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Lumière sur

Collège de jésuites d'Aubenas (partiellement détruit ; vestiges), puis école secondaire, puis centre de tri postal, puis commissariat de police, actuellement immeuble à logements

HISTORIQUE

La création d'un collège d'humanités à Aubenas remonte au 16e siècle, probablement à 1574 ; l'enseignement y est assuré par des laïcs protestants jusqu'en 1620. Parallèlement, à partir de 1603, un enseignement catholique (deux classes de grammaire) est dispensé à une centaine d'élèves par les jésuites dans leur résidence, fondée en 1601 par Louis de Modène, seigneur d'Aubenas et marquis de Maubec (COMPERE, M.-M., JULIA, D., 1984, p.72). Celle-ci a été établie dans deux maisons voisines. La première, propriété du sieur Pastel, a été mise à leur disposition en 1601 par le marquis de Maubec et plus tard acquise à leur profit par les habitants d'Aubenas et Marie de Montlaur, seigneur d'Aubenas ; les jésuites y ont installé une chapelle, deux classes et des chambres. La seconde, située entre la rue des Olières et le rempart, de l'autre côté du fossé, est une maison avec cour et jardin (DELATTRE, 1940, vol. 1, col. 366) donnée par le cardinal de Joyeuse (AD Ardèche, D 1 ; GIGORD, 1910, p. 30). Elle est augmentée d'un petit jardin donné en 1620 par Jean Dubreton, qui vient agrandir celui que les jésuites possèdent déjà (Ibid., p. 73).

Fondation du collège

En 1621, la résidence, qui possède une troisième classe depuis 1617 (DELATTRE, 1940, vol. 1, col. 368) est transformée en collège (projeté dès 1613 ; GIGORD, 1910, p. 77), lequel est doté à partir de 1625 d'une rente annuelle de 600 livres par les États du Vivarais. En 1628, des lettres patentes de Louis XIII leur accordent également les biens de protestants rebelles exilés du royaume (DU BOYS, 1842, p. 251). La subsistance du collège est enfin assurée par l'acte de fondation du 17 septembre 1638, par lequel Marie de Montlaur leur octroie un capital de 30000 livres dont la rente annuelle permet de rétribuer les enseignants (COMPERE, M.-M., JULIA, D., 1984, p.72) ; l'acte stipule l'obligation pour les jésuites de bâtir à leurs dépens le collège et l'église (GIGORD, 1910, p. 145). Il indique également que Marie de Montlaur a acquis pour le compte des jésuites les maisons Faucon (ruinée), Lafaïsse, au sud de celle du cardinal de Joyeuse (comprenant boutique, charnier, cuisine basse, citerne, étable, et au dessus galerie en pierre de taille comprenant salle, chambres, cabinets, et encore au dessus des degrés galerie en bois avec un cabinet au bout) et Salacru, contigües à leur résidence et dont l'emprise foncière doit servir à son agrandissement (AD Ardèche, D 1). La maison de Pierre de Faucon " confrontait de bise à la maison Jean Lafaïsse, de matin aux maisons d'Etienne Salacru, d'Olivier Vedel et aussi à une petite rue à sac sortant de la grande rue des Olières ". La maison d'Etienne Salacru était presque enclavée dans la maison Faucon : elle " confrontait au sud à la petite rue à sac et à la maison de Messire Claude Chapelier, soit par une terrasse au-dessus de la petite rue, soit par une prolongation du bâtiment appuyé sur la maison Chapelier " (AD Ardèche, D 1). Au nord de la maison Pastel, une dernière maison est acquise le 12 octobre 1644 par les jésuites. Elle appartenait au cordonnier Antoine Girard. Elle confrontait " de bise aux maisons de messire Philippe Arcajon et de noble François de Valeton, de matin à la maison et église du collège " (AD Ardèche, D 1 ; voir Plan schématique ci-dessous). Après cinq ans de tractation sur certaines clauses de l'acte, ce dernier est signé dans sa version définitive le 20 septembre 1643 (acte conservé à l'Archivio di Stato, Roma. Fonde Gesuit. Collegi 99 ; GIGORD, 1910, p. 149, note 1). C'est en ces lieux bordant le rempart que vont donc s'installer le collège et son église.

Plan schématique des terrains du collège. Dess. Ed. de Gigord, 1910Plan schématique des terrains du collège. Dess. Ed. de Gigord, 1910

Construction du nouveau collège

La gratuité étant une condition essentielle de l'enseignement jésuite, la fondation d'un collège suppose des revenus indispensables à l'entretien des Pères et à l'acquisition de locaux et de mobilier pour y assurer leur mission (maison d'habitation, bibliothèque — mentionnée dans les sources à partir de 1654 —, église, salles de classe et jardin), a fortiori pour assurer la construction de bâtiments. Ceux-ci vont s'élever à l'emplacement des maisons du cardinal de Joyeuse, Lafaïsse, Faucon et Salacru, l'église occupant celui des maisons Girard et Pastel (dans laquelle se trouvait la première chapelle du collège) et s'étendent jusqu'aux remparts démolis et une partie des fossés.

La construction du collège est financée par les jésuites, d'après des plans établis en 1658 par Antoine-Hercule de Vogüé, dit Père Hercule de Rochecolombe, prêtre jésuite arrivé au collège d'Aubenas en tant que missionnaire en 1652 (GIGORD, 1910, p. 164).

Projet pour le collège : plans du rez-de-chaussée et du 1er étage, par le P. de Rochecolombe (B.n.F., Est., FT 4-HD-4 (16))Projet pour le collège : plans du rez-de-chaussée et du 1er étage, par le P. de Rochecolombe (B.n.F., Est., FT 4-HD-4 (16))

Les travaux débutent en 1659 par l'église (achevée en 1664 ; voir dossier IA07000268), les bâtiments existant du collège faisant seulement l’objet de réparations et de nouveaux aménagements : installation d’une chapelle provisoire, réfection du grenier, du cuvage et de la cave, lieux d’aisance et diverses chambres (AC Aubenas, I 1/9 : Livre concernant le bâtiment, fol. 11 : état général des comptes, novembre 1663, et fol. 17). La direction du chantier est assurée par le Père de Rochecolombe, appelé pour ce faire à Aubenas (Ibid., fol. 9). De nouveaux terrains sont acquis pour servir de jardin au collège, auquel ce dernier est relié par une voûte souterraine (AC Aubenas, CC 6 : Compoix de 1660-1662). Dans ce dernier sont peut-être cultivées des plantes médicinales car il est décrit comme « très avantageux pour la santé des Pères et pour l'utilité du collège » (GIGORD, 1910, p. 197). Cependant les livres de comptes comportent des mentions d'achats de drogues par le frère infirmier qui laissent à penser que ce ne fut pas la destination première de ce jardin.

1ère phase de construction : 1682-83

Sur l'insistance du Père provincial, qui nomme en 1682 le Père de Rochecolombe directeur de la construction du collège (AC Aubenas, I 1/9, fol. 75 ; voir Annexe 1), la première partie des bâtiments est construite en 1683 (première pierre posée le 15 mai 1683). Le nouveau collège est édifié sur un terrain situé au-delà des murailles de la ville et donné par le comte d'Harcourt, seigneur d'Aubenas (AC Aubenas, I 1/9, fol. 76-77), et à l'emplacement des maisons Pastel et Girard. Cette partie du nouvel édifice doit comprendre classes et chambres en assez grand nombre pour permettre la démolition des anciens bâtiments. Malgré l'apport de fonds alloués par les États du Vivarais, le chantier est arrêté faute de revenus suffisants (GIGORD, 1910, p. 217).

2e phase de construction : 1722-1742

C'est sous le rectorat du P. Sennézergues que le chantier redémarre, après quarante ans d'interruption. Il obtient en effet des États du Vivarais en 1725, un don de six mille livres pour l'achèvement du collège. Le Frère Montagne, attaché au collège de Toulouse, se rend à Aubenas " pour tirer le plan du bâtiment " (AC Aubenas, I 1/9). Les travaux sont exécutés à partir de mai 1727 par deux entrepreneurs, les sieurs Chambé et Leydier qui ont traité à prix fait (GIGORD, 1910, p. 262), sous la conduite du Père Pierre Chenevier. La réalisation est plus ou moins conforme au plan de 1658 ; un corps de bâtiment fermant au sud la seconde cour ne figure cependant pas sur le projet initial, venu sans doute se substituer à celui prévu sur le flanc ouest de la cour des communs.

Plan du collège après 1742. Dess. Ed. de Gigord, 1910Plan du collège après 1742. Dess. Ed. de Gigord, 1910

En 1728, les premières classes ouvrent autour de la cour intérieure ; le grand escalier, le nouveau réfectoire et sa cuisine sont réalisés en 1738 et les travaux achevés en 1742. Le collège comprend également une chapelle de congrégation placée sous le vocable de saint François-Régis, établie en 1734 (Ibid., p. 275). La même année, un pensionnat est ouvert à l'extérieur du collège, à l'initiative de l'évêque de Viviers. Il est placé sous le contrôle conjoint de ce dernier, de la ville et des jésuites (Ibid., p. 271).

Après la suppression de l'ordre en 1762, les jésuites sont remplacés par quatre prêtres séculiers chargés d'enseigner de la classe de sixième à celle de rhétorique. Saisi en 1793, transformé pendant trois ans en école primaire (DELATTRE, 1940, vol. 1, col. 371) l'établissement rouvre en 1802 avec le rang d'école secondaire (COMPERE, M.-M., JULIA, D., 1984, p. 73), sous direction ecclésiastique jusqu'en 1831, puis laïque de 1831 à 1837, puis à nouveau ecclésiastique jusqu'en 1852 ; la gestion en est assurée par la commune, qui engage des frais importants pour son rétablissement, le collège ayant été entièrement vidé sous la Révolution (AC Aubenas, 4 M 5). De 1852 à 1857, il devient petit séminaire. Après le départ des séminaristes, la partie ouest des bâtiments est démolie pour agrandir la place de la République. Un projet de 1858 (AC Aubenas, 4 M 5, ill. IVR84_20180700042NUCA) prévoyait la démolition d'une partie du corps de bâtiment est ; projet non retenu, ainsi qu'en atteste le plan d'alignement de 1879 (voir ill. IVR84_20180700036NUCA). A la même date, les classes du rez-de-chaussée sont transformées en boutiques et leurs fenêtres élargies en arcades (GIGORD, 1910, p. 347-348). En 1872, la ville envisage d'y installer un collège municipal avec internat ; l'architecte C. Chabert en dresse les plans et établit un devis en vue de la réfection des bâtiments, sans que le projet aboutisse (AC Aubenas, 4 M 5, 1er mai 1872). Le bâtiment est successivement occupé par les Frères des écoles chrétiennes (en 1866 ; voir les plans de Chabert, ill. ci-dessous et IVR84_2018070004243NUCA) puis par une école municipale de filles (en 1876).

Plan du rez-de-chaussée du collège en 1872, par Chabert architecte (AC Aubenas, 4 M 5)Plan du rez-de-chaussée du collège en 1872, par Chabert architecte (AC Aubenas, 4 M 5)

En 1900, le passage couvert reliant la place de la République au Faubourg Gambetta sur le côté sud du corps de bâtiment sur rue est élargi par l'architecte J.-V. Martin, afin de permettre le passage de voitures (AC Aubenas, 1 M 7 ; ill. IVR84_20180700033NUCA). Cette partie de l'édifice est alors affectée à la poste et sert de salle de tri pour les facteurs.

En 1904, l'ensemble des locaux scolaires est désaffecté et transformé en locaux postaux, rénovés en 1910 (AC Aubenas, 1 M 8) ; une partie des bâtiments ayant leur façade rue de Bernardy et place de la République est en outre démolie, en même temps que l'église, remplacée par un nouvel Hôtel des postes construit entre 1911 et 1914. Des plans dressés en 1928 par le cabinet d'ingénieurs experts Galtier Frères (AC Aubenas, sans cote) documentent ce dernier état de distribution.

Transformé en commissariat de police, lequel est transféré en 2012 au 6 Rue Léon Rouveyrol, le bâtiment est désormais affecté à l'habitation avec boutiques en rez-de-chaussée sur rue. Les oeils de bœuf du dernier niveau, encore visibles sur des cartes postales anciennes postérieures à la construction de l'hôtel des postes (voir ill IVR84_20180700034NUCB), ont été remplacés par des fenêtres à une date indéterminée, sans doute lors de la création de logements dans les étages supérieurs.

DESCRIPTION

Deux plans nous permettent de connaître la configuration du collège avant les remaniements puis démolitions des 19e et 20e siècle : celui du Père de Rochecolombe, et celui dessiné par le Père Edouard de Gigord en 1910, qui est une restitution de l'état du 18e siècle à partir de descriptions puisées dans les fonds d'archives municipales et départementales et des vestiges qu'il a sous les yeux.

Situé à l'intérieur des murs de la ville d'Aubenas, et jouxtant le rempart dans sa partie sud-est, le collège possède également un jardin hors les murs, auquel il est relié par un passage souterrain. Entièrement clos de murs, il s'organise autour de deux cours, l'une pour les classes, jouxtant l'église qui la ferme au nord-est, l'autre pourvue d'un portique longeant le corps de bâtiment sud-est. Ce dernier était prévu pour relier la cour des classes au réfectoire, qui devait se trouver dans un corps de bâtiment non réalisé. Lequel corps de bâtiment devait comprendre l'office, la cuisine et le réfectoire et à l'arrière, un four à pain, un puits, un bûcher et un poulailler, le tout s'organisant autour d'une petite cour intérieure. Toutes les salles du rez-de-chaussée sont voûtées d'arêtes. Les chambres des pères sont situées dans les étages, et la bibliothèque peut-être dans le corps de bâtiment nord-ouest. Un grand escalier à trois volées situé dans un corps de bâtiment séparant les deux cours desservait les étages.

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