s'allièrent aux maisons les plus illustres de France, aux d'Albon, aux Grôlée, aux Montmorency-Luxembourg, puis l'extinction de la famille.

    M. de Sénozan revendit son hôtel à M. Nicolau de Montribloud, receveur de la ville. Les salons en sont décorés avec beaucoup de goût et de magnificence ; dans une chambre du second étage il y a des peintures sur les panneaux et les armoiries des Olivier.

Références documentaires

Documents d'archives
  • DRAC Rhône-Alpes, CRMH. 69 - Lyon 2e, hôtel de l'Europe, MHPAD-01-0052.

    CRMH Rhône-Alpes : MHPAD-01-0052
  • DRAC Rhône-Alpes, CRMH. 69 - Lyon 2e, hôtel de l'Europe, 1 I 11 MHAAA-99-464

    CRMH Rhône-Alpes : 1 I 11 MHAAA-99-464
  • DRAC Rhône-Alpes, CRMH. 69 - Lyon 2e, hôtel de l'Europe, MHTMI-01-0036.

    CRMH Rhône-Alpes : MHTMI-01-0036
  • DRAC Rhône-Alpes, CRMH. 69 - Lyon 2e, hôtel de l'Europe, MHTMI-01-0073.

    CRMH Rhône-Alpes : MHTMI-01-0073
  • DRAC Rhône-Alpes, CRMH. 69 - Lyon 2e, hôtel de l'Europe, MHTMI-01-0078.

  • DRAC Rhône-Alpes, CRMH. 69 - Lyon 2e, hôtel de l'Europe, MHTMI-O1-0079.

  • DRAC Rhône-Alpes, CRMH. 69 - Lyon 2e, hôtel de l'Europe, MHPTO-04-0005.

    CRMH Rhône-Alpes : MHPTO-04-0005
  • DRAC Rhône-Alpes, CRMH. 69 - Lyon 2e, hôtel de l'Europe, MHPTO-04-006.

    CRMH Rhône-Alpes : MHPTO-04-006
  • AC Lyon. 3 SAT 00089. Dossier de rénovation de l'hôtel de l'Europe. BECAUD, Simon, 1995.

    AC Lyon : 3SAT00089
Bibliographie
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    Article 'Desargues', t. 1, p. 267.
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    pp. 116-117
  • KLEINCLAUSZ, Arthur. Histoire de Lyon. Lyon : librairie Pierre Masson, 1952. [Réimpr. Marseille, 1978. Marseille : Laffitte Reprints, 1978, 22 cm.]

    pp. 12, 24
  • PEREZ, Marie-Félicie. Les collections scientifiques de François-Christophe Nicolau de Montribloud (Paris-Lyon, 1786). Actes des Assises des sociétés historiques du Rhône, Amplepluis, 27-28 octobre 1984

  • PUITSPELU, Nizier du. Les Vieilleries lyonnaises. Lyon : Jean Honoré Editeur, 1980, (première édition en 1891)

    p. 238
Périodiques
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    n°1 pp. 9-15, n°2 pp. 27-38, n°3 pp. 47-56
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    p. 62
  • JACOTET, Dominique. Daniel Sarrabat, 1666-1748. Revue d'information du Comité Centre Presqu'île de Lyon, 1998-1999, n°26

    pp. 44-48
  • MERAS, Mathieu. Les hôtels de Bellecour. Revue d'information du Comité Centre Presqu'île de Lyon, 1998-1999, n°25

    pp 43-49
© Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel © Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel ; © Ville de Lyon © Ville de Lyon - Belle Véronique - Saget Elodie