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Lumière sur

Auberge à l'enseigne de l'Abondance, dit logis de l'Abondance, puis école royale vétérinaire

HISTORIQUE

Le logis de l'Abondance à la Guillotière

L'école vétérinaire de Lyon s'est établie au faubourg de la Guillotière en 1762, quelques mois après sa création, dans un ensemble de bâtiments composé de plusieurs maisons et dépendances, qui se sont regroupées au fil du temps. Cet ensemble était communément désigné sous le nom de logis de l'Abondance.

La première mention du site dans les archives remonte au 16e siècle ; le terrain, qui relève de la directe de la Grande Custoderie de Lyon, ne comporte vraisemblablement alors aucune construction (AHCL, BHD 171 pièce 60-50). En 1614 au plus tard, un état des lieux fait mention d'une " maison jardin de Catherine Boucicaut qui fut de Jean Rey dit de Lagnieu ", jouxtant de matin " une maison à l'enseigne de Saint-André, propriété de Pierre Bonnard et de Jacquême (ou Jacqueline) Brula, sa femme, hôteliers à la Guillotière " (AC, Lyon, 41 II 10, fol. 21 p.1 r°). La maison, construite sans doute avant 1608, passe ensuite à son gendre Etienne Furnier (ou Garnier?), boucher à la Guillotière (AC, Lyon, DD 218, pièce 6 : terrier Gazauchon, rente de la Custoderie, f°88 et 41 II 10, f° 21, p.2 v°et p.3 r°)

Une ruelle sépare en 1624 la maison d'Etienne Furnier de celle de noble Jean-Baptiste Murard, laquelle a pu être édifiée par la précédente propriétaire, Antoinette Bernard (Ibid., et AHCL, BHD 171 pièce 60-46). Plus vaste que la première, elle comprend en plus du jardin un pré, dit pré de Jean Lafay, qui prendra par la suite le nom de pré de l'Abondance. La famille Demurard conserve la maison jusqu'à la fin du 17e siècle, époque à laquelle elle est acquise par Hercule Sadin. Un Inventaire des titres et pièces de la maison et pré de l'école vétérinaire situés à la Guillotière conservé aux Archives des Hôtel-Dieu permet d'en préciser l'historique (AHCL, BHD 171, pièces 60-1 et 60-63) : le 27 juin 1689 André Demurard vend à sa mère Claude Gueston, veuve de François Demurard " une maison jardin et pré située à la Guillotière " (AC, Lyon, DD218, pièce 9, f°13) ; à la mort de cette dernière, la maison est vendue par ses héritiers à Hercule Sadin, selon un acte établi le 25 septembre 1693 (Ibid.). Le 24 avril 1710, il fait procéder au bornage de son terrain et du terrain mitoyen, appartenant à M. Dassaux, pour la division de leurs fonds. Diverses quittances pour le versement de contributions (droits de directe et censive) permettent d'établir que Sadin est propriétaire des bâtiment et terrain au moins jusqu'en 1721. On sait par ailleurs qu'Hercule Sadin avait agrandi sa propriété en passant convention avec son voisin Philibert Meudet, bourgeois de Lyon, et sa femme Louise Olanier (AHCL, BHD 171 pièce 60-1, f°4), occupant l'ancienne maison d'Etienne Furnier. Ces derniers étaient autorisés à prendre appui en surhaussement sur le mur mitoyen de la maison Sadin, en échange de quoi ils cédaient à Hercule Sadin " 9 pieds et demi de terre à prendre depuis l'enchaut de bâtiment de M. Sadin et tout au long du jardin Meudet jusqu'au pré Sadin en droite ligne pour y construire le mur des écuries en laissant néanmoins l'allée et la vue libre à droite depuis la rue par ladite allée jusques au pré ". C'est donc vraisemblablement à cette date que fut érigé le passage couvert reliant les deux bâtiments, qui en 1735 sera clos par une porte.

Le nom d'un nouveau propriétaire, Claude Cudier, marchand demeurant à la Guillotière et neveu de Hercule Sadin, apparaît dans les sources à partir de novembre 1729 (AHCL, BHD 171, pièce 60-40). On y apprend qu'il s'est associé avec sa cousine Marie-Benoîte Sadin pour couvrir les enchères qui se font sur les biens de leur oncle, suivant licitation faite entre les cohéritiers de Hercule Sadin le 20 août 1735 (AHCL, BHD 171 pièce 60-64).

Les biens de ce dernier ont été partagés en deux lots : l'un est constitué du domaine de Vénissieu, réservé à l'un des héritiers (peut-être la maison ainsi désignée dans une carte terriste conservée aux archives municipales de Lyon (ACL, 41 II 10 : Rente de la Custoderie, pièce s. n° : Carte à la Guillotière. Terrier Guerin) : " 1er avril 1702 Sr Hercule Sadin f° 31 v° : une maison et jardin qu'il a acquis de Mre François Depoullins et de dame Françoise de Pressingue et qui fut de Jean Bonnat chez du Soleil, la grande rue de bise, la maison et jardin de Florier Berthaud de matin, le jardin de Sr François de Monpensier de vent et la maison et jardin de Françoise Blajot veuve de Philippe Ransonnet depuis femme de Pierre Pollet de soir), l'autre de la " maison située audit lieu de la Guillotière dans la grande rue où pendait autrefois pour enseigne l'Abondance " auquel sont adjoints le pré et une petite maison (sans doute celle de Philibert Meudet, sans que l'on sache à quelle date elle a été acquise par Hercule Sadin).

Claude Cudier a dû mourir peu de temps après, puisque sa veuve Claudine Favre vend à la fin de la même année ses biens immeubles à l'Hôtel Dieu, au prix de 18 000 livres (AHCL, BHD 171, pièces 60-40 et 60-42). Elle en devient alors locataire, à l'exclusion du pré qui y est rattaché, par un bail dressé le même jour (Ibid. et AHCL, 2 NP 478, Notice historique). A cette date, les deux maisons, celle des Demurard et celle d'Etienne Furnier, sont déjà réunies en une seule propriété, dénommée Logis de l'Abondance, puisque la ruelle est " à présent close par une grande porte entre deux " (AHCL, BHD 171, pièce 60-46). Un autre document précise que le Grand Custode a donné à l'Hôtel-Dieu le fonds mentionné dans l'acte de vente (AHCL, BHD 171, pièce 60-48). Cependant les archives ne conservent pas trace d'une telle donation ; en 1748, le Grand Custode perçoit toujours le servis en vertu de la rente qui lui est affectée sur la maison et le pré de la Guillotière (AHCL, BHD 171, pièce 60-42).

Dès lors que le fonds devient propriété des Hôtel-Dieu, l'historique s'en retrace aisément. Une série de baux est en effet conservée dans les archives, couvrant la période de 1748 à 1892 (AHCL, 2 NP 478, Notice historique, 1890-91 ca., 2 exemplaires : le 1erdécrit les biens acquis de Claudine Favre, le second les baux successifs jusqu'en 1891 ; les originaux de ces baux sont conservés sous la cote BHD 171, s.n°). Sa première locataire et ancienne propriétaire, Claudine Favre s'étant remariée à un hôtelier de la Croix-Rousse (AHCL, BHD 171 pièce 60-41), un nouveau bail est concédé à Nicolas Prost de 1748 à 1757 ; à Jacques Guérin peintre et sa femme Jeanne Mouchard, pré de l'Abondance compris, signé le 30 juin 1757, résilié le 24 juin 1761 ; à Claude Bourgelat, signé le 10 janvier 1762 pour un loyer annuel de 900 livres (inventaire dressé le 20 juin 1762, travaux d'aménagement réalisés pour un montant de 12 555 livres remboursables à 5% en sus des loyers, soit 627 livres annuelles) ; à M. de Flesselles agissant au nom du roi pour l'école vétérinaire, signé le 23 novembre 1769 pour un loyer de 1627 livres 15 sols, renouvelé le 23 novembre 1774 pour un loyer 1877 livres 15 sols ; au Conseiller du roi, agissant pour l'école vétérinaire, signé le 4 septembre 1785 pour un loyer identique. Aucun bail n'est conservé pour la période allant de 1794 à 1822.

L'Ecole vétérinaire au logis de l'Abondance

Entre le moment où le logis est cédé à l'Hôtel-Dieu et celui où l' École vétérinaire s'y installe, des travaux ont déjà été réalisés qui, outre le fait qu'il était vaste et bon marché, ont dû compter dans le choix de Claude Bourgelat, son fondateur. On trouve en effet mention de travaux exécutés par Nucillar, maître maçon dès l'acquisition de la propriété par Hercule Sadin à la fin du 17e siècle : remplacement des huisseries, reprises en maçonnerie et pierre de taille, murs blanchis à la chaux. En 1749 sont construites des écuries et une fenière par J.-B. Chapolard, maître charpentier et Antoine Moureau maître maçon (AHCL, BHD 171, pièces 60-29 et 60-37 (2ème exemplaire)), indiquées sur le plan joint à l'inventaire de 1762. Au niveau des greniers sont percées 6 ouvertures en oeil de boeuf côté cour et 2 côté rue, au-dessus du corps de garde. Les murs des bâtiments sont en pisé et cailloux, les parties structurelles en pierre de choin (un calcaire du Bugey et du nord de l'Isère), la charpente en chêne, le toit en tuiles.

Ces locaux n'en nécessitent pas moins des aménagements pour installer la nouvelle école. Ils sont achevés en juin 1762, sous la direction de l'architecte Melchior Munet. À l'est, le 1er corps de bâtiment sur rue comprend au rez-de-chaussée quatre pièces : une pharmacie et son cabinet de décharge, un laboratoire pour les préparations, la chambre du portier. Un escalier mène à l'étage, composé de 6 pièces comprenant le logement du directeur et celui du disséqueur (sans doute Honoré Fragonard, dont la présence est attestée en 1764). La maison a été prolongée au nord par une écurie surmontée d'un fenil, qui permet d'isoler les chevaux malades, et par la forge. A l'ouest, le 2e corps de bâtiment sur rue comprend 3 pièces en enfilade : une petite sur rue, sans destination particulière, une salle de décharge et la salle de dissection, où avait lieu l'enseignement, prenant jour par deux fenêtres sur cour. A l'extrémité un escalier droit mène à l'étage (où sera installé ultérieurement le cabinet d'anatomie), et dans son prolongement vers le nord, une grande écurie avec fenil (Ill. 3). Enfin, un jardin botanique est créé dans l'ancien potager de l'auberge par le botaniste Claret de La Tourette, puis à partir de 1763 par l'abbé Rozier. Il est ceint d'un nouveau mur de clôture en 1767.

Ces aménagements ne permettent pas de loger les élèves (une trentaine), hébergés par un couple d'aubergistes voisins, les Pierry, mais certains devaient dormir sur place. C'est en effet en raison d'une chandelle laissée allumée par l'un d'entre eux dans un grenier qu'un incendie se déclare enjuin 1764, détruisant une partie des bâtiments. Les réparations, suivies par l'architecte Munet, ne seront achevées que début janvier 1765. En 1772, le pavé de la grande écurie est refait à neuf, et deux auges en pierre installées dans la cour. En 1774, un dortoir est aménagé pour les élèves par l'entrepreneur Le Noir au 1er étage du corps de bâtiment ouest, au-dessus de la grande écurie, entraînant une modification de la distribution : une cuisine et un réfectoire sont installés au rez-de-chaussée du corps de bâtiment ouest, une infirmerie au 1er étage du corps de bâtiment est. Ces divers aménagements sont toutefois loin de répondre aux besoins de l'école.

Le transfert de l'école à Vaise décidé en 1795, effectif à partir de 1796, signe la fin d'une époque pour le logis de l'Abondance. Il sera réoccupé à partir de 1805 par un marchand de chevaux, Jérôme Guillet, puis par divers locataires jusqu'en 1892. Ses bâtiments sont progressivement détruits au cours du 19e siècle, parallèlement à l'ouverture de nouvelles voies. Le dernier vestige est démoli lors du percement de l'avenue Félix-Faure au début du 20e siècle. En 1912, Edouard Herriot appose sur le site une plaque commémorative (actuellement dans l'enceinte du groupe scolaire Jean-Marie Chavant). Elle seule témoigne aujourd'hui de l'existence de la première École vétérinaire dans le faubourg de la Guillotière.

DESCRIPTION

Le logis de l'Abondance est en 1762 constitué d'un ensemble de deux maisons, écuries et fenils comprenant rez-de-chaussée, étage et grenier, formant trois corps de bâtiment en U. Ces maisons sont en effet séparées par une grande cour mais reliées depuis 1735 par un passage couvert, lequel est fermé par une porte cochère à deux battants donnant sur la grande rue de la Guillotière. A l'ouest, la première des deux maisons, une ancienne auberge, porte une enseigne à l'image de l'Abondance. Elle ouvre sur la grande rue de la Guillotière par deux baies cintrées, surmontées à l'étage de deux fenêtres. A l'est, la seconde abrite pour partie un corps de garde où loge son officier. A l'est des bâtiments se trouve un jardin clos de murs (où sera créé le jardin botanique), prenant son entrée au nord. En 1790, le jardin, d'une surface d'environ 3 bicherées lyonnaises et toujours clos de murs, comprendra en outre une petite serre à orangers. Enrichi par Rozier, il contiendra alors environ 2000 plantes, dont 600 dites usuelles, classées selon le système de Tournefort et étiquetées. L'organisation de ce jardin est encore visible sur le plan dressé par Cavenne en 1823 (AC Lyon, 1 S 34). Au nord, un grand pré (autrefois pré de Lafaye) est traversé par une allée bordée d'une rangée de marronniers, plantés au plus tard à la fin du 17e siècle. Cette allée est dénommée à partir du 18e siècle au moinsallée de l'Abondance.

Un devis de travaux réalisés en 1749 apporte des précisions sur la nature des matériaux de ces bâtiments. Les murs situés au midi, bornant au nord le bâtiment où se tient le corps de garde, et les murs côté levant et couchant sont en pisé et cailloux. Les parties structurelles et portantes sont en pierre de Choin : chaînes des deux angles nord donnant vers le pré attenant au logis, grande porte des écuries et ouvertures sur la rue de la Guilotière. La porte de la fenière est en pierre de Couzon, la couverte en bois de chêne, le toit en tuiles de Verdun. C'est en 1749 également que sont percées au niveau des greniers 6 ouvertures en oeil de boeuf en façade sur cour, plus 2 en façade sur rue, au-dessus du corps de garde. L'inventaire de 1762 nous apprend en outre que toutes les portes extérieures sont peintes en vert, les portes intérieures au ton bois ; les essences d'arbres plantés sur la propriété sont constituées de 59 marronniers, 19 petits mûriers, 11 petits saules ou peupliers, 6 peupliers moyens et 1 petit noyer.

L'installation de l'école vétérinaire nécessitait des aménagements propres à rendre les lieux conformes à leur nouvelle destination. La maison comprenant le corps de garde est prolongée au nord par une écurie surmontée d'un fenil dont les fondations sont en pierre et les murs montés en brique; toutes les parties portantes sont en pierre de taille de Choin. Un enduit de plâtre est posé sur l'ensemble des murs, charpente, couverture, pavage et carrelage sont repris. À l'est, le 1er corps de bâtiment sur rue comprend au rez-de-chaussée quatre pièces (Pharmacie éclairée par une fenêtre prenant ses jours sur la Grande rue et cabinet de décharge de la pharmacie, laboratoire muni d'une vaste cheminée, chambre du portier), un escalier tournant à retours sans jour mène à l'étage, composé de 6 pièces comprenant logement du directeur et du disséqueur ; dans son prolongement vers le nord, 3 écuries distinctes avec fenil à l'étage, et en retour, la forge. A l'ouest, le 2e corps de bâtiment sur rue comprend 3 pièces en enfilade (une pièce sur rue sans destination particulière, une pièce faisant office de décharge de la salle de dissection et la salle de dissection, mal éclairée, prenant ses jours par deux fenêtres la cour), à l'extrémité un escalier droit menant à l'étage, où sera installé ultérieurement le cabinet d'anatomie, et dans son prolongement vers le nord, deux écuries avec fenil à l'étage.

L'école dispose ainsi de 3 écuries de capacité et de destination diverses : la première et la plus grande, ouverte au nord possède 2 fenêtres et 28 stalles, la 2e, réservée aux chevaux morveux, comprend 5 stalles, une 3e, 2 stalles. Une salle de dissection jouxte la grande écurie.

En 1774, un dortoir est créé au 1er étage du corps de bâtiment ouest, au-dessus des écuries, avec percement de deux ouvertures. L'aménagement de ce dortoir entraîne une modification de la destination des espaces intérieurs : une cuisine et réfectoire sont installés dans le rez-de-chaussée du corps de bâtiment ouest, une infirmerie dans le logement du disséqueur, au 1er étage du corps de bâtiment est.

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