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Lumière sur

Hôpital et asile d'aliénés dits hospice de l'Antiquaille, puis hôpital Saint-Pothin, actuellement hôpital de l'Antiquaille

HISTORIQUE

L´hospice de la Quarantaine, qui accueillait les aliénés, les vénériens, les galeux, les vieillards, les mendiants et les filles de mauvaise vie, très à l´étroit dans ses murs, loue en 1803 (baux signés le 5 avril puis le 3 août) l´ancien couvent de visitandines de l´Antiquaille. Des travaux d´urgence sont réalisés et le transfert a lieu le 21 novembre de la même année. Dès le lendemain le nom de l´établissement se transforme en « hospice de l´Antiquaille ». Un décret impérial du 14 avril 1805 autorise la vente du site de l´Antiquaille et l´achat de celui de la Quarantaine. Aussi le 5 avril 1806, l´hospice achète 1/5e de la propriété, et le 13 juillet 1808, la Ville acquiert les 4/5e restants (ARCHARD-JAMES, p. 41-77, 124-125 ; CROZE, p. 37-52). A la suite du décret du 5 juillet 1808, ordonnant l´établissement d´un dépôt de mendicité dans chaque département, le préfet demande un dessin de bâtiment neuf sur le site de l´Antiquaille à Louis Flachéron. Le projet reste sans suite, et, en 1810, les mendiants sont transférés dans le nouveau dépôt de mendicité installé dans l´ancienne abbaye des Chazeaux. En 1826, c´est au tour des vieillards de partir : ils sont regroupés dans l´hospice de la Charité (ZANDER, p. 28-29 ; CROZE, p. 78). Le 30 juin 1845, par ordonnance de Louis-Philippe, l´Antiquaille est réuni aux Hospices civils de Lyon (CROZE, p. 26). L´établissement porte le nom d´hôpital Saint-Pothin de 1906 à 1917, date à laquelle il reprend son ancienne appellation (ZANDER, p. 38).

Bâtiment nord et Rotonde

En 1806, le conseil d'administration décide d´agrandir les bâtiments de l´ancien couvent vers le sud et vers le nord pour loger les aliénés, mais le projet prend véritablement consistance au cours de la séance du 16 février 1807. Le 1er août, il est confié à l´architecte Louis Flachéron. Le corps nord (12), et la terrasse à usage de cour le longeant côté oriental, est commencé en 1808, par l´entrepreneur Branche, et achevé en octobre 1809. Les malades, hommes aliénés et vénériens, s´y installent le 31 décembre suivant. Il est complété, en 1810, par le creusement d´une citerne sous la grande terrasse, immédiatement au sud du pavillon nord, afin d´alimenter les bains des vénériens, situés à cet endroit, dans un appentis (14) appuyé contre les vieux bâtiments. Le bâtiment sud (à l´emplacement de 17), dit la Rotonde à cause de sa forme hémi-circulaire, est réalisé de 1812 à 1814, ainsi que l´escalier extérieur à montées convergentes encadrant une fontaine monumentale. Les colonnes toscanes du portique du rez-de-chaussée sont en pierre de Villebois. L´ensemble est à l´usage des femmes aliénées (CROZE, p. 70-75 ; ARCHARD-JAMES, p. 127, 141-144, 149-151, 157, 166, 169-172). L´étage carré prévu n'est construit, faute de moyens, qu´en 1820 (ARCHARD-JAMES, p. 220-222).

En 1831, le diamètre de la Rotonde est fermé par la construction d´un corps de bâtiment rectiligne, dit des Vingt-quatre loges, entraînant la suppression de l´escalier extérieur et d´une « assez belle grille » limitant la terrasse supérieure, mais la fontaine centrale est conservée (ARCHARD-JAMES, 285-286). En 1844, le corps semi-circulaire est surélevé d'un deuxième étage carré par l'architecte Jules Exbrayat. Les plans et devis sont approuvés par le conseil de l'hospice le 9 octobre 1843, les travaux adjugés à l'entrepreneur Concalon le 6 décembre suivant. (AD Rhône : 1 XP 237). Les locaux sont prêts à être occupés le 11 août 1845 ; Délibérations Antiquaille, 6 août 1845). C'est probablement lors de ces travaux qu'est construit sur la fontaine la tour du château d'eau, dépassant de deux étages les deux corps qu'ils relient. Dans l'étage de soubassement, la fontaine réaménagée s'ouvre sur la cour inférieure par une arcade en plein cintre visible sur les photographies prises lors de la démolition. Le conseil d'administration projète, dans sa séance du 19 juin 1844, d'ajouter un "beffroi, avec une horloge à deux faces", proposition abandonnée ensuite au profit d'une autre tour.

En 1846, l'avant-corps arrière de la Rotonde est prolongée dans l'axe des rayons, ce qui donne à la nouvelle aile un plan trapézoïdal, afin d'y établir des latrines : devis par Exbrayat approuvé par le conseil d'administration le 23 décembre 1845 ; travaux réalisés en 1846 (Délibérations Antiquaille, 23 décembre 1845, 1er avril 1846, 14 avril 1847).

Bâtiment des Loges et bâtiment 9

A l´est de l´aile orientale est édifié, en plusieurs étapes, un corps (16) contenant deux étages (soubassement et rez-de-chaussée) de cachots (« loges ») pour enfermer les fous furieux des deux sexes. Les sept premières travées de cellules au nord sont déjà construites en 1811, date du relevé général des bâtiments. Il faut ensuite acquérir une partie de la propriété voisine, qui vient buter contre le mur de soutènement, pour poursuivre l'ouvrage, ce qui est fait en 1818 où 21 nouvelles cellules sont ajoutées (ACHARD-JAMES, p. 201). L'ensemble est totalement terminé avant 1830, puisqu'il compte alors les 56 cellules figurant quatre ans plus tard sur le plan de Raphaël Flachéron (CROZE, p. 75). Le 29 août 1839, un projet de bâtiment des bains, consistant au remplacement des cellules des extrémités du corps des « loges » par des pavillons, est dessiné par l´architecte Exbrayat, mais reste sans suite (AD Rhône : 1 X 237).

En 1832, tous les murs extérieurs de l´établissement sont enduits d´un lait de chaux, précaution prise contre l´épidémie de choléra (ibid. p. 288-289).

L´ancien corps de la buanderie (cf. dossier maison-couvent) est démoli en 1833. A sa place est édifié un grand bâtiment (9), principalement destiné aux femmes, qui se prolonge le long du côté ouest de l´église entraînant la reconstruction de la sacristie et de la deuxième chapelle devenue la chapelle du Sacré-Coeur (CROZE, p. 82). Les plans et devis sont présentés au conseil d´administration le 13 mai 1834 par Hurasco, qualifié d´architecte de l´hospice. A la suite d´une remarque du Conseil des Bâtiments civils (4 octobre), le toit primitivement prévu en terrasse, est remplacé par un autre à deux pans. Le chantier doit se dérouler en deux phases. La première, au sud, est adjugée aux entrepreneurs Gigodot frères le 20 novembre 1834 et les travaux démarrent immédiatement. La deuxième échoit, le 29 août 1836, à Pénelon aîné. Mais en 1837, pour des problèmes administratifs, l´ouvrage est suspendu. En 1838, l´architecte fournit au Conseil des Bâtiments civils des explications sur les surcoûts en évoquant « les défectuosités de la pierre de St-Fortunat, qu´il s´agit de remplacer, tant dans les dallages et que dans les escaliers, par la pierre de Villebois » (AD Rhône : 1 X 237). Cette même année, dans son analyse de l´architecture de l´Antiquaille, Raphaël Flachéron critique vivement ce bâtiment (FLACHERON, p. 125-127). Le chantier reprend en 1839 (AD Rhône : 1 X 237).

Pavillon de l'Horloge

Si le service des femmes aliénées trouvait une place suffisante dans cette nouvelle extension, il n'en était pas de même pour celui des hommes, très à l'étroit dans l'aile nord. Toutefois, l'idée d'édifier un asile départemental d'aliénés, conformément à la loi du 30 juin 1838, grandissait peu à peu, et l'administration hésitait à se lancer dans la construction d'un nouveau corps. C'est pourquoi, un petit bâtiment peu soigné pour loger les gâteux a été ajouté à l'extrémité de l'aile "aux dépens de l'harmonie et de la régularité de l'édifice" (Délibérations Antiquaille, 13 mai 1841). Il est visible sur les dessins de Saint-Olive. Le 3 novembre 1841, le projet de nouvel établissement ne semblant toujours pas se concrétiser, le conseil de l'hospice décide d'élever un nouveau corps dans le grand clos susceptible, par la suite, de recevoir un autre usage (22), et comprenant un rez-de-chaussée avec portique, deux étages carrés et un comble sans charpente apparente. Les plans et devis établis par Exbrayat sont adjugés, après quelques modifications de détail demandées par les différentes instances administratives, à l'entrepreneur Léonard Denis le 4 octobre 1842. Le bâtiment est monté jusqu'à la hauteur des toits le 23 août 1843 et complètement achevé l'année suivante (AD Rhône : 1 XP 237 ; Délibérations Antiquaille, 3 novembre 1641, 3 et 31 août, 4 octobre, 14 décembre 1842, 23 août 1843). En juin 1844, le conseil décide d'ajouter à la nouvelle tour de la Rotonde un campanile abritant une horloge "afin d'assurer la régularité du service et l'ordre intérieur" (AD Rhône : 1 XP 237). Mais le 16 juillet 1845, il préfère l´établir « au-dessus de la cage de l´escalier du bâtiment nouvellement consacré aux hommes aliénés ». Le devis est approuvé le 13 mars 1846 et mis à exécution dans l'année. Le nouvel édifice des aliénés prend désormais le nom de pavillon de l'Horloge. Foudroyé à deux reprises et menaçant ruine, le campanile est remonté en 1856 (Délibérations Antiquaille, 19 juin 1844 ; Délibérations HCL, 13 mars 1846, 14 avril 1847, 11 juin 1856).

Au début de l'année 1850, les poutres des planchers du bâtiment marquant un fléchissement notable, on est obligé de poser des étaies. L'enquête révélant que la qualité des matériaux et l'exécution de certains ouvrages ne sont pas conforme au devis approuvé, les Hospices civils se retournent contre l'architecte et l'entrepreneur. Finalement un arrangement à l'amiable est conclu avec ce dernier qui verse 2000 F de dommages. Les travaux de consolidation, par la pose de poteaux de fonte avec chapiteaux et bases en chêne, sont réalisés en 1851 (Délibérations HCL, 12 juin 1850, 8 janvier, 2 et 16 avril 1851).

Vers 1840-1850, l'axe créé par l'alignement des tours de la Rotonde et du pavillon de l'Horloge a été prolongé de l'autre côté, entre la première et la deuxième terrasse (10 et 11), par une aile en rez-de-chaussée, dont le centre est marqué par un perron couvert à montées convergentes surmonté d'un petit pavillon en surplomb.

Réorganisation après le départ des aliénés

De 1876 à 1878, les aliénés sont transférés dans le nouvel asile de Bron, entraînant la redistribution des fonctions des bâtiments : la Rotonde accueille le département de clinique du docteur Gailleton traitant des maladies de la peau et de la syphilis ; les « loges » (16) reçoivent le département d´épilepsie. Le 2 mai 1877, on décide d´établir dans le bâtiment de l´Horloge (22) un hôpital général de quartier sous l´appellation d´Hôpital Saint-Pothin. Il est agrandi de deux travées à chaque extrémité. Un portail indépendant, accompagné d'un pavillon de gardien (24), est percé sur la rue de l'Antiquaille. L'établissement ouvre en avril 1878. En 1883, les deux travées latérales sont portées de deux à trois étages (CROZE, p. 125-127, 139 ; ZANDER, p. 36). En 1920, il est décidé d'aménager le rez-de-chaussée en galerie de cure, et, l´année suivante, une véranda est ajoutée au-devant du portique, portant l´inscription : DON / CHARLES VETTER / 1921 (Délibérations HCL, 14 janvier 1920). Ce service est inauguré le 27 octobre 1922.

Bâtiment des Bains et amphithéâtre

Le petit bâtiment ajouté vers 1840 à l'extrémité de l'aile nord (emplacement de 13), a été aménagé en 1846 en bains à étuve pour le service des vénériens installé dans l'aile voisine. En 1854, ils sont agrandis vers l'est par l'édification d'un petit bâtiment. Les installations sont modernisées en 1877, au moment où est édifiée la chaudière centrale (cf. dossier Dépendances). Cet ensemble menaçant ruine, Paul Pascalon établit le 25 mars 1885 un devis pour sa reconstruction. Les travaux de fondation révélant l'instabilité du terrain, un devis complémentaire est rédigé le 8 décembre, puis un deuxième le 22 juillet 1886 pour l'adjonction d'un étage. Le bâtiment est achevé en avril 1887, mais n'a pas encore reçu ses installations techniques (Délibérations HCL, 8 avril 1846, 7 juin 1854, 5 décembre 1877, 6 mars, 1er avril et 16 décembre 1885, 13 et 18 août 1886, 27 avril 1887 ; AD Rhône : 1 XP 122).

Un amphithéâtre existait le long de la montée du Chemin-Neuf (cf. dossier Dépendances). Utilisé par la clinique de dermato-vénérologie, il est vite devenu insuffisant et un nouveau est élevé par Paul Pascalon dans la cour même du service, la Rotonde : le devis de 27 897 F est dressé le 3 février 1891 et les travaux sont en cours en septembre (Délibérations HCL, 18 février et 9 septembre 1891 ; cf. annexe 1).

Pavillon des Nerveux (18) et pavillon Blanche-Herriot (17)

En 1901 (plans conservés les plus anciens remontant au mois de mars), l´architecte Paul Pascalon construit un « pavillon » (18) pour le service de la lingerie. Achevé en 1903, il sera finalement affecté au département des nerveux (Délibérations HCL, 21 mars et 16 décembre 1900, 16 octobre 1901, 15 janvier et 19 février 1902, 4 mars 1903).

Dans un rapport de 1934, Delore, directeur de l´hôpital, conclut que la Rotonde, abritant le service de dermato-syphiligraphie, est inadaptée et doit être reconstruite. Le 20 février 1935, le conseil d´administration choisit les architectes R. Giroud et L. Weckerlin pour établir le projet d´un nouveau bâtiment (17). Le devis est dressé avant le 13 mai suivant. Le 10 septembre, un contrat est passé avec Jego pour la démolition de la Rotonde. Le chantier de la nouvelle construction démarre officiellement le 15 octobre 1936 et la réception définitive des travaux a lieu le 11 septembre 1940 (A HCL, O Antiquaille). Ce nouveau bâtiment prend le nom de « Pavillon Blanche Herriot ». Une plaque a été apposée au sud : CE BATIMENT A ETE CONSTRUIT / EN 1939 / SOUS L´ADMINISTRATION / DE Mr MARIUS VIVIER-MERLE / TUE AU COURS DU BOMBARDEMENT / DU 26 MAI 1944.

Derniers travaux

En 1957, le deuxième passage cocher débouchant dans la cour des cuisines sous le bâtiment 9 est élargi et les voûtes de l´étage de soubassement au-dessous renforcées (plan du projet daté du 5 février, HCL, services techniques). C´est probablement à ce moment que l´angle voisin, sous lequel passait le premier passage cocher, est abattu.

En 1951, un projet de modernisation de l'hôpital prévoie l'ajout des deux étages au bâtiment Blanche-Herriot. Mais en 1960, cette surélévation est abandonnée au profit d'un ambitieux regroupement des services dans la partie sud du site, dressé par les architectes Marc Bissuel et Bernard Chamussy. Le pavillon de l'Horloge serait détruit et une grande barre serait édifiée plus au sud, dans l'alignement de la nouvelle chaufferie (cf. dossier Dépendances). Mais en 1961, le rapport d'étude sur la stabilité du terrain s'avérant négatif, le projet est abandonné (ZANDER, p. 42 ; A. service des Balmes de la Ville de Lyon : Rapport du géologue H. Gauthier, 2 janvier 1961).

La nouvelle morgue, avec salles de reconnaissance, de veille, de départ, chapelle, prévu dans le projet de modernisation de 1951, est aménagée en 1963-1964 par les architectes M. Bissuel et C. Chamussy dans l'ancien bâtiment des bains (13). L´installation se prolonge par un agrandissement vers le nord et l´ouverture d´un portail sur la montée Saint-Barthélemy. (HCL, plans des services techniques ; ZANDER, p. 43). L´ancienne morgue (20), construite vers 1835, est démolie en 1977 (ZANDER, p. 43 ; Plans du projet : HCL, Direction des Affaires techniques). La suppression de l'étage supérieur du corps des loges a lieu dans les mêmes années.

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