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Bac à traille du Robinet ou bac à traille de Donzère (disparu) ; pile (vestiges)

Dossier IA26000343 inclus dans Présentation de l'étude des points de franchissement du Rhône en région Rhône-Alpes réalisé en 2010

Fiche

Á rapprocher de

HISTORIQUE

Le point de franchissement du Rhône dans le défilé de Donzère serait très ancien et pourrait remonter à l'époque romaine ; le pont et la R.N. 86J qui y aboutit coïncident exactement avec une des limites de centuries représentées sur le cadastre d'Orange, dressé vers l'an 77, d'où l'hypothèse d'un pont romain à cet emplacement (Dossier d´inventaire, 1977 ; LAUXEROIS, p. 53).

En 877, Charles-le-Chauve accorde à l'évêque de Viviers le privilège des péages et pontonnages sur le fleuve à Viviers, Donzère et Bourg-Saint-Andéol (COGOLUENHE, livre 1, p. 53 et p. 114).

En 1147, l'empereur Conrad III concède à l'évêque de Viviers le péage sur le Rhône et le village de Donzère (idem, livre 1, p. 54).

À la fin du 18e siècle, les habitants du village réclament toujours le bac qui leur permettrait d'aller commodément en Ardèche. Mais dans les années 1790, le port du Robinet est un lieu de prédilection des "brigands royalistes", qui effectuent en Drôme des actions de pillage. Ils passent, de nuit, au moyen de "barquets", avec la complicité des bateliers de Tousselage (idem, livre 1, p. 56).

En 1804, l'ingénieur en chef du département de la Drôme, un certain Lelage, dresse un plan figurant l'emplacement des deux bacs à traille à établir, conformément aux devis et détail estimatif en date du 19 février (Fig. 2).

Un bac est à mettre en place sur le grand bras du Rhône, joignant le port du Robinet en rive gauche, au lieu-dit Touchelage (parfois Tousselaze, ou encore Touchelage selon les documents ; correspond aujourd'hui à l'île de Tousselage) en rive droite ; un second bac se trouve dans sa continuité pour franchir le petit bras du Rhône parallèle.

Sur ce plan est indiqué l'emplacement de la pile à construire à Touchelage sur la rive droite et l'organeau (anneau de fer utilisé notamment dans le domaine maritime) à sceller dans le rocher sur l'autre rive, juste à l'amont du lieu-dit Le Robinet (AD Drôme, 50S 11 : Chemise Construction, mise en place, An VI-1806) pour le bac du grand bras.

Les plan, coupe et élévation de la pyramide en maçonnerie à élever sur la rive droite sont dessinés par le même Lelage (idem).

Ces documents ont été approuvés par le préfet du département de la Drôme le 19 mars 1804.

Le 15 mai suivant [25 floréal an 12], le même ingénieur rédige un devis des ouvrages à faire pour l´établissement du bac à traille. Ce bac servira à la communication de la route de Lyon à Montpellier en rive droite et celle de Lyon à Marseille en rive gauche (idem).

En 1807, les bacs à traille de Donzère sont signalés dans les documents d'archives comme nouvellement établis sur le Rhône au port du Robinet ; il est fait mention des rampes d'abordage et des fréquentes ruptures de la traille, alors trop longue (AD Drôme, 50S 11 : Chemise Réparation, construction, 1807-1816).

En 1822 est dressé un devis des ouvrages à faire pour la réparation des cales ou rampes d´abordage du bac, ainsi que pour l´établissement d´une plaque en cuivre portant le tarif des droits de passage (AD Drôme, 50S 11).

Dès 1833, des rapports sont rédigés afin de remplacer le bac par un pont suspendu à péage (AC Viviers, non coté, voir annexe n° 1 ; AD Drôme, 3S 42 : Chemise 531 : Projet de pont suspendu à Beauchastel, au Pouzin et à Donzère, Conseil général de l´Ardèche, session de 1833).

Le bac de Donzère apparaît alors comme "le plus important de tout le département" (AC Viviers, non coté, annexe n° 1).

Le 10 juillet 1845, une ordonnance du roi Louis-Philippe autorise la construction du pont suspendu, en remplacement du bac du Robinet de Donzère (AD Drôme, 3S 42 : Chemise 533).

Le bac est supprimé quelques temps plus tard, en 1851 (AD Drôme, 50S 11 : Chemise Rétablissement du bac à traille, 1856).

En 1856, son rétablissement est proposé à la suite de l´enlèvement du pont en fil de fer emporté par une crue du Rhône. Il s´agit d´implanter un bac à traille provisoire pour desservir ce passage en attendant la reconstruction du pont (idem).

Précision dénomination bac à traille
Appellations bac du Robinet, ou bac de Donzère
Dénominations bac
Aire d'étude et canton Rhône-Alpes - Pierrelatte
Hydrographies Rhône
Adresse Commune : Donzère
Lieu-dit : 26 Donzère, Cité des Roches, 07 Viviers, Tousselage
Adresse : Port du Robinet
Cadastre : 1967 AT
Précisions oeuvre située en partie sur le département 07
oeuvre située en partie sur la commune Viviers

Le point de franchissement du Rhône dans le défilé de Donzère apparaît ancien et pourrait remonter à l'époque romaine. En 877, un péage (pontonnage) est mentionné sur le fleuve à cet endroit ; en 1147, le péage de Donzère semble à nouveau signalé. Existait-il déjà un bac à ces dates ? À la fin du 18e siècle, les habitants de Donzère réclament toujours le bac qui leur permettrait de passer en Ardèche. Le projet de bac prend véritablement forme au début du siècle suivant. Des plans et devis sont ainsi dressés en 1804 par l'ingénieur en chef de la Drôme, Lelage, pour établir un bac à traille sur le grand bras du Rhône au port du Robinet de Donzère et un autre, à hauteur, sur le petit bras du fleuve. Une pile doit être construite en rive droite à Touchelage. En 1807, on sait que les bacs sont en service. Dès 1833, il est envisagé de remplacer le bac du Robinet par un pont suspendu à péage. La construction de ce dernier est autorisée par ordonnance royale, le 10 juillet 1845, et le pont ouvert en 1847. Quatre ans plus tard (1851), le bac est supprimé. En 1856, il est procédé au rétablissement provisoire de l'ancienne traille en attendant la reconstruction du pont emporté par une crue. Le 23 décembre 1985, la pile de l'ancien bac subsistante en rive droite est inscrite à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques, en même temps que le pont suspendu juxtaposé.

Période(s) Principale : Antiquité , (?)
Principale : Haut Moyen Age , (?)
Principale : 1er quart 19e siècle
Secondaire : 3e quart 19e siècle
Dates 1804, daté par source
Auteur(s) Auteur : Lelage, ingénieur, attribution par source

Le bac à traille de Donzère permettait de franchir le Rhône entre Donzère (implanté au port du Robinet) et Viviers (lieu-dit Touchelage, aujourd'hui Tousselage), dans le défilé de Donzère, quasiment à l'emplacement du pont dit du Robinet qui l'a remplacé. En rive gauche, côté Donzère, c'est un anneau de fer scellé dans le rocher qui maintenait la traille. En rive droite, côté Viviers, c'est une pile de plan carré et de forme tronconique qui recevait le câblage. Cette pile maçonnée (en moellons de calcaire avec chaînes en pierre de taille) subsiste toujours à 10 m en amont de l'arc monumental formant tête de pont du pont suspendu. Sa face ouest présente encore les pierres en boutisse servant à l'escalier.

Murs calcaire
moellon
Escaliers escalier hors-oeuvre : escalier droit, en maçonnerie
Typologies bac à traille
États conservations détruit, vestiges

Bac étudié en 1977 dans le cadre de l´Inventaire topographique du canton de Viviers (IA00048163). Géré par la Direction Interdépartementale des Routes Centre-Est (Etat). Coordonnées : LAMBERT3 ; X = 0787760 ; Y = 0241840. D'après la thèse de Cogoluènhe.

Statut de la propriété propriété du département
Intérêt de l'œuvre à signaler
Protections inscrit MH, 1985/12/23

Annexes

  • Extrait du rapport de l´élève ingénieur chargé du service de l´arrondissement de l´Est sur les bacs de cet arrondissement en réponse à une demande faite par M. le Directeur général, tendant à faire remplacer tous les bacs par des ponts, 6 mai 1833 (AC Viviers, non coté) :

    "M. le Directeur général par sa lettre du mois d´octobre dernier, demande s´il ne serait pas possible de remplacer les bacs qui servent aux passagers des rivières par des ponts fixes ou par des ponts suspendus ; et dans ce cas il désire toutes les données nécessaires pour dresser le cahier des charges dans l´arrondissement dont l´élève ingénieur soussigné est chargé. Il y a trois emplacements de bacs qui peuvent fixer l´attention de l´administration sous le point de vue dont il est question. Ce sont les bacs de Beauchastel sur l´Hérieux, celui du Pouzin et celui du Robinet, tous deux sur le Rhône.

    Je ne parle pas de celui de Rochemaure quoiqu´il soit d´une grande importance à cause du voisinage de Montélimar, parce qu´une compagnie est sur le point de le remplacer par un pont suspendu.

    Bac du Robinet ou de Donzère :

    Le bac dont il s´agit est le plus important de tout le département car tout le roulage du Languedoc qui se rend en Auvergne et qui traversait autrefois l´Ardèche au pont de Saint-Just emporté en 1827, traverse une première fois le Rhône au Saint-Esprit pour le traverser une seconde fois au bac de Donzère.

    Un pont établi dans cet emplacement serait donc très utile et très avantageux. Il est un autre emplacement qui conviendrait mieux sous beaucoup de rapports, mais il faudrait pour cela exécuter de grands travaux. La route royale de Lyon à Marseille par le Dauphiné traverse à Donzère une montagne assez élevée et elle a dans quelques endroits de 10 à 12 centimètres de pente par mètre. Si l´on suivait le Rhône, on aurait au contraire une route bien placée ; sans grands détours et d´une pente très douce ; et alors au moyen d´un pont suspendu qui serait établi à la porte de la ville de Viviers et vis-à-vis l´embranchement des deux routes royales n° 86 de Lyon à Beaucaire et 102 de Viviers à Clermont ; cinq ou six gros bourgs qui se trouvent dans la Drôme vis-à-vis Viviers pourraient facilement communiquer à cette ville et échanger avec elle tous les produits agricoles, de manière que cet emplacement jouirait de l´avantage d´avoir non seulement le roulage, mais encore tout le piétonnage.

    L´établissement de ce pont serait assez facile en traversant un bas fond peu profond au moyen d´une chaussée et en attachant les chaînes de suspension du pont sur les rochers de Marmouche qui se trouvent en face de Viviers sur la rive gauche du Rhône. A Donzère au contraire il ne faut pas espérer que les gens à pied y passent en grande quantité, vu qu´ils seraient obligés de faire un grand détour pour arriver à leur destination, le pont ne servirait qu´aux gens de Donzère : et les habitants de Viviers eux-mêmes pour aller à Montélimar iraient traverser le Rhône au Teil ou à Rochemaure qui sont distans le 1er de 8 à 10 mille mètres et le second de 15 à 16 mille, plutôt que de rétrograder pour aller prendre le pont de Donzère. Mais il faut avouer que cet emplacement serait plus convenable que l´autre en ce que du côté gauche du Rhône, le chemin est déjà fait pour aller rejoindre la grande route au-dessous de Donzère.

    Occupons-nous actuellement du pont de Donzère.

    En cet endroit le Rhône est assez large et lors des grandes eaux il couvre toute la plaine jusqu´à la route n° 86 comme on peut le voir d´après le profil en long, il convenait donc de donner au point un débouché suffisant pour l´écoulement des eaux.

    En lui donnant toute la largeur du lit du fleuve c´est-à-dire 350 mètres en faisant une avenue insubmersible, j´ai trouvé que les eaux s´élèveraient à 2,78 m au-dessus des plus hautes eaux. Elles ne s´élèveront pas à cette hauteur à cause de l´augmentation de vitesse mais le bruit des eaux qui passent en si grande quantité et avec une grande vitesse souvent effraye les animaux qui passent sur le pont. J´ai donné au tablier du pont une hauteur de 3,50 m au-dessus des plus hautes eaux actuelles. Si la société chargée de l´exécution du pont veut diminuer le débouché, elle pourra en demander l´autorisation, et qui lui sera accordée, s´il y a lieu, après une étude plus approfondie des localités.

    Pour établir la communication entre la route n° 86 et le pont, il y aura une chaussée de 804,95 m de longueur d´une pente uniforme de 0,0082 m par mètre sur toute la longueur.

    Cette chaussée suivra d´abord le chemin d´avenue du bac jusqu´à la ferme de Mr Fournery aîné, traversera la cour et un hangar et delà il y aura un nouvel alignement qui ira aboutir au pont qui se trouve en face du Domaine de M. Surcot comme le plan l´indique. Cette chaussée traversera une laune ou brassière du Rhône de 56 m de largeur, mais peu profond et ce qui ne présentera aucun inconvénient puisque l´eau n´arrive dans cette laune que par le bas et c´est par conséquent une eau dormante.

    Sur la rive gauche la chaussée d´avenue aura 161,80 m de longueur et suivra une pente uniforme de 0,02 m par mètre (...)".

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Drôme. 3S 42. Pont de Robinet, Donzère

    Chemises 531 et 533
  • AD Drôme. 50S 11. Bac à traille de Donzère

  • AC Viviers. Non coté. Rapport de l´élève ingénieur chargé du service de l´arrondissement de l´Est sur les bacs de cet arrondissement

Documents figurés
  • Plan Figuré servant à faire connoitre l´Emplacement du Port du Robinet sur la Rive Gauche du Rhône et aussi celui des Bacs à Traille à y établir Conformément aux Devis et Détail Estimatif en date du 29 Pluviose An 12 [19 février 1804] / Lelage. [1804]. 1 plan : coul. (extr. de : AD Drôme, 50S 11 : Chemise Construction, mise en place, An VI-1806) Notes : Vu et approuvé par le préfet du département de la Drôme, le 28 ventôse an 12 [19 mars 1804]

  • Plan, Coupe et Elévation de la Piramide en maconnerie à élever sur la rive droite du Grand Bras du Rhône... / Lelage. [1804]. 1 dess. : coul. ; 44 x 26 cm (extr. de : AD Drôme, 50S 11) Notes : Vu et approuvé par le préfet du département de la Drôme, le 28 ventôse an 12 [19 mars 1804]

  • [Bac du Robinet de Donzère]. [s.d.]. 1 plan : coul. (extr. de : AN. F14 10074-2, pièce 8/18)

  • Commune de Viviers - Tableau d´assemblage / 1:20000. [1811]. 1 plan : en coul. (AD Ardèche, 3 P 2750-1)

  • Commune de Viviers - Section C2 / 1:5000. [18..?]. 1 plan : en coul. (AD Ardèche, 3 P 2750-6)

  • [Construction du pont de Donzère]. [1946]. 34 photogr. pos. : n. et b. (AD Ardèche. 25 Fi 100, n° 60) Notes : photographies sélectionnées extraites d´un album qui rassemble l´ensemble de la campagne photographique

    Vue avec le pont endommagé et le reste d'une pile de bac en arrière-plan
  • [Donzère - Le Rhône en crue (novembre 1955)]. [1982]. 1 photogr. nég. : n. et b. ; 13 x 18 cm, (AD Drôme. Collection du Musée de Donzère, 52 Fi 15) Notes : reproduction photographique d´un orignal d´après 1955

    Reste de pile du bac à côté du pont
Bibliographie
  • COGOLUENHE, Henri. Histoire des bacs pour traverser le Rhône. Recherches historiques et sociologiques. Thèse de doctorat, Institut de Recherche et d'Enseignement Philosophiques, Département Sociologie. Lyon : Facultés catholiques de Lyon, 1980. 3 volumes

    livre 1, p. 53, p. 54, p. 56 et p. 114
  • LAUXEROIS, Roger. Le bas Vivarais à l´époque romaine. Paris : De Boccard, 1983

    p. 53
  • PERRIN, Colette. Donzère. Des origines à la Révolution. Aperçu historique. Recherches Donzéroises, Bulletin de l'association des Amis du Vieux Donzère, 1981, n° 7, p. 1-7

    voir p. 6
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