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Lumière sur

Station de sports d'hiver Arc 1800 : Charvet - Villards - Charmettoger

Le projet des Arcs 1800

Le site, retenu lors des études préliminaires de 1962, est un vaste plateau de 60 ha, disposé en balcon sur la vallée de l´Isère. Plus facilement qu´à Arc 1600, le domaine skiable s´ouvre sur les grandes pentes de l´Arpette et de l´Aiguille Grive, puis sur le domaine d´Arc 2000 une fois franchie la crête des Dents du Peigne dite les Frettes. Le site présentait les atouts caractéristiques pour organiser « de façon classique c´est-à-dire comme la quasi-totalité des stations connues dans le monde » (Roger GODINO. La station des Arcs. Techniques et architecture, n° 333, décembre 1980) une station de 10 000 lits touristes. Or le projet d´Arc 1800 s´inscrit d´emblée dans la recherche d´une « conception hardie, voire révolutionnaire, devant ouvrir de nouvelles voies ». La station devait vivre l´été aussi bien que l´hiver, manière de rentabiliser les investissements lourds faits pour la saison d´hiver. « La théorie de l´époque était de construire des « usines à ski » entendant par là que tout était pensé au mieux pour le ski mais que l´été, le tout restait fermé. Aux Arcs, nous avons été les premiers à tourner le dos à ce concept en faisant le pari que marginalement l´été apporterait une justification complémentaire de l´investissement consenti et cela à un coût marginal faible à condition d´y penser au moment de dessiner la station. Arc 1800 est l´application la plus pure de ce concept... Le plus grand plateau, où les pouvoirs publics voulaient construire la station devint un golf et un immense ensemble de tennis, un véritable poumon pour l´été et la station fut construite à la périphérie à la rupture de la pente du plateau... ». (Roger GODINO. Construire l´imaginaire, 1996, p. 113). Sur les 60 ha retenus pour la station, le golf occupe une superficie d´environ 45 ha, recouverts l´hiver par les pistes de ski, et offrant l´été un paysage entretenu de pelouses, préservant ainsi le plateau de la station d´Arc 1800.

Le concept d´ensemble

L´étude du plan de composition de la station d´Arc 1800 s´engage au cours du mois d´août 1967, à partir d´un séminaire de travail réunissant autour de Charlotte Perriand l´équipe de conception des Arcs, se déroulant sur le site même, au chalet de l´Aiguille Grive au quartier de Charmetogé. C´est là que les principes directeurs sont définis pour disposer l´accueil d´un très grand nombre de personnes, tout en préservant le maximum d´espaces naturels. La réflexion s´enrichit aussi de nombreuses visites de sites et de réalisations, notamment l´examen critique de la station de Plagne-Centre construite sur le versant voisin de la montagne de Macot et ouverte depuis l´hiver 1964, la mise en chantier de la station des Menuires, et les premiers enseignements des études conduites pour Arc 1600. Les études s´articulent autour de la mise au point de plusieurs domaines techniques conduits d´abord séparément par chaque compétence, mais dont il reviendra à Gaston Regairaz d´en effectuer la synthèse.

- Le tracé des pistes et des remontées mécaniques, pris en charge par Robert Blanc et Guy Rey-Millet, repose sur le choix de plusieurs grenouillères, de petites dimensions, au détriment d´un vaste espace unique ; choix déjà retenu pour le plan d´Arc 1600 et confirmé, à contrario, par une visite de la station des Menuires qui fonctionne bien avec une grenouillère unique pour 20 000 lits lorsque la station est pleine, mais plus du tout lorsque la fréquentation est limitée. D´où cette idée de créer des espaces plus petits qui peuvent, avec peu de monde, trouver une certaine animation, se traduisant par des bâtiments disposés en empochements avec des arrivées secondaires directement connectés sur l´espace du ski.

- Le projet de golf, tracé par l´architecte anglais spécialisé Fenn, est implanté dans la partie supérieure du plateau, évitant des dénivelées trop importantes, choix préféré à une première esquisse qui envisageait l´ aménagement de tout le site avec un parcours très sportif. L´ambition est réduite, deux golfs de 9 trous sont prévus, choix validé avec la visite du golf de la station de Cran-sur-Sierre dans le Valais à 1100 m d´altitude.

- L´urbanisation s´inscrit donc comme un arc de cercle autour du golf, en choisissant de réserver les zones d´implantation des constructions dans les terrains de forte pente ; l´expérience d´Arc 1600 démontrait que le choix d´une architecture composée d´ « immeubles en gradins » ou d´« immeubles en cascade » construits le long des lignes de plus grande pente, disposant une voirie automobile en partie aval et un cheminement piétonnier en partie amont tracé sur une courbe de niveau unique au contact du domaine skiable, permettait de bien vivre dans un site de forte pente.

- Le choix d´une composition de la station en plusieurs « villages », groupant 5000 à 6000 lits chacun, considérés par le promoteur comme des unités économiques viables, est préféré au principe habituellement retenu comme à Plagne 2000 d´un ensemble bâti continu. L´organisation urbaine est scindée en quatre unités. Les chantiers peuvent être planifiés de manière à éviter leur présence permanente au coeur de la station, et permettant de livrer progressivement des unités de vie autonomes : un premier village peut-être habité l´été, malgré le chantier qui se poursuit dans le second village voisin. Grâce à l´expérience d´Arc 1600 engagée depuis 1967, les concepteurs pouvaient garantir la maîtrise de la réalisation de telles unités.

- Pour le traitement des parties commerciales, les préoccupations d´économie et de rentabilité s´imposent au promoteur qui cherche à éviter la construction de longues galeries aux coûts d´entretien et de chauffages élevés, comme à Plagne 2000 (où de longues galeries, avec des commerces sur chaque face, relient les « immeubles tours » entre eux). Pour garantir le dimensionnement et l´équilibre financier du centre commercial, Roger Godino lie les commerçants aux dates d´ouverture de la station. Le choix se porte ainsi sur des galeries commerciales composées comme des passages en plein air, aménagés le long du parcours piétonnier de la station, au contact des parties supérieures des immeubles et du domaine skiable. Profitant de la déclivité, les réserves commerciales sont généralement disposées en contrebas, accessibles directement par voirie. Ce principe de galerie ouverte est alors expérimenté à Arc 1600.

- Si à Arc 1600, la programmation prévoyait de réaliser 80 à 100 logements par saison environ, à Arc 1800, les objectifs de promotion étaient multipliés par 5 ou 6. Avec un temps de chantier identique pour une saison, les techniques de constructions répétitives se sont imposées pour bâtir plus vite, moins cher et de meilleure qualité. Charlotte Perriand et Jean Prouvé apportent chacun leurs expériences dans ce domaine, notamment dans l´agencement intérieur et la réalisation de cellules sanitaires fabriquées en usine, coques de polyester moulées totalement finies et équipées, nécessitant seulement un raccordement aux réseaux une fois mises en place sur le chantier ; solution technique évitant les interventions des multiples corps d´état (étancheur, électricien, plombier, carreleur, menuisier, peintre...) dans des espaces réduits, généralement prétextes à des retards dans le déroulement des chantiers et des malfaçons.

Le projet d´ensemble, avril 1970

L´élaboration du projet durera dix huit mois. La synthèse de toutes les composantes est mise en forme par l´Atelier d´architecture en montagne, qui présente en avril 1970 à la Commission Interministérielle pour l´Aménagement de la Montagne, le premier projet pour la station d´Arc 1800. L´analyse du site fait apparaître plusieurs caractéristiques intégrées dès les premières esquisses de composition : une zone d´implantation de la station répartie en deux plateaux séparés par une cassure de terrain (aux cotes 1700 m d´altitude l´alpage de Charvet et aux cotes 1750 m d´altitude les alpages de la Vagère et de Charmetogé) devant permettre une disposition étagée des urbanisations disposée en quatre groupements, suivant un arc de cercle ; la présence de quatre ravins, correspondant à des écoulements naturels (torrent de l´Église au nord, thalweg du Pantaléon, ruisseau du Villard au coeur du site, ruisseau de la Chal en limite de commune au sud du site) devant aider à organiser la pénétration du domaine skiable dans la station ; des vues très dégagées sur trois orientations (au nord la vue sur le Mont-Blanc, au sud et à l´ouest les vues sur la vallée de l´Isère) et un ensoleillement exceptionnel (6h00 au solstice d´hiver), atouts à privilégier pour la composition des résidences. Le parti d´ensemble repose sur le principe d´une « station sans voitures », par une distribution à l´amont par le ski et à l´aval par les véhicules, à l´identique du plan de composition d´Arc 1600. L´espace central de la station est réservé à l´aménagement d´un golf, combinant ainsi « respect du site » et « développement » en toute saison. En matière d´architecture, l´objectif repose sur la recherche d´une architecture collective capable d´accueillir « le plus grand nombre de studios » tout en préservant les vues, l´ensoleillement et l´individualité de chaque logement. Aux contacts de Charlotte Perriand, l´équipe de concepteurs retient le principe de bâtiments collectifs implantés dans le sens de la pente (perpendiculairement aux courbes de niveaux), permettant d´une part d´éviter la construction d´un front bâti continu au profit d´une urbanisation morcelée, et d´autre part de proposer une certaine discrétion pour des immeubles en dépit de leur taille imposée par l´importance des programmes. Deux types d´immeubles sont dessinés sur le plan de masse, suivant leur lieu d´implantation le long du tracé en arc de cercle :

- L´« immeuble en cascade » dont le principe a été arrêté par Charlotte Perriand dès son association en mars 1968 au projet des Arcs, transformant les « immeubles tours » prévus pour Arc 1600 en « immeubles en cascades » (le chantier de l´immeuble La Cascade a débuté au cours de la saison 1969) composés de petits immeubles étagés en gradins dans la pente. Les résidences et les hôtels sont ainsi disposés en bordure de pistes, et desservis par un téléporté qui les relie au coeur de la station, à la cote 1750. C´est le principe retenu pour les parties relevées du plateau, au sud à Charmetogé (zones G, soit 1 300 lits), au nord à Charvet et à Chantel (zones L, J, H, et D en partie, soit près de 4500 lits), étagés entre 1 750 et 1850 m d´altitude.

- Le « bâtiment en forme de triangle » déjà imaginé par Le Corbusier et Pierre Jeanneret à l´occasion d´un projet de station à Vars (Hautes-Alpes) en 1938 auquel Charlotte Perriand avait collaboré : « ...sur une pente moyenne à 20%, si, à un niveau donné, vous le prolongez d´une droite, dont la longueur serait fonction de la plus grande hauteur possible pour un bâtiment ne dépassant pas dix niveaux, afin de ne pas tomber dans les normes de sécurité d´un immeuble de grande hauteur, vous récupérez la toiture de plain-pied avec une circulation piétonne favorisant toute une animation possible, bistrot, restaurant avec terrasse, rencontre. Et vous assurez une densité convenable au bâtiment qui se présente alors sous forme d´un triangle épousant la pente... » (Charlotte PERRIAND. Une vie de création, p. 353) . Pour éviter les grandes horizontales et proposer des volumétries moins brutales et plus adossées à la pente, les architectes imaginent à la fois les dessertes intérieures par coursives traitées en rampes inclinées et le décalage systématique des travées. Ils tirent partie d´une première expérience réalisée à Arc 1600 par Bernard Taillefer à la résidence La Rive (mise en chantier au cours de la saison 1969) qui partait du constat que « si en montagne, les horizontales n´étaient pas naturelles, il fallait s´intéresser au rampes qui épousaient les formes de pente ». Pour relier la partie basse de l´immeuble, connectée avec les circulations automobiles et les parkings, avec la partie haute ouverte directement sur le cheminement piétonnier et le domaine skiable, l´ascenseur s´impose comme moyen de liaison efficace; contrairement aux Arcs 1600, où l´ascenseur a pu être évité pour raisons d´économie, tout en nécessitant la recherche de solutions adaptées. Les ascenseurs publics relient directement le niveau bas avec les niveaux hauts irrigués par des coursives en rampes ; une galerie publique étant aménagée sur le toit de l´immeuble pour accéder directement au cheminement piéton public. Ce choix d´ « immeubles lourds » est envisagé pour la cassure du plateau du Charvet (zones F, E et D en partie, soit près de 3 000 lits disposés dans des « bâtiment en forme de triangle » implantés autour de la cote 1 700 m d´altitude).

Deux zones pour l´implantation de chalets sont retenues aux abords de la partie collective de la station, dans deux secteurs au relief plus fractionné, pour une capacité programmée de 1 200 à 1 500 lits. En partie basse (alpage du Branleur), en contre bas de la voie de desserte routière et de la zone centrale de la station réception des skieurs, un groupement de 120 à 150 chalets imaginés sur plans hexagonaux, disposés en bande. En partie haute sur des plateaux plus fractionnés jusqu´aux abords de l´Arpette, 30 à 50 emplacements de chalets de luxe qui pourraient être desservis par un transport téléporté.

La mise en oeuvre du projet par étapes

Le projet se poursuit par l´étude successive de chaque village, dont les principes de composition architecturale et urbaine (découpages fonciers et partis de plans de masse) sont déterminés pour chacun d´entre eux, dans le cadre de la procédure de Zone d´Aménagement Concerté (Z.A.C.). Les études se déroulent sur plus de dix ans. Elles démarrent avec la Z.A.C. du Charvet en 1972 (ouverture à Noël 1974 de l´hôtel du Golf et des résidences Bellecôte et Miravidi) ; elles se poursuivent en 1976 avec la Z.A.C. des Villards-Charmetogé (ouverture à Noël 1978 de la première résidence, Les Arandelières) ; la Z.A.C. de Chantel est étudiée en 1978, mais la mise en oeuvre est suspendue en1981 en raison de la crise de l´immobilier de loisirs (chantier des Terrasses de Chantel-Haut annulé) ; la Z.A.C du secteur de Charmetogé est reprise en 1982 pour s´adapter aux nouvelles conditions de l´immobilier de loisirs (ouverture à Noël 1985 de la résidence les Mirantins). La réalisation par « village » conduit à des compositions successives élaborées les unes après les autres, tenant compte des expériences précédentes, et des contextes immobiliers du moment. Néanmoins chaque « village » s´inscrit dans le plan de composition initial tracé en arc de cercle autour de l´espace du golf. Le plan en « étoile », disposé dans la pente, s´avère être le principe le plus performant : au « coeur » sur une même courbe de niveaux les parties commerciales et les stationnements automobiles, autour du coeur les « branches » composées d´immeubles résidentiels disposés perpendiculairement dans la pente (immeubles lourds, type « immeubles en triangle »). Ce principe évolue pour chacun des quatre « villages » au gré de la configuration topographique du site et des programmes à mettre en oeuvre.

Le village du Charvet (1972 - 1979)

L´implantation du village du Charvet est délimitée par les creux des torrents de l´Eglise à l´est et du Pantaléon à l´ouest. C´est le premier ensemble construit, composé d´un programme hôtelier et para-hôtelier d´une très grande capacité : hôtel de 600 chambres et résidences de 1 500 studios de 4 personnes chacun, soit environ 10 000 lits touristiques. Le programme de très grande densité (71 500 m2 de plancher prévus) est disposé suivant un plan en étoile. Au coeur le centre commercial du Charvet, composée d´une galerie ouverte en plein air, traversée par le chemin piéton tracé sur deux niveaux décalés, bordée côté amont et côté aval de commerces. À l´ouest, une triple « branche » composée de l´hôtel du Golf et des résidences Bellecôte et Miravidi. À l´est, une double « branche » comprenant les résidences Belles Challes Lauzières et Pierra-Menta. Pour des raisons d´économie, le parking couvert est placé à l´entrée est du village, connecté directement à la route d´accès montant depuis Arc 1600. La voirie se poursuit à l´aval pour desservir les parkings et les voiries de desserte des pieds d´immeubles du Charvet puis des Villards et à l´amont pour relier le village de Chantel. Le chemin piéton traverse de part en part le village, donnant accès à tous les immeubles et à la grenouillère du Charvet, se poursuivant à même niveau jusqu´au village des Villards. La composition urbaine repose sur le choix des « immeubles lourds » ou « immeubles en triangle » dont tous les principes sont élaborés au village du Charvet : décalage systématique des travées, coursive tracée sous la forme de rampes inclinées, ascenseurs directs depuis les voiries inférieures jusqu´au chemin piéton haut. Aucune réalisation n´est semblable, bien que chacune soit composée d´éléments identiques déclinés différemment. À l´hôtel du Golf (Bernard Taillefer avec Charlotte Perriand et l´AAM avec Gaston Regairaz et Alain Bardet, première réalisation achevée pour Noël 1974), les rampes inclinées (desserte des 300 chambres réparties dans les deux parties de l´édifice) à sens inversés mais reliées entre elles, proposent un espace particulier qui contribue à son succès commercial. Le toit de la résidence le Miravidi (Charlotte Perriand et l´AAM Philippe Quinquet, 1974, 340 studios), propose un espace public ouvert à la fois sur l´amont vers le domaine skiable, et sur l´aval en balcon sur les panoramas majestueux de la vallée de l´Isère. La branche Est est pensée comme la limite de la station et atteint une compacité considérable qui lui vaut le nom de « Muraille » : sur 130 mètres de dénivelée, soit l´équivalent de plus de 40 niveaux, un ensemble bâti linéaire composé de trois groupes d´immeubles, abritant en tout près de 1100 studios (avec une gestion para-hôtelière privilégiée), 200 logements, soit environ 6 000 lits. En partie amont la résidence Belle-Challes Lauzières (Charlotte Perriand, l´AAM Gaston Regairaz, Roger Boulet et Bernard Taillefer, livraison 1975-1976) composée de 700 « studios cabines » disposés dans deux immeubles construits côte à côte, est desservie en partie centrale par des rampes inclinées qui irriguent toute la longueur de l´édifice et relient l´entrée basse au niveau de la rue intérieure de la station jusqu´au sommet, soit l´équivalent de 17 niveaux. La résidence Pierra-Menta (Charlotte Perriand et Bernard Taillefer, livraison 1978-1979), avec 400 studios sur 13 niveaux, relie le parking automobiles à la rue intérieure de la station par des ascenseurs à grande capacité et une rampe construite sur le toit de la résidence. En partie aval, le quartier des résidences pour les permanents composé de trois immeubles aux caractéristiques comparables (Croisette, Chardons, Prainan, l´AAM Gaston Regairaz, livraison 1983-1985). Les pignons, côté aval, sont traités en terrasses décrochées, brisant ainsi l´effet de grande hauteur. Des solutions techniques sont recherchées pour assurer la mise en oeuvre de ce gigantesque ensemble réalisé en quelques années seulement. Les studios sont répétitifs d´un immeuble à l´autre. La construction des salles de bains fait l´objet d´une expérience, conduite par Charlotte Perriand : fabrication en usine de cabines en plastic moulé contenant tous les appareillages, puis mise en place sur le chantier en une seule fois, limitant les interventions de nombreux corps de métiers. La galerie commerciale traitée à ciel ouvert, suit la courbe de niveaux 1720 m. Les commerces sont disposés de part et d´autre, coiffés de charpentes incurvées tracées par Bernard Taillefer (livraison 1975), leur valant le surnom de « Pagodes ».

Le village du Villard (1975 - 1981)

Le village du Villard est prévu comme le « village central » d´Arc 1800 en raison de son emplacement délimité au nord-est par le torrent du Pantaléon et au sud-ouest par le torrent du Villard. La vocation est plus résidentielle que para-hôtelière, conduisant à programmer des logements de plus grande dimension que dans le village du Charvet : 600 logements, 3 000 lits, 103 000 m2 incluant les galeries commerciales et les parkings couverts. Le projet de ZAC est autorisé en décembre 1975, mais la composition étudiée par l´AAM (Gaston Regairaz), prévoyant l´aménagement d´ensemble des Villards et de Charmetogé, évolue jusqu´au chantier qui débute en 1978 par le village des Villards. Le premier projet d´urbanisme retient un accès automobile depuis l´aval, dans le prolongement de la route desservant le Charvet. Le parking est prévu au centre du village, dans le creux du torrent du Villard, surmonté d´une gare de départ d´un téléporté de grande capacité grimpant directement sur la crête de l´Aiguille Grive et permettant aux skieurs de basculer sur la vallée d´Arc 2000 (télécabine « Transarc »). Des immeubles en gradins sont implantés suivant l´orientation sud-ouest, accessibles à l´aval par la voie automobile et ouverts à l´amont sur une place commerciale traversée par le chemin piétonnier de la station. Bénéficiant de l´expérience du Versant Sud à Arc 1600, les concepteurs prévoient deux ascenseurs inclinés qui desserviront la résidence de part en part. De part et d´autre de cette opération, des « immeubles lourds » comparables à ceux réalisés au Charvet, sont implantés perpendiculairement à la pente à l´amont ou à l´aval du chemin piéton, dégageant plusieurs espaces de grenouillères. Le projet est repris et composé en deux parties. Au nord-est, on choisit de poursuivre la composition du Charvet avec l´implantation d´ « immeubles lourds » (placés perpendiculairement aux courbes de niveaux) ; placés à l´écart, ils forment transition entre les deux quartiers : à l´amont au contact des pistes, la résidence La Nova (AAM Gaston Regairaz et Charlotte Perriand, 1978) dessiné sur plan en arc de cercle, en contrebas deux résidences de logements pour permanents (Vaugellaz, 1977, Bernard Taillefer et Roignaix, 1977, AAM Gaston Regairaz). Par contre pour le coeur du village du Villard, le parti est compact, structuré autour d´un seul parking enterré, placé en position centrale du village des Villards Le couvrement du torrent du Villard est abandonné pour un vaste parking couvert sur plusieurs niveaux implanté dans le talus du versant, évitant aux voitures de monter au contact du front de neige. Les parkings (dessinés par Bernard Taillefer assisté de Stançulesco) sont surmontés d´un vaste espace public commercial en plein-air ouvert sur la vallée, partagé en plusieurs placés délimitées par des commerces traités à la manière des « pagodes » du village du Charvet. La place des Villards est à l´écart du domaine skiable, accessible latéralement de plein pied sur le départ du télécabine du Transac réalisé au torrent des Villards. Autour de la place, se greffent les résidences disposées comme des « pseudopodes ». À l´amont, la résidence des Tournavelles (Bernard Taillefer avec Charlotte Perriand, livraison 1980-1981) sépare le front de neige de la place. À l´aval, des résidences construites en mitoyenneté sont adossées tout le long du parking : le Becqui-Rouge et les Arandelières (Bernard Taillefer avec Charlotte Perriand, livraison 1978-1979), puis l´Aiguille des Glaciers (Bernard Taillefer, livraison 1994) et l´immeuble SMA (Bernard Taillefer, livraison 2002). L´extrémité nord-ouest de la place se termine par une résidence type « immeubles lourds » du Charvet, adossée au parking couvert (Armoise et Grand-Arbois, Bernard Taillefer, livraison 1981). Les toitures sont dessinées par Bernard Taillefer pour constituer des repères visuels dans la station, principe qui deviendra systématique dans toutes les opérations suivantes (Charmetogé, Arcs 2000).

Le village de Chantel (1979 - 1981)

Afin d´être ouvert à toute nouvelle opportunité permettant d´associer un nouveau maître d´ouvrage ou pour rester disponible aux évolutions de la conjoncture des ventes, Roger Godino commandait à ses équipes de concepteurs des avant-projets assez poussés envisageant des solutions pour les différents villages encore en projets. Ces études garantissaient la valeur des terrains restant à lotir vis à vis des établissements bancaires pour les négociations de Roger Godino. Elles inscrivaient également des choix dans l´espace. C´est en partie la démarche retenue pour le villages de Chantel.

La mise en oeuvre du projet du village de Chantel est programmée dès l´achèvement du village du Charvet. Mais les circonstances du développement de la station imposeront un calendrier différent. La situation à l´écart, placé sur une butte dominant de plus de 100 mètres le coeur de la station d´Arc 1800, sur 10 ha étagés entre 1750 m et 1830 m d´altitude, appelle une réflexion particulière, qui retarde les décisions. Le projet aboutit à la fin des années 70, avec ouverture du premier chantier à la saison 1981. Pour des raisons financières révélant la crise de l´immobilier de loisirs, il n´en fut rien. Néanmoins le projet (élaboré par Charlotte Perriand avec l´AAM) rassemble tous les éléments d´un grand projet fédérateur des réflexions conduites jusque là aux Arcs par l´équipe de concepteurs des Arcs. La première esquisse, dessinée par Bernard Taillefer se compose d´une vaste place publique semi-circulaire, bordée de commerces, traversée par un chemin piétonnier, surmontant un grand parking prévu sur la butte même, sans lien direct avec le village du Charvet ; projet prolongé par des bâtiments de type « immeubles lourds » implantés perpendiculairement aux courbes de niveaux, dessinés comme des portions d´arcs, accrochés sur les pentes de Chantel. Une route en lacets dessert tous les immeubles depuis la résidence Belles-Challes Lauzières au Charvet. À la demande de Roger Godino, Charlotte Perriand avec l´équipe de l´AAM (Gaston Regairaz) proposent un projet organisé en deux quartiers. En contre-bas de la butte, Chantel-bas composé de trois « immeubles lourds » comprenant 600 studios groupés en trois résidences hôtelières, 500 places de stationnements couvertes, des parties commerciales et des équipements collectifs. Le pignon aval est à la même altitude que le pignon amont de la résidence Belles-Challes Lauzières au Charvet, assurant ainsi une desserte continue pour les piétons, par les rampes et les ascenseurs. Autour du sommet de la butte de Chantel, Chantel-Haut est imaginé « comme le signal d´un accord parfait entre le ciel, l´alpage et l´homme » (Charlotte Periand, « une vie de création »), sont prévus un hôtel haut de gamme de 50 chambres associé à une résidence hôtelière de 150 logements et une résidence, « les Terrasses du Golf », comprenant une centaine de grands appartements destinés à une clientèle de « haut niveau ». Les Terrasses du Golf sont composées d´appartements disposés en gradins adossés au versant sud de la butte, réinterprétant les principes de composition de la résidence du Versant Sud à Arc 1600. L´hôtel s´inspire des acquis de l´hôtel du Golf, composé de deux ailes (adossées en murs pignons) édifiées en bordure nord de la butte, dégageant ainsi un espace central protégé et ouvert plein sud sur le reste de la station et la vallée de l´Isère. En partie nord, le soubassement abrite un parking, en partie enterré prévu pour 300 véhicules, surmonté d´un bâtiment comprenant 100 chambres destinées au personnel. Le dossier de la ZAC de Chantel est déposé pour autorisation en 1979 (50 000 m2 de plancher avec 22 000 m2 pour Chantel-Haut et 28 000 m2 pour Chantel-Bas, 3 500 lits, 10 ha de terrain à aménager), sur la base du projet dessiné par Charlotte Perriand avec l´équipe de l´AAM : « la ZAC s´implante sur un territoire d´une dizaine d´ha formant la croupe bien marquée du Chantel à l´Est et en continuité du « village » existant du Charvet. Cette croupe limite au nord le plateau d´Arc 1800 sur lequel se développe l´été le golf, 18 trous, en cours d´achèvement et l´hiver les espaces naturels d´arrivée du ski ». Les projets sont étudiés en architecture pour Chantel-Haut et pour Chantel-Bas. Les permis de construire sont préparés et obtenus au cours de l´année 1980. Un promoteur (Penchinat) s´est engagé pour la commercialisation des « Terrasses du Golf ». Les premiers appartements sont vendus sur plan, avant que le chantier ne débute. Les entreprises sont retenues et prêtes pour le début de l´été 1981. En définitive rien ne démarre, en raison d´une conjoncture très difficile pour la station : au printemps 1981, la catastrophe du torrent de la Ravoire emporte la route d´accès aux Arcs ; et la même année, dans un contexte politique nouveau, la conjugaison de la hausse des taux d´intérêt avec la poursuite de l´inflation, déclenche en France une crise de l´immobilier de loisirs. Le projet de Chantel-Haut est abandonné. C´est un ensemble de près de 2000 lits à proximité du golf d´Arc 1800, organisé en arc de cercle autour d´un jardin alpin comprenant appartements, hôtel, piscine, gymnase, équipements, services et lieux de convivialité. Le projet de Chantel-Haut exprime les objectifs humanistes de Charlotte Perriand (associé à Gaston Regairaz) avec des espaces pensés pour l´accueil, le repos, les rencontres, le sports, les soins du corps et de l´esprit. Ce projet s´inscrit comme une référence alliant fonctionnalité et révélation du lieu, dont plusieurs éléments d´architecture ne cesseront d´alimenter les projets à venir, principalement ceux conduits par Bernard Taillefer (voir les grandes toitures incurvées de l´hôtel Eldorado-Mélèze à Arc 2000 en 1986 ou celles du village Club du Soleil à Arc 1800 en 1996). Le projet est réétudié plusieurs années après, les droits de construire étant toujours attachés au site de Chantel. En 1987, l´équipe de l´AAM reprend un plan de masse inspiré du projet initial, sans suite. Dix ans plus tard, en 1997, l´étude de la ZAC est reprise par la SMA, assurée de pouvoir commercialiser les terrains dans un contexte nouveau lié à l´après Jeux olympiques et à la mise en oeuvre du schéma de cadrage de la vallée de la Tarentaise qui a fixé pour chaque station de la vallée les potentialités nouvelles en fonction des réseaux de transports. Le projet est déterminé par l´engagement de promoteurs qui souhaitent commercialiser des opérations de caractère néo-villageois. Le plan de composition, dessiné par Bernard Taillefer, dispose sur la pente des immeubles en portions d´arcs, de volumétrie basse, couverts de toitures à double versants, proposant plusieurs vis-à-vis entre résidences. La mise en oeuvre de la première opération s´effectue par le promoteur annécien MGM (Résidence Les alpages du Chantel) proposant des édifices sans lien avec les concepts fondateurs de la station, introduisant ainsi la première rupture dans la cohérence originelle des Arcs.

Le village de Charmetogé (1984- 1996)

L´abandon du projet du village de Chantel, révélateur de la crise de l´immobilier de loisirs, conduit Roger Godino vers le développement de programmes résidentiels de dimensions plus modestes. En poursuivant l´aménagement de la ZAC des Villards-Charmetogé, on préfère le plateau incliné de Charmetogé à la butte de Chantel. Le plan masse fait l´objet de plusieurs études. Un premier projet dessiné par Bernard Taillefer prévoit deux ensemble résidentiels tracés en arc de cercle inversé, « deux pinces de crabe inversées » selon l´expression de Bernard Taillefer, disposées autour d´une place centrale sous laquelle est aménagé un parking automobiles de 300 places, des remontées mécaniques de part et d´autre, des façades qui ne se font jamais vis-à-vis, des espaces intérieurs dimensionnés à l´échelle du projet... Pour des raisons financières, ce parti concentré, nécessitant d´abord la construction des infrastructures avant la commercialisation des résidences, est devenu impossible à mettre en oeuvre et par conséquent abandonné. Pour répondre aux nouvelles contraintes financières, il faut renoncer au parking collectif couvert. Le principe d´un découpage de l´opération en lots à bâtir, tous desservis par une voirie automobile, s´impose. Une esquisse tracée par Bernard Taillefer suggère une voirie en lacets le long de laquelle seraient disposés des immeubles imaginés comme des portions d´arc. Le projet définitif, étudié par l´AAM (Gaston Regairaz), propose une voirie en lacets reliant le pied du village des Villards jusqu´à l´entrée du domaine skiable, par ailleurs porte d´accès au golf en période estivale. Le gabarit de la route est élargi, permettant à chaque opérateur de gérer le stationnement automobile sous la forme de parkings en plein air. Une dizaine de lots destinés à des programmes résidentiels collectifs sont prévus. Dès la première opération, Roger Godino se lance pour la première fois dans la promotion de petites résidences qui peuvent se rentabiliser sur une seule année composés de « studios loisirs » de très faible surface (inférieure à 17 m2 utile au sol et moins de 4 m en hauteur). Charlotte Perriand invente les « chalets de Charlotte Perriand » qu´elle conçoit comme le « nouveau studio-loisirs en tenant compte des habitudes montagnardes d´une vie en refuge, avec une salle pour les repas et, décalé en hauteur, un bat-flanc pour dormir » (Ch. PERRIAND. Une vie de création, p. 394). La résidence les Mirantins (1985-1987), réalisée sous la forme de trois petits immeubles comprenant chacun 30 à 40 studios desservis par des coursives en rampes, édifiés en bordure du domaine skiable le long du torrent des Villards (1985-1987) connaît un succès immédiat. La construction des résidences reprend pour cinq ans, jusqu´en 1991 avec des programmes plus importants, tous composés de « chalets de Charlotte Perriand » : Aiguille Grive I, II, III, 400 studios ; Archeboc, 122 studios ; Vogel 50 studios ; Thuria, 108 studios ; Aliet, 72 studios , Ruitor, 128 studios. Au cours des réalisations conduites par Bernard Taillefer, le « studio loisirs » fait l´objet d´adaptations : inversion du « rangement escalier », mezzanine transformée en étage fermé et partagé en deux chambres dont l´une est une alcôve éclairée en second jour, aménagement d´une salle de bains à l´étage... Autant de modifications au concept de départ du « nouveau studio-loisirs » qui conduisent Charlotte Perriand à prendre ses distances avec les Arcs à partir de 1989. L´aménagement de Charmetogé se termine, après le départ de Roger Godino de la S.M.A., par la réalisation de deux clubs hôtels, en 1992 le Gran-Paradiso (350 lits) et en 1996 le Village Club du Soleil (500 lits). Ces deux réalisations sont conçues par Bernard Taillefer qui réinterprète, pour la dernière fois aux Arcs, nombre de thèmes développés depuis 25 ans dans les différents programmes des Arcs : « immeubles lourds » implantés perpendiculairement dans la pente abritant plusieurs dizaines de studios, toitures porte-neige élancées formant signal... C´est dans le quartier de Charmetogé, à l´extrémité de la station et en limite de la concession de la S.M.A., que Roger Godino choisit de réaliser le lotissement du Jardin Alpin, composé de dix résidences individuelles (1984-1989) toutes dessinées par Bernard Taillefer suivant une facture architecturale conventionnelle inspirée de la volumétrie des anciennes maisons d´alpage.

Les évolutions

Si la « désintégration » de la structure intégrée de la station, engagée à partir de 1987 n´a pas altéré l´achèvement cohérent du quartier de Charmetogé dont les dernières opérations se terminent en 1996 (Village Club du Soleil), il n´en va pas de même avec la mise en chantier de la ZAC de Chantel à partir de cette même date. La SMA, soucieuse de commercialiser les droits de construire attachés au site de Chantel, établit en 1997 un nouveau plan de composition organisant un lotissement d´ « immeubles chalets » disposés pour partie en vis-à-vis les uns des autres. L´architecture est de type néo-rurale, caractérisée par l´introduction de toitures à double pentes recouvertes de lauzes. Le projet cherche d´abord à proposer un effet extérieur, argument commercial maintes fois souligné par les investisseurs, sans recherche particulière autour des intérieurs des logements résidentiels devenus plus spacieux. En l´absence des concepteurs d´origine placés à l´écart, le fil conducteur initial est brisé, manifestation évidente d´un rejet des concepts de départ de la station des Arcs. Mais ces projets font débat dans la presse et sont l´occasion d´un commencement de prise de conscience du caractère particulier des Arcs. La mise en oeuvre, par la commune de Bourg-Saint-Maurice, de projets d´équipements publics devenus nécessaires, soulève aussi la question de poursuite de réalisations nouvelles dans un ensemble cohérent, alors qu´ils avaient été envisagés lors de la conception générale des villages. Une salle polyvalente est envisagée au village du Charvet, implantée à l´extérieur de la « Muraille » dans le creux du torrent de l´Église à l´emplacement des bureaux de la SMA installés depuis l´année 2002 dans un immeuble en bordure de la place des Villards. Ce projet rappelle le projet, jamais réalisé, d´une salle de spectacle imaginée sous la forme d´une vaste coupole dessinée par Pierre Faucheux, prévue entre le quartier de Charvet et celui des Villards. Au quartier de Charmetogé, la construction d´un garage pour automobiles en contrebas de la résidence de l´Aiguille Grive est conçue comme une construction indépendante, dont l´implantation et la volumétrie sont difficiles à régler une fois les résidences achevées, alors que le projet initial prévoyait un parking souterrain de 300 places. Comme à Arc 1600, les propriétaires d´appartements sont encouragés à recomposer leurs logements prenant argument d´une mise aux normes (dans le cadre d´une Opération de Rénovation de l´Immobilier de Loisirs mise en place par la S.M.A. en 2002), encourageant la convoitise des antiquaires, qui acquièrent et démontent mobiliers et agencements intérieurs de Charlotte Perriand, pour les revendre dans les grandes salles des ventes américaines principalement.

J.-F. LYON-CAEN/C. SALOMON-PELEN

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